Qui contrôle l’argent du football camerounais ? La vérité selon Eto’o

David Marius
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À la tête de la Fédération Camerounaise de Football (FECAFOOT) depuis 2021, Samuel Eto’o n’a jamais cessé de diviser. Entre accusations de mauvaise gouvernance et volonté affichée de réforme, l’ancien capitaine des Lions Indomptables choisit aujourd’hui de clarifier sa position. Et son discours tranche : il se dit incompris, mais déterminé.

L’ordonnateur, pas le caissier

Au cœur de la polémique : la gestion des fonds publics alloués au football camerounais. Samuel Eto’o rappelle un principe administratif fondamental : en tant que président de la fédération, il n’est que « l’ordonnateur des dépenses ». Autrement dit, il autorise les dépenses, mais ne manipule pas les fonds.

Dans son explication, le processus budgétaire apparaît structuré. Les équipes techniques de la FECAFOOT élaborent le budget, transmis ensuite au ministère des Sports, avant validation au sommet de l’État. Ce circuit, qui implique plusieurs administrations — du ministère des Sports à la Primature, voire à la Présidence — dilue les responsabilités financières.

Dès lors, l’argument d’un détournement direct par le président fédéral lui semble infondé. « L’ordonnateur ne touche pas l’argent », insiste-t-il, dénonçant une confusion volontairement entretenue dans l’opinion publique.

Un budget aux multiples visages

Autre point soulevé : la nature même du budget fédéral. Lorsque l’on évoque six milliards de francs CFA pour les Lions Indomptables, l’imaginaire collectif pense immédiatement primes et salaires des joueurs. Or, selon Eto’o, cette enveloppe couvre une réalité bien plus large.

Chaque déplacement international engage l’image et les institutions de l’État. Frais de souveraineté, missions diplomatiques via l’ambassadeur itinérant « Amba Cam », dispositifs sécuritaires, logistique gouvernementale : le budget des Lions dépasse largement le cadre purement sportif.

Le président de la FECAFOOT affirme même ne pas figurer dans cette répartition budgétaire, contrairement à ce que certains laissent entendre.

La traçabilité comme ligne rouge

Face aux soupçons, Samuel Eto’o revendique une réforme simple mais symbolique : le paiement exclusivement par virement bancaire. Une mesure destinée à garantir une meilleure traçabilité et à rompre avec certaines pratiques opaques du passé.

Dans un environnement où la méfiance est forte, cette décision se veut un marqueur de transparence. Pour Eto’o, il ne s’agit pas d’un exploit, mais d’un minimum de rigueur administrative.

Leadership autoritaire ou fermeté nécessaire ?

La sortie la plus marquante reste sans doute sa déclaration finale : « Si c’est parce que je n’écoute pas ces gens que vous dites que je suis un dictateur, alors je suis un bon dictateur. »

Une phrase choc, révélatrice d’un style de gouvernance assumé. Samuel Eto’o se dit ouvert à la critique, mais refuse, selon ses mots, de « passer du temps à écouter des gens qui se font de l’argent parce qu’ils mentent et manipulent ».

Dans un pays où le football est une affaire d’État, la gestion de la FECAFOOT dépasse largement le terrain. Elle cristallise des enjeux politiques, économiques et symboliques. Eto’o, icône nationale devenue dirigeant, se retrouve au centre d’un système où chaque décision est scrutée, contestée, parfois instrumentalisée.

Une bataille d’image autant que de gestion

Au-delà des chiffres et des procédures, c’est une bataille de crédibilité qui se joue. Samuel Eto’o incarne une rupture générationnelle et une volonté de modernisation. Mais cette ambition se heurte à des résistances internes et à une opinion publique exigeante.

La question n’est donc pas seulement de savoir qui gère l’argent, mais comment restaurer la confiance dans la gouvernance du football camerounais.

Dans ce bras de fer entre réformes affichées et critiques persistantes, une chose est sûre : le débat est loin d’être clos.

 

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