Il devait être l’événement musical de l’été. Il est en train de devenir l’un des scandales politiques les plus brûlants de l’année. Le concert de Kanye West au stade Vélodrome de Marseille, prévu le 11 juin 2026, est aujourd’hui dans le viseur du gouvernement français. Et l’État cherche activement comment l’empêcher d’avoir lieu.
Le ministère de l’Intérieur s’en mêle
C’est le ministère de l’Intérieur qui planche désormais sur le dossier, selon des informations révélées par Libération. La préfecture de région confirme que le sujet est pris au sérieux par l’État et que des discussions sont en cours. Le concert, qui doit se tenir dans un Vélodrome de 60 000 places, est désormais considéré comme un événement hautement sensible.
Mais voilà le problème. En France, interdire un spectacle ne se fait pas d’un simple coup de stylo. Le Conseil d’État a rappelé dans plusieurs jurisprudences que l’interdiction n’est possible qu’en cas de risque que des propos constituant une infraction pénale soient tenus et que l’événement puisse provoquer des troubles à l’ordre public. Autrement dit, la liberté artistique est protégée, et les autorités doivent trouver un angle juridique solide.
Le maire de Marseille hors de lui
Le maire socialiste Benoît Payan a été le premier à monter au créneau, déclarant sur X : “Je refuse que Marseille soit une vitrine pour ceux qui promeuvent la haine et le nazisme décomplexé. Kanye West n’est pas le bienvenu au Vélodrome, notre temple du vivre-ensemble et de tous les Marseillais.”
Sauf que Payan a les mains liées. Le stade Vélodrome est géré par Mars 360, opérateur exclusif du stade, et le maire n’a pas la main sur la programmation. Paradoxal pour un stade qui appartient pourtant à la Ville.
Du côté de la communauté juive, la réaction est tout aussi tranchée. Bruno Benjamin, président de l’antenne marseillaise du CRIF, a lui aussi pris position contre la tenue de ce concert, en raison des comportements antisémites passés du rappeur. Et Fabienne Bendayan, ancienne présidente du CRIF Provence, a publié un message sans ambiguïté : “Je suis nazi”, “J’aime Hitler” : Kanye West n’est pas le bienvenu à Marseille. Celui qui proclame ouvertement son admiration pour Hitler et revendique des idées nazies ne saurait fouler la scène d’une ville dont l’âme même est tissée de diversité, de mémoire et de fraternité.”
Un rappeur qui accumule les scandales
Pour comprendre l’ampleur de la colère, il faut rappeler le contexte. Kanye West a publié un titre intitulé “Heil Hitler” le 8 mai 2025, à l’occasion du 80e anniversaire de la défaite de l’Allemagne nazie. Une provocation qui a choqué bien au-delà des frontières françaises.
En janvier 2026, le rappeur avait présenté ses excuses dans une pleine page publiée dans le Wall Street Journal, attribuant ses comportements à un trouble bipolaire et à “un épisode maniaque de quatre mois, psychotique, paranoïaque et impulsif.” Des excuses accueillies avec beaucoup de scepticisme, tant le calendrier coïncide avec la sortie de son nouvel album “Bully”.
L’organisateur joue la carte de la précaution
Face à la tempête, Mars 360 tente de calmer le jeu. L’agence a estimé que “les propos tenus par l’artiste par le passé suscitent une émotion légitime”, tout en assurant avoir inséré des clauses spécifiques dans le contrat pour s’assurer qu’aucun propos illégal ne soit tenu lors du concert et que la loi française soit parfaitement respectée.
Reste que les billets, dont les prix oscillent entre 165 et 334 euros, ne sont toujours pas complets , signe que la polémique refroidit les ardeurs d’une partie du public.
Après le Royaume-Uni, la France sera-t-elle la prochaine à claquer la porte ?
La question est désormais sur toutes les lèvres. Le gouvernement britannique a refusé la demande de visa de Kanye West, l’interdisant ainsi de territoire. Le Wireless Festival, où il devait se produire trois soirs, a été annulé. Le porte-parole de la Campaign Against Antisemitism a salué la décision en ces termes : “Le gouvernement a clairement pris la bonne décision ici. Pour une fois, lorsqu’il a affirmé que l’antisémitisme n’avait pas sa place au Royaume-Uni, il a joint le geste à la parole.”
La France saura-t-elle en faire autant ? Le compte à rebours est lancé. Le 11 juin approche. Et pour l’instant, personne ne sait encore si Kanye West montera sur la scène du Vélodrome devant 60 000 personnes, ou si la France rejoindra la liste des pays qui lui ont fermé leurs portes.
