Un camping nudiste près de Hastings vire au scandale : sexe, voisins furieux et bataille juridique

François Xavier
7 Min Read

Un enfant de trois ans qui tombe sur un acte sexuel en plein air. Un village en ébullition. Une enquête de police qui traîne. Voilà le cocktail explosif qui secoue depuis plusieurs mois le paisible hameau de Whatlington, en East Sussex.

Ce que personne ne vous dit sur le “Turn A Blind Eye”

À quelques minutes du site de la bataille de 1066, au cœur d’une campagne anglaise tout ce qu’il y a de plus bucolique, le camping “Turn A Blind Eye” (littéralement “Ferme les yeux”) accueille des adultes consentants pour des weekends entre naturistes. 46,26 Euro la nuit, couples uniquement, pas d’enfants.

Sauf que, en juin dernier, un père de famille se promenant sur un sentier équestre avec son fils de trois ans aurait surpris un couple en pleine fellation, derrière la haie du camping. L’enfant, paraît-il, aurait demandé : “Papa, pourquoi cette dame a le zizi du monsieur dans la bouche ?” Une image difficile à effacer, quelle que soit l’opinion qu’on peut avoir sur la liberté sexuelle.

La police du Sussex est intervenue. Les deux adultes ont été priés de quitter les lieux. Et c’est là que tout a basculé.

Jeremy Stephenson : libertaire assumé ou exploitant de camping X ?

Le propriétaire du site, un endroit considéré comme un camping nudiste,  Jeremy Stephenson, 47 ans, ne manque pas de verbe. Entrepreneur dans les clôtures et père de deux enfants, il revendique une vision très claire de son projet : “On nous dépeint comme un établissement horrible, sordide, glauque. C’est faux. Nous sommes un groupe de personnes ouvertes d’esprit, libres. Nous ne faisons pas la promotion de l’échangisme.

Lors d’une visite guidée qu’il a accordée au Sun, il décrit un camping somme toute banal, tente bell du Sussex pour les cours de yoga, sauna à bois, deux jacuzzis face à une pelouse soignée, foyer en pierre. L’ambiance zen, presque. “Le yoga nu, ça place les gens dans des positions inhabituelles, mais bon.” Il admet que ce n’est pas pour tout le monde.

Ce qui frappe surtout, c’est l’argument qu’il avance pour défendre les relations sexuelles sur place : les hôtels aussi en sont le cadre, et personne ne se plaint. “Nous vivons dans une société pudibonde. Sur le continent, ce type de site est bien plus courant.” Difficile de le contredire sur ce point, les naturistes britanniques ont toujours eu une bataille culturelle supplémentaire à mener.

Les voisins entre gêne et colère

Whatlington, c’est le genre d’endroit où tout le monde connaît tout le monde, et où personne n’a envie d’alimenter les ragots. Les riverains contactés se montrent discrets, prudents. Mais anonymement, certains lâchent.

“C’est un village pour la retraite calme. On ne s’attend pas à être entourés de nudistes kinky.”

Plus grave : une interlocutrice signale que le camping se trouve à 75 mètres d’une pension de famille accueillant des élèves de la Battle Abbey School. Elle parle de familles réveillées à plus d’une heure du matin par de la musique et des bruits pas franchement ambigus. Et d’enfants qui empruntent le sentier équestre voisin au quotidien. “Si le camping était en rase campagne, passe encore. Mais là, ce n’est pas acceptable.”

La question du sentier est effectivement problématique. Quiconque monte à cheval ou sur un engin agricole peut apparemment avoir une vue directe sur le site. Stephenson lui-même reconnaît qu’il ne peut pas garantir à 100 % l’invisibilité du camping depuis l’extérieur, malgré les nouvelles clôtures installées.

Un dossier municipal qui sent la poudre

En janvier, Stephenson a déposé une demande de permis auprès du conseil de Rother pour un site de 36 emplacements, présentée officiellement comme un terrain de camping et de caravaning classique. Le conseil paroissial de Whatlington a immédiatement voté contre, estimant que le site fonctionnait illégalement depuis deux ans comme lieu de “divertissement pour adultes à thème ouvert.

Le conseiller Simon White, qui ne mâche pas ses mots, est catégorique : “La demande est trompeuse. Si quelqu’un me demande en privé, je dirais que c’est carrément frauduleux.” Il compare la situation à quelqu’un qui ouvrirait un club de striptease à Londres en déposant un permis de marchand de journaux.

Surtout, il affirme avoir trouvé en consultant ses sources des références au “Swingathon Festival” organisé sur le site, et des captures d’écran de l’ancienne page Facebook du camping, avant qu’elle ne soit modifiée, mentionnant explicitement des événements échangistes. “Dire que ce n’est pas pour les swingers, c’est comme dire qu’un buraliste n’est pas pour les fumeurs.

Du côté de la police, c’est une autre histoire. L’enquête ouverte après l’incident de juin n’a abouti à aucune arrestation, les auteurs n’ayant pas été identifiés. Un véhicule de patrouille avait été envoyé le jour des faits, mais ce n’est qu’au cours des deux dernières semaines, sous la pression d’une plainte officielle en cours, que les enquêteurs ont finalement auditionné le père témoin. Cllr White parle d'”inaction scandaleuse” et d'”incompétence flagrante en matière de protection de l’enfance.”

En coulisses, un rebondissement inattendu : le père en question ferait lui-même l’objet d’un signalement à l’Inspection du travail (HSE) pour avoir autorisé son fils à monter sur un tracteur. Coïncidence de calendrier, ou réponse du berger à la bergère ? Difficile à dire.

Un nouvel événement était prévu pour le week-end du prochain bank holiday. Les habitants du village, “fous de rage”, selon le conseiller White, et le conseil paroissial considèrent qu’il serait illégal. Stephenson, lui, dit avoir réglé les problèmes de bruit et renforcé les palissades. Il maintient que ses clients sont des gens respectueux et bien intentionnés.

Entre deux visions du monde qui se heurtent frontalement, liberté des corps contre tranquillité d’un village, c’est finalement la justice administrative qui aura le dernier mot. Le dossier de permis est en cours d’instruction. La prochaine réunion du conseil paroissial promet d’être animée.

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