L’enquête sur la mort d’Isak Andic, fondateur de l’empire Mango, prend une tournure judiciaire inattendue. Son fils Jonathan, seul présent au moment de la chute fatale en montagne, a été arrêté ce mardi. Il a payé un million d’euros de caution pour éviter la détention.
Jonathan Andic menotté et conduit au tribunal
Les images sont saisissantes. Ce mardi 19 mai, peu avant 13 heures (heure de Paris), Jonathan Andic, 45 ans, a été escorté par des policiers jusqu’au tribunal de Martorell, à une trentaine de kilomètres de Barcelone. Tête baissée, menotté, vêtu d’une veste de costume noire : les journalistes de l’AFP présents sur place ont documenté la scène.
La police régionale catalane a confirmé l’arrestation, après une révélation du quotidien catalan La Vanguardia. L’affaire concerne la mort de son père, Isak Andic, fondateur de Mango, décédé le 14 décembre 2024 lors d’une randonnée sur un sentier de montagne près de Barcelone. Jonathan était le seul avec lui au moment de la chute.
La famille, de son côté, a immédiatement communiqué. Une porte-parole a indiqué dès le matin à l’AFP : « Jonathan Andic est en train de faire sa déposition dans le cadre de l’enquête sur l’accident survenu le 14 décembre 2024. » Elle a ajouté : « La collaboration a été et sera totale dans le cadre de cette enquête. »
Quelques heures plus tard, le ton s’est durci. « Il n’existe pas et on ne trouvera pas de preuves à charge contre » Jonathan Andic, a poursuivi cette même source, affirmant que la famille était convaincue de l’« innocence absolue » de celui-ci et que la suite de l’enquête « le démontrerait ».
Un million d’euros de caution, passeport confisqué
Jonathan Andic a finalement été libéré après avoir versé une caution d’un million d’euros. Mais sa liberté reste encadrée. Le tribunal de Martorell a précisé dans un communiqué : « La juge a ordonné, à titre de mesures conservatoires, le retrait du passeport et une interdiction de quitter le territoire et des comparutions hebdomadaires au tribunal. »
Autrement dit : il ne peut pas quitter l’Espagne, doit se présenter régulièrement devant la justice, et reste sous surveillance judiciaire. Pour le vice-président du conseil d’administration de Mango, c’est une situation évidemment délicate, autant sur le plan personnel que pour la gouvernance de l’entreprise.
D’un accident de montagne à un possible homicide : le rebondissement d’octobre 2025
Ce qui rend ce dossier particulièrement troublant, c’est son évolution. À la mort d’Isak Andic en décembre 2024, le décès avait d’abord été traité comme un accident de randonnée. L’enquête avait été classée. Affaire réglée, en apparence.
Puis, en octobre 2025, tout a basculé. L’enquête a été rouverte et requalifiée en possible homicide, les soupçons se concentrant sur Jonathan. Le quotidien El País avait alors rapporté un élément clé : le témoignage de la compagne d’Isak Andic, Estefanía Knuth, qui aurait décrit aux enquêteurs des relations parfois tendues entre père et fils.
Un témoignage. Une requalification. Une arrestation. Les pièces du puzzle s’assemblent lentement, mais elles dessinent désormais un tableau beaucoup moins simple qu’une simple chute en montagne.
Isak Andic : de Istanbul à l’un des plus grands groupes de mode du monde
Pour comprendre les enjeux de ce dossier, il faut revenir sur ce qu’Isak Andic avait construit. Né en 1953 dans une famille juive à Istanbul, il avait émigré en Espagne à l’adolescence avec sa famille. En 1984, avec l’aide de son frère aîné Nahman, il ouvrait sa première boutique Mango à Barcelone. Une boutique. Une seule.
Quarante ans plus tard, Mango comptait environ 2 850 magasins dans le monde et plus de 16 400 employés. Isak Andic figurait parmi les personnes les plus riches d’Espagne, avec une fortune estimée par Forbes à un peu plus de 4 milliards d’euros au moment de sa mort. En 2018, il avait été fait Chevalier de la Légion d’honneur. En décembre 2023, il avait ouvert le capital de l’entreprise pour la première fois en cédant 5% à Toni Ruiz, l’actuel président du conseil d’administration.
Sa disparition avait suscité une émotion considérable dans le monde des affaires espagnol et international.
Jonathan Andic avait rejoint le groupe familial dès 2005, gravissant progressivement les échelons jusqu’à devenir vice-président du conseil d’administration. C’est dans ce poste qu’il se trouve aujourd’hui, au cœur d’une enquête pour homicide possible, avec un million d’euros versé pour rester libre et un passeport retenu par la justice.
