Le procès de Marc Rieben s’ouvre ce lundi 4 mai au tribunal pénal de Bâle-Campagne à Muttenz, en Suisse. Il est accusé d’avoir tué son épouse Kristina Joksimovic en février 2024, avant de démembrer son corps. Elle était ancienne finaliste de Miss Suisse et coach de défilé. Pour la première fois, le mobile du crime a été rendu public.
Cinq jours et demi d’audience sont prévus. Le verdict est attendu le 13 mai.
Une famille parfaite en apparence
Marc Rieben et Kristina Joksimovic semblaient vivre une vie de rêve. Lui, fils d’un avocat reconnu, père de famille dévoué et bénévole dans un groupe scout. Elle, ancienne finaliste de Miss Suisse, coach de mannequins, présente sur les réseaux sociaux avec des photos soigneusement mises en scène qui montraient un couple souriant et deux petites filles heureuses.
Quatre semaines avant sa mort, Kristina avait partagé des images d’un week-end en amoureux dans un hôtel de luxe surplombant le lac de Lucerne. Nadine Vinzens, ancienne Miss Suisse et amie de Kristina, a confié au site Nau.ch : “Elle me donnait toujours l’impression d’être heureuse. Je n’aurais jamais pensé que son mari ferait une chose pareille.” Une autre amie avait déclaré à l’époque au journal Blick : “Pour moi, ils semblaient être la famille parfaite.”
Le 13 février 2024 : ce qui s’est passé ce jour-là
Selon l’acte d’accusation du parquet de Bâle-Campagne, le couple avait déjeuné ensemble le 13 février 2024 pour discuter de leur séparation imminente. Rieben aurait refusé d’accepter le divorce, réclamé la garde exclusive des enfants et nié à sa femme tout soutien financier. La discussion a dégénéré en altercation violente.
Rieben aurait alors saisi Kristina à la gorge et la plaquée contre le mur, avant d’enrouler un “objet en forme de ruban” autour de son cou et de l’étrangler. L’autopsie a révélé des traces de traumatismes contondants, des coupures au visage, des hématomes sur la jambe, le pied, les omoplates et l’arrière du crâne. Des cheveux lui avaient été arrachés.
Après la mort de Kristina, Rieben a démembré son corps à l’aide d’une scie sauteuse, d’un couteau et d’un sécateur. Certaines parties du corps ont été placées dans un mixeur industriel, d’autres dissoutes dans une solution chimique. Les enquêteurs ont établi qu’il avait regardé des vidéos YouTube sur son téléphone pendant l’opération. Dans la cave de la maison familiale, décrite comme un “bunker isolé aux épais murs de béton”, ils ont retrouvé “un grand nombre” de lambeaux de peau “avec des muscles attachés”, ainsi que des morceaux de muscle et d’os.
Les experts ont particulièrement relevé le fait que Rieben avait “soigneusement retiré” l’utérus de sa femme, seul organe prélevé, décrivant cet acte comme une “mutilation délibérée ou une dégradation ritualisée du corps” pouvant indiquer un trouble psychiatrique.
La découverte par le père de Kristina
Ce n’est pas la police qui a découvert le corps en premier. Kristina n’était pas venue chercher ses filles à la maternelle. Ses parents, inquiets, avaient prévenu son père. Quand celui-ci s’est rendu au domicile, Rieben lui a affirmé ne pas savoir où se trouvait sa femme.
Pendant des heures, il s’est comporté comme si rien ne s’était passé, préparant le dîner, discutant avec son beau-père, couchant les enfants. Un ami de la famille a raconté au Daily Mail : “Rieben continuait d’insister sur le fait qu’il ne savait pas où était Kristina et affirmait qu’elle partait parfois comme ça.” Pendant que Rieben parlait au téléphone avec la mère de Kristina, son père a fouillé la maison pièce par pièce. Dans la cave, il a remarqué un sac poubelle noir d’où dépassaient des mèches de cheveux blonds.
“Quand il a ouvert le sac poubelle noir, il a vu sa tête coupée avec les cheveux encore attachés”, a révélé un ami de la famille. Le père a couru dehors en hurlant avant de revenir confronter son gendre. Arrêté, Rieben aurait fait preuve d’une indifférence totale.
Une relation marquée par le contrôle et la violence
Dans les jours suivant le drame, des témoignages d’amies proches de Kristina ont brossé un portrait radicalement différent de l’image publique du couple. L’une d’elles a confié au Daily Mail : “Elle était vraiment amoureuse au début, mais j’ai été un peu surprise quand elle s’est mise en couple avec lui car il ne lui correspondait pas du tout. Il donnait l’impression d’être vraiment introverti, très critique et parfois assez arrogant.”
Elle a ajouté : “Il était vraiment désobligeant avec elle, par des gestes, des mots et même par son ton… il voulait que Kristina disparaisse.”
Une autre amie de longue date a décrit Rieben comme de plus en plus obsessionnel, en particulier envers leurs enfants. “Ils étaient son projet parfait et Kristina était dans son chemin.” Elle a évoqué un contrôle strict des couchers, l’interdiction des écrans, des règles sur les vêtements et la langue. “Il déteste la féminité”, a-t-elle dit, en référence directe au prélèvement de l’utérus.
Kristina aurait également confié à une amie avoir dû appeler la police une fois, Rieben l’ayant menacée de retourner la situation contre elle si elle le dénonçait.
Le profil établi par les experts
Un psychologue légiste a diagnostiqué chez Rieben des traits narcissiques et obsessionnels compulsifs, le décrivant comme un “penseur hautement rationnel avec une perspective cognitive et technique prononcée”. L’acte d’accusation indique que le meurtre a été commis “de manière délibérée et intentionnelle, en pleine conscience, par une attitude égoïste caractérisée par un besoin de contrôle, des sentiments blessés, de la vengeance et une rage intense.”
L’expert a formellement réfuté la thèse de la légitime défense avancée par Rieben, qui prétend que Kristina l’avait “soudainement attaqué avec un couteau” et qu’il aurait ensuite démembré le corps “dans la panique”. Ses actions, méthodiques et délibérées, “n’ont de sens psychologique que si son intérêt résidait dans l’élimination d’un maximum de traces, y compris le corps, afin de dissimuler ce qui s’était réellement passé.”
