Ce vendredi 12 juin 2026, à 15h30 heure de Paris, la cloche du Nasdaq a sonné pour la première fois pour SpaceX. En quelques secondes, l’action SPCX a bondi de près de 27 % au-dessus de son prix d’introduction, et Elon Musk est officiellement devenu le premier trillionnaire de l’histoire. Pas un milliardaire ordinaire. Un trillionnaire — autrement dit, une fortune dépassant le billion de dollars, soit 1 000 milliards.
Vingt-quatre ans après sa fondation, la plus grande entreprise privée du monde a fait son entrée sur les marchés publics avec une IPO qui écrase tous les records précédents, Saudi Aramco compris.
L’IPO la plus grande de l’histoire : les chiffres qui donnent le vertige
Le jeudi 11 juin au soir, SpaceX a fixé le prix de ses 555,6 millions d’actions à 135 dollars pièce, sous le ticker SPCX sur le Nasdaq. Soit une valorisation initiale de 1 770 milliards de dollars — environ 1 640 milliards d’euros au cours actuel. C’est substantiellement plus que Tesla, la « petite » activité secondaire de Musk, et cela place SpaceX au rang de septième plus grande entreprise américaine cotée dès le premier jour.
Environ 75 milliards de dollars levés d’un coup. Un montant qui dépasse à lui seul l’intégralité des introductions en bourse américaines de l’année 2025.
La journée d’ouverture a créé, selon les estimations, quelque 4 000 nouveaux millionnaires parmi les salariés de SpaceX. Un cercle restreint d’environ 400 employés pourrait empocher jusqu’à 90 millions d’euros chacun. Quelques dizaines d’entre eux repartiront avec plus de 460 millions d’euros. Pas mal pour une journée de travail.
Ce que Gwynne Shotwell a dit à Times Square
La cérémonie d’ouverture s’est tenue simultanément au Nasdaq MarketSite de Times Square et à la base Starbase, au Texas. C’est Gwynne Shotwell, présidente et directrice des opérations de SpaceX, qui a pris la parole pour célébrer les vingt-quatre ans d’une entreprise restée privée.
« Aujourd’hui, nous faisons de l’histoire encore une fois — et nous avons l’habitude de faire l’histoire. Nous sommes environ 22 000 employés, et je remercie chacun d’entre vous d’avoir tenu bon, d’avoir gardé l’échine droite face aux sceptiques, pour accomplir des choses historiques chaque jour », a-t-elle déclaré devant la foule rassemblée à Times Square.
À CNBC, elle avait été encore plus directe quelques jours plus tôt, avant le lancement du roadshow : « Je n’étais pas sûre que nous allions entrer en bourse. Mais là, ça me semble être le bon moment. »
Sur la concurrence dans l’intelligence artificielle, un sujet que peu de gens associent spontanément à une entreprise de fusées : « Nous sommes des bâtisseurs, nous construisons nos propres lanceurs, nous construisons nos sites de lancement, et nous construisons des centres de données à la fois au sol et bientôt en orbite. »
Adena Friedman, directrice générale du Nasdaq, a accueilli SpaceX sur la plateforme en déclarant : « En tant que maison de l’innovation et de l’économie de l’innovation, le Nasdaq est incroyablement fier d’être le partenaire de SpaceX alors qu’elle construit l’infrastructure physique et numérique du futur. »
Starlink, le seul secteur vraiment rentable — et c’est déjà énorme
Ce que Musk a confirmé dans un livestream avant l’ouverture des marchés, c’est que SpaceX génère un flux de trésorerie positif depuis environ 2015. Ce qu’il n’a pas dit — mais ce que les analystes répètent — c’est que la seule partie aujourd’hui vraiment rentable du groupe, c’est Starlink, sa division d’internet par satellite.
John Belton, gestionnaire de portefeuille chez Gabelli Funds, résumait ainsi la situation au Daily Mail : « SpaceX est l’action de croissance par excellence. Je pense que c’est une entreprise avec un potentiel de croissance significatif devant elle. C’est clairement une histoire de long terme, et je pense qu’il faudra du temps au titre pour trouver ses marques sur les marchés publics. Mais il y a beaucoup d’opportunités excitantes devant elle. »
Le marché adressable total revendiqué par SpaceX dans son dossier de cotation ? 28 500 milliards de dollars, soit 88 % du PIB américain total. Un chiffre à la fois fascinant et totalement ingérable à analyser — ce qui n’a pas empêché les investisseurs de se ruer sur le titre.
L’analogie Amazon qui ressort partout
Sur les marchés, les débuts d’IPO spectaculaires ont une fâcheuse tendance à appeler les comparaisons. Le nom de Meta revient souvent dans les discussions — l’action Facebook avait plongé de 38 à 18 dollars dès ses premières semaines de cotation. Une cicatrice mémorielle pour les investisseurs institutionnels.
Pourtant, Nancy Tengler, PDG de Laffer Tengler Investments, a choisi une autre référence au Daily Mail : « Pour moi, l’analogie c’est Amazon. C’était une entreprise qui a changé notre façon de vivre. Si vous regardez Amazon depuis son IPO, l’action a progressé de plus de 243 000 %. La question devient : quel est votre horizon d’investissement, et croyez-vous en la technologie ? »
L’autre avertissement qui revient, lui, est plus sobre. Ben Narasin, fondateur de Tenacity Venture Capital, interrogé par CNBC avant l’ouverture : « Je pense que c’est pile ou face, que ça finisse dans le vert ou dans le rouge. » Il a précisé détenir des actions sur le long terme, mais ne pas se bercer d’illusions sur les turbulences à court terme. La vraie inconnue restait le nombre d’acheteurs ayant souscrit uniquement pour revendre rapidement : « Si ça flirte à la hausse, tout le monde débouche le champagne et s’empresse de pousser ses propres dossiers dehors. »
Un pipeline tech qui donne le tournis
La question du “flipping” n’est pas anodine, parce que SpaceX n’est pas seule dans la file d’attente. OpenAI a déposé confidentiellement son dossier d’introduction en bourse le 8 juin, ciblant une valorisation pouvant dépasser 1 000 milliards de dollars. Anthropic a fait de même le 1er juin, avec une valorisation évoquée autour de 965 milliards de dollars.
Les trois entreprises représentent ensemble une valorisation combinée d’environ 3 600 milliards de dollars sur les marchés privés. C’est le pipeline tech le plus concentré de l’histoire des introductions en bourse américaines.
La logique est simple et un peu féroce : si SPCX tient bien sur ses premières semaines de cotation, cela ouvre la fenêtre pour OpenAI et Anthropic au troisième et quatrième trimestre 2026. Si, au contraire, le titre déraille, les deux autres dossiers pourraient être repoussés — les banques ne sont pas pressées d’essuyer un froid sur un marché qu’elles ont mis des années à chauffer.
L’ouverture en hausse de 27 % ce vendredi plaide pour la première option. Mais les marchés ont la mémoire courte et les capitaux, eux, ne sont pas extensibles à l’infini.
Shotwell a dit à CNBC qu’elle cherche des « investisseurs qui veulent rester avec nous sur le long terme ». C’est une façon élégante de dire que SpaceX ne jouera pas sur les attentes court-termistes. Elle a aussi reconnu, laconiquement, que tout ça coûte cher : « Les échelons que nous gravissons sont très coûteux. Les choses que nous faisons coûtent beaucoup à réaliser. »
