On pensait avoir tout vu dans la guerre Iran/États-Unis. On avait tort. L’ambassade iranienne en Afrique du Sud vient de sortir l’arme la plus inattendue du conflit au Moyen-Orient. Pas un missile. Pas une menace nucléaire. Un deepfake de Donald Trump chantant Desireless. Et ça fait le tour du monde en quelques heures.
“Voyage, Voyage” devient “Blocage, Blocage”
Les États-Unis mènent des frappes en Iran et au Moyen-Orient depuis maintenant plus de six semaines. Dans cette guerre asymétrique, l’intelligence artificielle est devenue un partenaire inattendu du pouvoir iranien. Et ce lundi 13 avril 2026, Téhéran a décidé de changer de registre.
L’ambassade d’Iran en Afrique du Sud a partagé sur son compte X une vidéo de Donald Trump chantant “Blockade, Blockade” (“Blocus, Blocus”), une parodie du tube des années 1980 de Desireless, “Voyage, Voyage”. Le timing est chirurgical.
Les négociations de ce week-end venaient d’échouer à Islamabad au Pakistan. L’heure était grave. Et pourtant, la réponse iranienne choisissait la moquerie plutôt que la menace.
Trump en veste multicolore derrière un synthé
Sur les images générées par intelligence artificielle, on voit le président américain coiffé comme à l’époque, habillé d’une veste multicolore et jouant du synthétiseur. Le résultat est à la fois absurde et redoutablement efficace.
Les paroles glissées dans la bouche du faux Trump constituent un véritable missile diplomatique déguisé en karaoké. On peut y entendre notamment : “Je ne vous donnerai jamais la paix / Le détroit d’Ormuz doit être fermé / Blocage, blocage / Dans ma tête, juste blocage / S’il vous plaît, laissez les bateaux passer / Laissez en passer au moins un peu / S’il vous plaît, laissez-les passer / Si vous me bloquez, je vais vous bloquer / Blocage, blocage / J’ai pensé que c’était facile / Blocage, blocage / Maintenant, les MAGA et Melania, laissez-moi / Blocage, blocage / Je pense que bientôt je vais me faire destituer…”
And today’s popular music: “blockade” by Trump. pic.twitter.com/7EYQ1nSTm7
— Iran Embassy SA (@IraninSA) April 13, 2026
C’est précis. C’est mordant. Et c’est parfaitement calculé.
Le détroit d’Ormuz, enjeu planétaire derrière le karaoké
Derrière la blague, il y a une réalité économique lourde. Ce corridor maritime de 34 kilomètres de large, coincé entre l’Iran et Oman, est le goulot d’étranglement le plus critique du marché pétrolier mondial. Chaque jour, environ 21 millions de barils de pétrole y transitent. Un blocus, même partiel, fait immédiatement flamber les prix du carburant à l’échelle planétaire.
JD Vance avait pourtant assuré depuis Islamabad : “Je pense que nous avons fait preuve d’une grande souplesse. Nous avons été très conciliants. Le président nous a dit de venir ici en toute bonne foi et de faire de notre mieux pour parvenir à un accord. C’est ce que nous avons fait et, malheureusement, nous n’avons pas réussi à faire avancer les choses.”
L’Iran, lui, a choisi de répondre avec Desireless.
But they’re still just wandering around in the Indian Ocean. pic.twitter.com/YdxoYBQKLs
— Iran Embassy in Zimbabwe (@IRANinZIMBABWE) April 13, 2026
I am trying to hide myself
Thank you
DONALD J.TRUMP pic.twitter.com/xyKlZD4X9j— Iran Embassy in Tajikistan (@IRANinTJ) April 6, 2026
Une stratégie de communication calculée
Le message sous-jacent est limpide. Les États-Unis ne font pas peur. Trump chante pendant que l’Iran contrôle le détroit. C’est une inversion totale du rapport de force, du moins dans la narration. Et sur les réseaux sociaux, la narration compte autant que les faits.
Le choix de Desireless, et non d’un artiste anglo-saxon, intrigue d’ailleurs les observateurs. Certains y voient un clin d’œil à la position française dans ce conflit, d’autres une simple volonté de viralité maximale avec un morceau universellement reconnaissable.
https://t.co/DHadkwy5Bt pic.twitter.com/w2tonQ5eQM
— French Response (@FrenchResponse) January 11, 2026
Et Desireless dans tout ça ?
La chanteuse française, 39 ans après la sortie de son tube mythique, se retrouve mêlée bien malgré elle à l’un des conflits les plus tendus de la décennie. Interrogée par BFM, Desireless déclare que ce n’est pas la première fois que son titre est détourné. “J’ai eu droit à tout, j’ai eu droit à Macron…”, explique-t-elle, avant d’ajouter : “Je refuse qu’on utilise ma chanson sans mon avis, encore moins les politiques.”
La guerre des images continue. Le deuxième cycle de négociations entre l’Iran et les États-Unis est attendu jeudi 16 avril à Islamabad. D’ici là, “Voyage, Voyage” n’a probablement jamais autant voyagé.
