Pattaya, la “Disneyland du sexe” : la Thaïlande à l’assaut de ses 60 000 prostituées

David Marius
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Une balade de quelques minutes dans le quartier chaud de Pattaya suffit à comprendre l’ampleur du défi. La police thaïlandaise se bat contre une réalité qui semble impossible à éradiquer.

Surnommée la “version porno de Disneyland”, Pattaya est officiellement la première destination du tourisme sexuel mondial. Des centaines de bars à go-go, salons de massage et maisons closes s’y côtoient sans complexe. On estime à 60 000 le nombre de prostituées qui y travaillent. Soixante mille.

Des descentes de police, mais pour quel résultat ?

Ce mois-ci, une vaste opération policière a été menée dans les zones les plus fréquentées, notamment Pattaya Beach et Beach Road. Des dizaines d’agents ont participé au coup de filet. Seize femmes étrangères ont été arrêtées, originaires majoritairement d’Ouzbékistan, du Kirghizistan et d’Ouganda. Leur visa a été annulé et douze d’entre elles ont écopé d’une amende immédiate de 1 000 bahts, soit environ 27 euros.

Une opération similaire avait eu lieu la Saint-Valentin, avec plus de 20 interpellations en une seule nuit.

Malgré ces efforts, Pattaya ne semble pas près de changer de visage.

Ce qui se passe vraiment dans les rues de Sin City

Dans les bars à go-go, des femmes dansent nues ou seins nus sur scène. Le client peut en “louer” une en payant une “bar fine” à l’établissement. Comptez parfois moins de 14 euros pour l’emmener à l’hôtel, où une autre somme est ensuite négociée directement avec elle.

Certains hommes optent pour la formule “long time” : la femme reste à leurs côtés pour la nuit entière, plusieurs jours, voire toute la durée du séjour, jouant le rôle de la petite amie.

Les maisons closes se font appeler “gentlemen’s clubs”. Les salons de massage affichent un tarif pour chaque prestation. Dans certaines rues, ces services sont assurés par des ladyboys.

Les Britanniques, premiers clients du paradis interdit

Beaucoup de ces hommes sont britanniques. Expatriés ou touristes, ils sont des dizaines de milliers à affluer chaque année. L’Institut britannique de politique publique estime à environ 40 000 le nombre de ressortissants du Royaume-Uni vivant en Thaïlande.

Stephen Webster, 53 ans, ancien ouvrier automobile, raconte sans détour pourquoi il a tout quitté.

“J’étais un homme seul qui menait une vie assez triste au pays de Galles. J’étais entouré de types comme moi qui faisaient tout pour garder leur femme heureuse, pendant que le coût de la vie explosait. Le temps est affreux, tout le monde est fauché. Je suis parti visiter la Thaïlande, et quand j’ai vu le mode de vie à Pattaya, il n’y avait plus de retour possible.”

D’autres, comme Graham Baldwin, ancien maçon à la retraite de 66 ans originaire de Norfolk, y ont trouvé autre chose que du sexe tarifé.

“Lors de ma première visite, j’ai fréquenté des bars à Bangkok et j’ai passé un bon moment. C’est vite devenu ma destination préférée. Lors de mon séjour suivant, j’ai rencontré une femme, je suis tombé amoureux et nous nous sommes mariés il y a dix ans. La Thaïlande est plus détendue, moins stressante que le Royaume-Uni, et bien moins chère.”

Drogué, dévalisé, ou pire

Tout ne se termine pas comme dans un rêve. Un touriste de 30 ans a récemment porté plainte après avoir été drogué et dépouillé par deux femmes ramenées dans sa chambre d’hôtel. Quand il a repris connaissance, elles avaient disparu avec 5 000 bahts en liquide (environ 136 euros) et une montre Rolex estimée à 700 000 bahts, soit près de 19 000 euros.

Et puis il y a le “Pattaya Flying Club”. Ce surnom macabre désigne les étrangers qui se suicident en se jetant du balcon de leur appartement ou hôtel. Le taux de suicide chez les expatriés à Pattaya est cinq fois supérieur à la moyenne nationale thaïlandaise.

En février, Quentin Griffith, 58 ans, cofondateur du géant de la mode en ligne ASOS, en est devenu le dernier membre en tombant du 17e étage. Son ex-femme Ploy, 43 ans, avait raconté au Sun comment leur vie avait basculé quand il avait succombé aux “charmes” de Pattaya, dépensant jusqu’à 1 370 euros par nuit en soirées arrosées de champagne avec des bar girls. Il faisait face à une condamnation pour une fraude de 680 000 euros liée à leur domicile conjugal.

Trevor Knight, un Britannique qui documente la vie à Pattaya sur sa chaîne YouTube “Buzzin’ Pattaya”, résume cette spirale avec une franchise désarmante.

Beaucoup de gens arrivent ici, surtout des hommes, avec de grandes attentes. Ils pensent vivre le rêve. Nous avons tellement de tentations à portée de main, mais il est très facile de se laisser emporter. Quand vos rêves s’effondrent et que votre cœur est brisé, les temps désespérés appellent des mesures désespérées.

La police continue, mais la ville, elle, ne change pas

Les autorités maintiennent la pression. Les opérations se succèdent. Mais tant que les hommes seuls continueront d’affluer à Pattaya par milliers, la “Disneyland du sexe” a encore de beaux jours devant elle.

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