« Tout le monde a cru que Monsieur était mort. Le bruit de la tête quand il est tombé au sol a impressionné tout le monde. » Ce lundi 23 mars, à l’audience collégiale du tribunal correctionnel, la présidente Anne-Sophie Quideau résume les témoignages recueillis par les enquêteurs après l’agression hyperviolente survenue le 20 avril au bowling de Quimper.
Deux hommes, âgés de 34 ans et 37 ans, doivent s’expliquer devant leurs victimes, deux vigiles de l’établissement dont l’un a failli perdre la vie cette nuit-là. Dans la salle d’audience aux lumières tamisées, les vidéos des agressions défilent. La principale victime sort à la demande de son avocat, Me Vincent Omez, pour ne pas subir un nouveau traumatisme.
Vêtu d’un pull rouge, le plus jeune des prévenus apparaît depuis le coin gauche de l’écran. Il court vers son ami qui discute avec un médiateur. Il fond sur ce dernier, se fixe, arme son poing et frappe. La victime s’écroule, le crâne fracassé.
« Je ne sais pas ce qui m’a pris »
L’affaire était partie du refus d’un premier vigile de faire entrer un groupe de trois hommes alcoolisés vers 1 h 30. Le plus âgé des prévenus, assisté de Me Cécile Launay, en était venu aux mains avec ce videur. La future victime l’avait pris à part sur le parking pour le calmer. Une scène à laquelle n’a pas assisté l’auteur du coup de poing, qui vient frapper sans savoir.
« J’étais pas dans mon état normal et j’ai donné le coup de poing. Je ne vais pas passer par quatre chemins, il y a la vidéo », reconnaît le plus jeune depuis le box. « Je ne sais pas ce qui m’a pris. Je ne suis pas une personne violente. »
« Je les connais depuis qu’ils sont enfants »
Aidée de Me Omez, la victime s’approche difficilement de la barre. Souffrant de surdité depuis toujours, il tient cependant à s’exprimer. « Je suis handicapé. J’ai passé ma vie à me battre », exprime le père de famille. « Pour ce coup-là, je n’arrive pas à apaiser ma colère. » Les deux prévenus étaient des habitués du bowling : « Je les connais depuis qu’ils sont enfants, je ne comprends pas comment il a osé me frapper ».
Aujourd’hui, seuls mes enfants me donnent le sourire. Ma souffrance est vraiment énorme. J’espère qu’un jour ça partira mais je ne crois pas
L’homme a perdu le goût dans l’agression qui l’a laissé sur le carreau, entre la vie et la mort. « Sortir au restaurant, c’était mon seul plaisir. Aujourd’hui, seuls mes enfants me donnent le sourire. Ma souffrance est vraiment énorme. J’espère qu’un jour ça partira mais je ne crois pas. »
Me Omez souligne l’état de son client et son « important stress post-traumatique ». Il revient sur la vidéo : « Des images d’une violence inouïe. Un seul coup de poing peut tuer. Nous ne savions pas si mon client allait survivre. C’est le comportement d’un dangereux abruti ».
« Ils frappent pour fracasser »
Lorsque le substitut du procureur se lève pour requérir, il dissèque les scènes de violences filmées. « Ils frappent pour fracasser leurs adversaires. Ce n’est pas un accident, ce n’est pas un dérapage. » Il requiert quatre ans de prison avec maintien en détention pour l’auteur du coup de poing qui a sonné le médiateur et trois ans avec mandat de dépôt pour celui qui a frappé l’autre videur.
Pour la défense de ce dernier, Me David Rajjou tonne et dénonce « des réquisitions totalement irréalistes et inadmissibles ». Il rejette toute « responsabilité collective ». « Mon client a une prise de conscience morale constante depuis le début. »
Me Anne Guillerme, pour le principal prévenu, insiste : « Il n’y a pas d’acharnement. Il ne faut pas qu’on lui retire le crédit de la sincérité quand il dit qu’il est désolé. » Téji Dauber est condamné à quatre ans de prison. Maurice Ortica écope de deux ans, sans mandat de dépôt.