Squeezie, MrBeast français ? Ce que gagne vraiment le plus grand YouTubeur de France

David Marius
11 Min Read

Il a commencé à filmer dans sa chambre à Vitry-sur-Seine à l’âge de 15 ans. Aujourd’hui, Lucas Hauchard — alias Squeezie — approche les 20 millions d’abonnés sur YouTube et bâtit un empire qui dépasse largement l’écran. MrBeast français ? La comparaison fait sourire certains, mais elle n’est pas si absurde. On a épluché les chiffres, les déclarations publiques et les bilans disponibles pour vous donner une image honnête de ce que gagne vraiment le king de YouTube en France.

20 millions d’abonnés, 11 milliards de vues : une machine à audience

Avant de parler argent, il faut poser les bases. Squeezie cumule aujourd’hui près de 20 millions d’abonnés sur sa chaîne principale et plus de 11 milliards de vues au total depuis ses débuts en 2011. C’est colossal. Pour donner une idée d’échelle : c’est l’équivalent de faire regarder une vidéo à toute la population française… deux fois.

Sa chaîne gaming (Squeezie Gaming) compte en plus 5 millions d’abonnés supplémentaires. Sur Twitch, il rassemble 4 millions de followers. Il est, depuis plusieurs années, le créateur de contenu francophone le plus influent du web.

Ce qui distingue Squeezie des autres grands YouTubeurs, c’est sa longévité. Là où beaucoup brûlent vite, lui dure. Quinze ans de carrière, des millions d’abonnés à chaque décennie, et une capacité à se réinventer que peu de créateurs ont.

Combien gagne Squeezie sur YouTube ? Les chiffres réels

La publicité YouTube : le socle, pas le toit

YouTube rémunère ses créateurs via Google AdSense. Le principe : pour chaque millier de vues, le créateur touche un certain montant, appelé RPM (Revenue Per Mille). Dans le cas de Squeezie, ce taux est estimé à environ 1,08 € pour 1 000 vues — un chiffre cohérent avec le marché français du gaming, où les CPM sont moins élevés qu’aux États-Unis.

Concrètement, cela donne pour 2025 :

  • Chaîne principale : entre 33 000 € et 54 000 € par mois
  • Squeezie Gaming (rediffs Twitch incluses) : environ 30 000 € par mois supplémentaires
  • Total publicité YouTube : entre 70 000 € et 110 000 € par mois

Sur une année, ça représente entre 840 000 € et 1,3 million d’euros uniquement via les revenus publicitaires. Pas mal. Mais — et c’est là que ça devient vraiment intéressant — la pub YouTube ne représente en réalité que 30 à 35 % de ses revenus totaux.

Les placements de produits : là où se joue la vraie fortune

Les marques paient pour apparaître dans les vidéos de Squeezie. Et elles paient cher. Très cher. Un placement classique dans une vidéo qui fait 4 millions de vues peut rapporter dix fois plus que la publicité AdSense sur la même vidéo. Les estimations situent les tarifs entre 20 et 30 € pour 1 000 vues sur du contenu sponsorisé — contre 1,08 € en pub classique.

Ce poste de revenus, souvent invisible pour le grand public, représenterait entre 25 et 30 % de son chiffre d’affaires total. Sur une base annuelle brute estimée entre 3,4 et 5,5 millions d’euros, ça représente potentiellement plus d’un million d’euros en placements de produits seuls.

Répartition estimée des revenus de Squeezie (2025)

Source de revenusPart estiméeMontant annuel (fourchette)
Publicité YouTube (toutes chaînes)30–35 %1 M€ – 1,9 M€
Placements de produits / sponsoring25–30 %850 K€ – 1,6 M€
Événementiel (GP Explorer…)10–15 %340 K€ – 825 K€
Merchandising & musique15–20 %510 K€ – 1,1 M€
Investissements & participations5–10 %170 K€ – 550 K€

Sources : L’Essentiel de l’Éco (oct. 2025), youtubers.me, estimations consolidées.

Stop the Train, GP Explorer, Bump : l’empire au-delà de YouTube

Stop the Train : 700 000 € pour une seule vidéo

En septembre 2024, Squeezie a sorti “Stop the Train” — officiellement la vidéo la plus chère jamais produite sur YouTube France, avec un budget de 700 000 euros. Oui, pour une seule vidéo. Ce niveau d’investissement, qui évoque directement la méthode MrBeast (réinvestir massivement dans la production), signale clairement que Squeezie ne se voit plus seulement comme un YouTubeur, mais comme un producteur de contenu premium.

Résultat ? Des millions de vues, un buzz international, et une réputation de qualité cinématographique qui lui ouvre des portes bien au-delà de sa communauté habituelle.

Le GP Explorer : l’événement qui a changé la donne

Si vous n’en avez pas entendu parler, voilà le concept : une course de Formule 4 sur le circuit du Mans, avec des YouTubeurs, des rappeurs et des streameurs comme pilotes. Une idée folle qui est devenue, le temps de deux premières éditions, le stream le plus regardé de l’histoire de Twitch en France.

  • GP Explorer 1 (2022) : plus d’un million de téléspectateurs simultanés — un record francophone
  • GP Explorer 2 (2023) : record battu avec 1,3 million de spectateurs en même temps, 60 000 personnes sur place
  • GP Explorer 3 — The Last Race (oct. 2025) : 200 000 billets vendus en moins de 2 heures sur Twitch, diffusion sur France Télévisions

L’aspect financier est éloquent : un tel événement, entre billetterie, sponsoring et droits de diffusion, génère plusieurs millions d’euros de chiffre d’affaires. Squeezie y investit massivement — les budgets évoqués tournent autour de 10 millions d’euros par édition — mais les retombées, en termes d’image et de revenus, sont proportionnelles.

Bump et Gentle Mates : l’entrepreneur discret

En parallèle de ses activités de créateur, Squeezie a cofondé Bump, une agence de talent management et de production dédiée aux créateurs de contenu. Il détient également des parts dans Gentle Mates, une structure e-sport qui génère ses propres revenus via le merchandising et les compétitions.

Ces sociétés sont structurées en SAS et SARL, permettant une optimisation fiscale et sociale classique pour ce type d’activité. Squeezie ne se contente pas de gagner de l’argent — il l’organise intelligemment.

Côté projets qui n’ont pas fonctionné : sa marque de vêtements YOKO, lancée en 2019, a été abandonnée en 2024 après des pertes estimées à plusieurs centaines de milliers d’euros. Même les meilleurs se plantent. Ce qui compte, c’est la suite.

Et MrBeast dans tout ça ? La comparaison qui fait débat

La question qui fait le titre mérite une réponse honnête. Squeezie est-il vraiment le MrBeast français ?

Sur le fond, il y a des ressemblances réelles :

  • Les deux réinvestissent massivement dans leurs productions (700 000 € pour Stop the Train, des millions pour chaque vidéo de MrBeast)
  • Les deux ont diversifié leur activité bien au-delà de YouTube
  • Les deux traitent leur chaîne comme une entreprise, pas comme un hobby
  • Les deux ont établi des records d’audience dans leurs pays respectifs

 

Mais les échelles restent sans commune mesure. MrBeast, c’est plus de 470 millions d’abonnés sur sa chaîne principale, une fortune estimée à un milliard de dollars depuis début 2025 (confirmé par lui-même dans le podcast Diary of a CEO), et des revenus mensuels entre 5 et 8 millions de dollars.

Squeezie, lui, est estimé entre 18 et 25 millions d’euros de patrimoine et entre 3,4 et 5,5 millions de revenus bruts annuels. Ce sont des chiffres impressionnants — mais l’écart avec MrBeast reste d’un facteur 40 à 50 sur la fortune.

La vraie comparaison pertinente n’est pas financière, elle est stratégique. Squeezie a compris, comme MrBeast, que YouTube n’est pas une fin en soi mais un tremplin. Et c’est là que réside son vrai génie.

Ce que révèle son patrimoine

Au-delà des revenus, le patrimoine de Squeezie se compose notamment de :

  • Trois appartements dans le VIIIe arrondissement de Paris, valorisés entre 2 et 3 millions d’euros
  • Des participations dans plusieurs sociétés (Balai Steak, Bump, GP Explorer Events)
  • Des liquidités et placements estimés entre 15 et 20 millions d’euros
  • Un album de musique (“Oxyz”, 2020), disque d’or, 20 000 ventes dès la première semaine
  • Une BD (“Bleak”) à 84 000 exemplaires vendus, soit environ 1,2 million d’euros de chiffre d’affaires brut

En 2025, il a aussi lancé Ciao Kombucha, une boisson qui marque son entrée dans l’agroalimentaire. Un secteur où MrBeast a fait fortune avec Feastables. Coïncidence ? Probablement pas.

 Squeezie, une success story qui ne ressemble à aucune autre

Lucas Hauchard a 30 ans. Il a commencé YouTube à 15. En quinze ans, il a construit un empire estimé entre 18 et 25 millions d’euros, sans hériter d’un centime, sans label, sans réseau familial dans le milieu. Juste de la constance, une vision entrepreneuriale rare pour un créateur de contenu, et une capacité à lire son époque.

Est-il le MrBeast français ? Pas tout à fait — l’échelle ne le permet pas encore. Mais il suit la même logique, avec dix ans de retard et un marché francophone dix fois plus petit. Ce qui est remarquable, c’est qu’il soit parvenu à ces niveaux malgré ces contraintes.

Dans dix ans ? Difficile à dire. Mais une chose est sûre : Squeezie ne sera pas juste “un YouTubeur qui a bien marché”. Il sera dans les livres d’histoire du divertissement numérique français.

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