OpenAI enterre son chatbot érotique pour adultes

Yvan Pedri
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Sam Altman voulait que ChatGPT “traite les adultes comme des adultes.” Il a finalement décidé que c’était une mauvaise idée. Du moins pour l’instant.

En mars 2026, OpenAI a officiellement annoncé l’abandon indéfini de son projet de chatbot érotique pour adultes, surnommé en interne “Citron mode.” Un projet qui avait pourtant été présenté avec enthousiasme en octobre 2025, promis pour décembre, reporté deux fois, et finalement enterré sous le poids des critiques internes, des peurs des investisseurs et d’une série de problèmes techniques qu’on n’avait pas anticipés.

Tout avait bien commencé, ou presque

En octobre 2025, Sam Altman annonçait que l’entreprise avait toujours été prudente sur ces questions par crainte des attachements malsains à l’IA, mais qu’elle se sentait suffisamment à l’aise pour “assouplir les restrictions dans la plupart des cas” de manière sécurisée.

L’idée de base semblait logique dans la tête d’OpenAI. Puisque la plateforme allait de toute façon intégrer des contrôles parentaux et une détection automatique de l’âge, pourquoi ne pas aller plus loin et proposer du contenu pour adultes vérifiés ? Le PDG Sam Altman avait même qualifié le projet d'”erotica pour adultes vérifiés” dans un post d’octobre sur les réseaux sociaux.

Et puis tout a commencé à partir dans tous les sens.

Une révolte interne que personne n’avait prévue

Ce sont d’abord les employés d’OpenAI qui ont tiré la sonnette d’alarme. Certains d’entre eux ont remis en question le fait de développer un produit conçu pour des interactions romantiques ou sexuelles, se demandant si cela correspondait à la mission fondatrice d’OpenAI, qui est de s’assurer que l’IA bénéficie à l’humanité.

La situation a dégénéré au point qu’un cadre supérieur a quitté l’entreprise à cause du projet. Sa position était claire : “L’IA ne devrait pas remplacer vos amis ou votre famille. Vous devriez avoir des connexions humaines.”

Lors d’une réunion entre les dirigeants et le conseil consultatif de l’entreprise, les échanges ont été particulièrement tendus. Un des conseillers a averti qu’OpenAI était peut-être en train de développer un “coach sexy au suicide”. Une formule qui résume assez bien l’ambiance de l’époque.

Les investisseurs ont eu peur, et ils n’avaient pas tort
Le projet avait suscité des inquiétudes croissantes chez les investisseurs, notamment en raison de la controverse provoquée par le modèle Grok d’xAI d’Elon Musk, qui avait généré des deepfakes de nus de vraies personnes, y compris d’enfants.

OpenAI n’avait vraiment pas besoin de ce genre d’association d’idées dans l’opinion publique.

Des problèmes techniques qu’on n’avait pas prévu non plus

Au-delà des controverses éthiques et des pressions des actionnaires, l’équipe technique se heurtait à des obstacles concrets. L’entreprise avait du mal à entraîner des modèles qui évitaient auparavant tout contenu érotique, et à supprimer les comportements illégaux comme la bestialité ou l’inceste.

Un défi technique colossal pour des modèles conçus depuis des années pour faire exactement l’inverse.

Il y avait aussi la question de la vérification de l’âge. La technologie de contrôle de l’âge d’OpenAI, introduite à la suite de procès intentés par des familles qui affirmaient que ChatGPT avait causé du tort à leurs enfants, présentait un taux d’erreur supérieur à dix pour cent, ce qui aurait quand même permis à un grand nombre de jeunes d’accéder à la technologie. OpenAI a précisé que ce chiffre est dans la norme de l’industrie, mais l’argument a du mal à convaincre dans ce contexte précis.

Le projet Sora aussi, au cimetière

Ce n’est pas le seul projet qu’OpenAI a abandonné cette semaine-là. Le chatbot pour adultes est seulement la dernière “quête secondaire” qu’OpenAI a abandonnée en l’espace d’une semaine. La société avait d’abord annoncé discrètement qu’elle déprioritisait Instant Checkout, une fonctionnalité de ChatGPT qui visait à transformer le chatbot en portail d’achat. Puis elle avait annoncé de façon surprenante qu’elle fermait Sora, son générateur de vidéo par IA.

La fermeture de Sora avait d’ailleurs entraîné le retrait de Disney d’un accord qu’il avait conclu l’année précédente pour investir environ 925 millions d’euros dans l’entreprise.

OpenAI recentre tout sur l’essentiel

Ce grand ménage s’explique par un changement de cap stratégique profond. Toutes ces annulations remontent à décembre, lorsque le PDG Sam Altman a déclaré une “alerte rouge” qui a signalé un changement dramatique de priorités. Cette alarme interne aurait été déclenchée par des menaces concurrentielles croissantes et la nécessité de renforcer la position de ChatGPT face à des rivaux comme Google Gemini et Claude d’Anthropic.

OpenAI le dit sans détour. “Nous repoussons le lancement du mode adulte pour nous concentrer sur des travaux qui sont une priorité plus élevée pour davantage d’utilisateurs en ce moment, notamment les gains en intelligence, les améliorations de la personnalité, la personnalisation, et rendre l’expérience plus proactive. Nous croyons toujours au principe de traiter les adultes comme des adultes, mais mettre au point la bonne expérience prendra plus de temps.”

Et si c’était la bonne décision ?

Difficile de ne pas voir dans tout cela une forme de sagesse tardive. L’ère des chatbots sexy n’a peut-être pas encore commencé qu’elle est déjà potentiellement derrière nous, du moins chez OpenAI. Peter van der Putten, directeur du laboratoire d’IA chez Pegasystems et professeur assistant d’IA à l’université de Leyde, a déclaré que la décision suggère que l’entreprise recule par rapport à des fonctionnalités qui attirent l’attention pour se recentrer sur des priorités plus substantielles dans un marché de plus en plus compétitif.

Le futur de l’IA ressemble finalement moins à une aventure de séduction numérique, et davantage à un assistant pour coder, travailler et produire. Moins glamour, peut-être. Mais visiblement plus raisonnable.

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