Un homme de 41 ans, condamné pour agression sur son ex-compagne, est apparu dans l’émission First Dates sur Channel 4. Deux femmes témoignent. La chaîne se défend. Et les limites des contrôles légaux sur les candidats de téléréalité posent à nouveau question.
Une condamnation réelle, une émission de rencontres, et des femmes sous le choc
Les faits sont établis. Fin 2020, un homme comparaissait devant un tribunal de première instance dans le West Sussex pour agression sur une ex-compagne. Il a été reconnu coupable. Il a écopé d’une peine d’intérêt général d’un an, d’une interdiction d’approche de deux ans et d’une amende de 258 euros environ.
Quelques années plus tard, cet homme de 41 ans apparaissait dans First Dates, l’émission de rencontres diffusée sur Channel 4. En tant que candidat. Présenté comme un potentiel partenaire idéal, relate The Sun.
La mère de la victime de l’agression n’a pas caché sa sidération : « Je ne peux pas vous dire à quel point cet homme a été destructeur pour sa vie physiquement, mais l’impact sur sa santé mentale à long terme a été catastrophique. Elle a été si courageuse de l’affronter et elle l’a fait en espérant qu’il serait puni et que d’autres femmes n’auraient pas à souffrir comme elle. »
Elle a ajouté qu’elle était choquée de le voir à la télévision présenté comme « un partenaire potentiel idéal », avant de conclure : « Il ne peut manifestement pas y avoir eu le moindre contrôle préalable sérieux. »
Une deuxième femme parle, les mêmes mots
Une seconde ex-compagne de cet homme affirme elle aussi avoir été victime de comportements abusifs de sa part. Elle n’a pas mâché ses mots.
« Ce que j’ai vécu m’a laissé un traumatisme durable que je porte avec moi chaque jour. L’impact a touché chaque aspect de ma vie. »
Fan de l’émission, elle raconte avoir « complètement décroché » en le voyant à l’écran. Elle a ensuite exigé que la chaîne réponde de ses actes : « Channel 4 devrait être tenu responsable de présenter, pour le divertissement, un homme avec un historique connu de violences envers les femmes comme un partenaire sûr et digne de confiance. »
La défense de Channel 4 : des contrôles légaux, mais des failles structurelles
Channel 4 a répondu par la voix d’un porte-parole, sans beaucoup de marge de manœuvre : « Tous les participants à First Dates font l’objet du niveau de vérification le plus élevé que nous sommes légalement autorisés à effectuer, ce qui inclut un casier judiciaire DBS et des vérifications détaillées en ligne. Toutes les vérifications pour cet individu, y compris le DBS, étaient claires. »
La nuance est là, et elle est importante. Le DBS (Disclosure and Barring Service), le système britannique de vérification du casier judiciaire, ne fait pas apparaître les condamnations dites « effacées », c’est-à-dire celles qui ont passé un certain délai depuis leur prononcé. Une condamnation de 2020 pour une peine légère entre potentiellement dans cette catégorie selon les critères anglais.
Autrement dit, Channel 4 n’a peut-être pas failli à ses obligations légales. Mais cela ne règle pas la question de fond : est-ce que les obligations légales suffisent, quand on présente des inconnus à des millions de téléspectateurs comme des candidats à l’amour ?
Ofcom avait déjà tiré la sonnette d’alarme
Ce scandale ne surgit pas dans un vide. La directrice d’Ofcom, le régulateur britannique de l’audiovisuel, Melanie Dawes, avait récemment exprimé de « vives préoccupations » à la suite d’allégations de viol et d’agressions sexuelles impliquant des participants à Married At First Sight UK, une autre émission de rencontres diffusée au Royaume-Uni.
Elle avait affirmé que le régulateur renforcerait ses directives concernant les émissions de téléréalité « si nécessaire ». La formulation reste prudente, mais le signal envoyé à l’industrie est clair : le modèle actuel de vérification des candidats de ces émissions est insuffisant, et les autorités commencent à le dire publiquement.
Le cas de First Dates donne une illustration concrète de ce que cette insuffisance peut produire lorsqu’elle touche directement des femmes qui ont déjà subi des violences.
