
L’affaire éclate en janvier 2017 lorsqu une doctorante de 26 ans dépose plainte contre Hassane Zouhal, alors directeur de l’UFR Staps à l’Université de Rennes 2. Elle l’accuse de faits survenus sur une période de deux ans : gestes déplacés, propos insistants et rapports sexuels imposés. Selon la jeune femme, l’enseignant a profité de son statut pour instaurer une relation ambiguë, mêlant son encadrement académique à des rapprochements physiques non désirés. Face à cette figure d’autorité déterminante pour la suite de sa carrière, la plaignante explique avoir été « paralysée » par l’enjeu de sa thèse et de compromettre son avenir.
L‘enquête s’appuie notamment sur des vidéos filmées à l’insu des victimes dans le bureau de l’enseignant. Si la défense tente d’y démontrer une relation librement consentie, l’accusation y décèle au contraire une passivité contrainte, accompagnée de refus verbaux explicites. La cour devra donc trancher une question fondamentale : le silence des victimes valait-il accord, ou résultait-il d’un état de sidération provoqué par l’abus d’autorité ? Pour mieux cerner la personnalité de l’accusé, les enquêteurs ont auditionné une centaine de témoins. Les avis sont clivés : si certains décrivent un homme « charismatique » et « apprécié », d’autres dénoncent une fâcheuse habitude d’imposer une proximité physique au sein de relations très déséquilibrées.
L’instruction a également été étayée par une procédure plus ancienne, classée sans suite pour cause de prescription. Une femme accusait Hassane Zouhal de viols commis il y a plus de 20 ans, alors qu’il était entraîneur d athlétisme et qu’elle était encore mineure. À l’époque, deux autres femmes avaient également signalé des agressions. Bien que ces faits prescrits ne puissent être jugés, ces témoignages confortent l’hypothèse d’un schéma répétitif, fondé sur la pression psychologique et l’emprise. Contacté, William Pineau, l’avocat d’Hassane Zouhal, n’a pas souhaité faire de commentaire.
Un procès aux forts enjeux sociétaux
Ce procès, dont la date devant la cour criminelle d’Ille-et-Vilaine n’est pas encore fixée, interroge plus largement la prise en charge des violences sexuelles dans le milieu universitaire. Pour Catherine Glon, avocate de deux des trois victimes, l’enjeu judiciaire est majeur : « Il s’agit de valider une nouvelle lecture du viol où la contrainte morale et l’asymétrie du pouvoir suffisent à balayer l’argument d’un consentement de façade. »