Elle frappe sa fille de 7 semaines, prend un bain et achète un ticket de loterie avant d’appeler un taxi

La Rédaction
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Une mère accusée d’avoir tué son nourrisson s’est offert un bain et un ticket de loterie avant de conduire sa fille grièvement blessée aux urgences. Les faits, révélés à l’audience, ont sidéré le tribunal de Birmingham.

Le 13 novembre 2019, la petite Eliza arrive à l’hôpital Princess Royal de Telford dans un état critique : « avachie, sans réaction et en proie à des convulsions ». Elle n’a que sept semaines.

Sa mère, Sarah Ngaba, 32 ans, avait pourtant pris son temps. Les jurés ont appris qu’après avoir agressé son bébé à leur domicile de Telford, dans le Shropshire, elle s’était « calmement » préparé un bain, avait enfilé ses vêtements, attendu un taxi retardé, s’était arrêtée dans un supermarché pour acheter un ticket de loterie — et ne s’était pas pressée en arrivant à l’hôpital. Eliza, elle, saignait autour du cerveau.

L’avocat de l’accusation, Jonas Hankin KC, a été direct face aux jurés : « Cette séquence d’événements est importante. Eliza tremblait visiblement. On avait dit à la défenderesse de l’emmener aux urgences. Une ambulance avait été suggérée. Elle n’en a pas appelé une. »

Et d’ajouter : « Ces éléments de preuve sont difficiles à concilier avec la suggestion que l’agression sur Eliza était le produit d’un trouble mental aigu lié à l’accouchement. Ils sont davantage compatibles avec un manque d’urgence, un détachement, une préoccupation pour soi-même, et un simple défaut de priorité accordée au bien-être de sa fille. »

Des blessures d’une violence extrême sur un nourrisson

Les médecins qui ont examiné Eliza à son arrivée aux urgences ont découvert un tableau clinique effroyable : fracture du crâne, saignements frais et hématomes autour du cerveau, ecchymoses et œdème autour des yeux, saignements autour de la moelle épinière. Des lésions causées, selon les experts, par « une combinaison de secouements violents et d’un impact très significatif à la tête ».

Sarah Ngaba avait été condamnée en novembre 2020 pour coups et blessures graves avec intention. La petite Eliza, placée en famille d’accueil à sa sortie de l’hôpital, a survécu trente-trois mois. Elle est décédée le 15 août 2022 d’une infection respiratoire virale. Elle avait deux ans.

L’accusation ne laisse aucune ambiguïté là-dessus : « Elle ne serait pas morte de cette infection si elle n’avait pas été rendue aussi vulnérable par les blessures infligées par la défenderesse. »

Ngaba ne conteste pas que ses actes ont causé la mort d’Eliza. Ce qu’elle conteste, c’est la qualification. Elle plaide l’infanticide — une défense partielle qui, en droit britannique, s’applique lorsque l’équilibre mental d’une mère a été perturbé par les effets de l’accouchement. Une nuance juridique aux conséquences radicalement différentes.

L’accusation rejette cette thèse point par point.

Jonas Hankin KC a rappelé aux jurés que cette défense ne peut s’appliquer que dans des cas très « limités » : « Ce n’est pas une défense générale face aux pressions de la nouvelle maternité. Elle n’est pas établie simplement parce qu’une mère était fatiguée, souffrait, se sentait isolée, avait du mal à s’en sortir, ou n’avait pas réussi à créer un lien naturel avec son bébé. »

Soyons honnêtes : à l’écoute du dossier, la thèse de l’infanticide semble particulièrement difficile à tenir. Les dossiers médicaux établis à la naissance ne font état d’aucun trouble psychiatrique, d’aucun effondrement mental. La sage-femme, la puéricultrice, la proche surnommée « tante Bébé » qui était présente lors de l’accouchement — aucun d’entre eux n’a exprimé la moindre inquiétude. Ngaba elle-même déclarait à l’époque se sentir « heureuse depuis la naissance » et bien entourée.

Une colère préexistante, pas un trouble lié à l’accouchement

C’est là que le dossier de l’accusation prend une autre dimension. Les psychiatres entendus par le tribunal s’accordent sur un point : Ngaba « était sujette à des accès de colère et d’irritabilité ». Des traits de personnalité antérieurs à la grossesse, étrangers à l’accouchement.

Un homme qui avait été en couple avec elle pendant sa grossesse a témoigné : « Sarah faisait des crises et se mettait en colère sans raison… il lui arrivait de s’en prendre à moi physiquement et de me frapper. »

Et Ngaba elle-même, dans une déclaration à la police faite peu après les faits en novembre 2019 — dont elle est « revenue par la suite » — avait admis : « J’accepte d’avoir perdu le contrôle de moi-même et de l’avoir frappée. J’ai un mauvais caractère et je ne me souviens pas exactement de ce qui s’est passé. »

L’accusation a par ailleurs souligné que son récit avait changé « à plusieurs reprises, de façon radicale et dans son propre intérêt ». À un moment, elle avait accepté d’avoir frappé Eliza « sous l’emprise de la colère » ; plus tard, elle avait tenté de faire porter la responsabilité à Richard Ezanga, le père du bébé, affirmant qu’il « voulait que le bébé meure ».

Jonas Hankin KC a conclu sur ce point : « Une fois que l’on réunit les témoignages, les dossiers, la chronologie et les expertises des médecins psychiatres, l’explication la plus convaincante n’est pas l’infanticide, mais une agression commise sous l’empire de la colère, commise dans la frustration par une mère isolée et pleine de ressentiment envers son partenaire et envers son bébé — mais pas quelqu’un souffrant du type de trouble mental lié à l’accouchement que la loi exige. »

Le procès se poursuit devant la Crown Court de Birmingham.

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