Deux pays. Deux portes fermées. En l’espace de quelques semaines, Kanye West se retrouve persona non grata en Europe.
Le rappeur américain, qui se fait désormais appeler Ye, a annoncé mardi soir sur X le report sine die de son concert prévu au stade Vélodrome de Marseille. La décision intervient après que le ministère français de l’Intérieur a confirmé explorer des pistes pour lui interdire l’accès à la ville. Un cumul de pressions politiques qui finit par avoir raison de la tournée européenne du rappeur aux 24 Grammy Awards.
Ye prend les devants et annonce lui-même le report
Avant que les autorités françaises n’aient eu à trancher officiellement, c’est l’artiste lui-même qui a annoncé renoncer à sa date marseillaise. Dans un message publié sur X, il écrit “Après mûre réflexion, c’est ma seule décision de reporter mon concert à Marseille, en France, jusqu’à nouvel ordre.”
Il ajoute ensuite dans un second message, sur un ton plus personnel. “Je sais qu’il faut du temps pour comprendre la sincérité de mon engagement à faire amende honorable. Je prends l’entière responsabilité de ce qui me revient, mais je ne veux pas mettre mes fans au milieu de tout ça. Mes fans sont tout pour moi. J’attends avec impatience les prochains concerts. À bientôt au sommet du globe.”
Une sortie mesurée, presque conciliante. Très loin de ses sorties habituelles.
Marseille ne voulait pas de lui
Le maire de Marseille, Benoît Payan, avait ouvert le feu bien avant cette annonce. Dès le 4 mars, il publiait sur X un message sans équivoque. “Je refuse de laisser Marseille être une vitrine pour ceux qui promeuvent la haine et le nazisme sans remords. Kanye West n’est pas le bienvenu au Vélodrome, notre temple du vivre ensemble et de tous les Marseillais.”
Une prise de position politique forte, qui rejoignait celle du ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez. Ce dernier avait même organisé une réunion avec Payan et Jacques Witkowski, préfet de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, pour réfléchir aux moyens concrets d’empêcher le concert.
Reste que la route juridique n’était pas simple. Selon le journal Le Monde, citant la plus haute juridiction administrative française, les autorités locales de l’État ne peuvent interdire un concert que sous des conditions très strictes, si des déclarations faites lors de l’événement risquent de constituer une infraction pénale et si l’ordre public est menacé. La pression politique a donc suffi là où la voie légale aurait peut-être achoppé.
Après le Royaume-Uni, la France : l’Europe se ferme à Ye
Marseille ne serait que la deuxième capitulation en quelques semaines. Le 7 avril, le gouvernement britannique avait déjà refusé l’entrée sur son territoire à Kanye West, alors qu’il était programmé pour headliner le Wireless Festival de Londres en juillet. Le Premier ministre Keir Starmer avait été direct, affirmant que West “n’aurait jamais dû être invité à se produire” en raison de son passé antisémite notoire.
Les sponsors avaient alors rapidement suivi le mouvement en se retirant. Le festival avait finalement été annulé purement et simplement. Ye avait tout de même tenté d’ouvrir une porte de sortie, déclarant être prêt à rencontrer des dirigeants de la communauté juive locale. Un geste tardif qui n’avait pas suffi à sauver l’événement.
Une tournée européenne qui part en morceaux
Ce n’est plus un artiste contesté. C’est un artiste que l’Europe ne veut plus accueillir. Deux dates annulées, deux pays qui lui ferment leurs frontières pour les mêmes raisons. Et une carrière internationale qui se réduit comme peau de chagrin face aux conséquences de plusieurs années de propos antisémites assumés.
Kanye West parle de “faire amende honorable.” Le problème, c’est que les mots arrivent toujours après les faits. Et pour l’instant, les faits parlent plus fort que les promesses.
