70 millions d’avertissements envoyés à des internautes cherchant du contenu pédopornographique

Écrit par
David Marius
Écrit parDavid Marius
Journaliste – Actualité People David Marius suit quotidiennement les actualités du monde du spectacle, de la musique, du cinéma et des réseaux sociaux. Son travail consiste...
6 Min Read

Plus de 70 millions de messages d’alerte en deux ans. C’est le bilan de Project Intercept, un dispositif inédit qui intercepte les recherches de contenus pédopornographiques en ligne — avant même que l’accès ne soit possible.

L’idée de départ est simple, mais son déploiement l’est beaucoup moins. Plutôt que de bloquer brutalement l’accès aux contenus illégaux, la Lucy Faithfull Foundation — une association britannique de protection de l’enfance — a choisi une autre approche : envoyer un message d’avertissement à l’internaute au moment précis où il tente d’accéder à du matériel d’abus sexuel sur enfants (désigné par l’acronyme CSAM). Ce message lui rappelle l’illégalité de sa démarche et l’oriente vers des services d’aide spécialisés.

Project Intercept est actif dans 131 pays et couvre une diversité de plateformes : moteurs de recherche, réseaux sociaux, services chiffrés de bout en bout — où seuls l’expéditeur et le destinataire peuvent voir ce qui est échangé — et même des plateformes de chatbots basées sur l’intelligence artificielle. Parmi les partenaires technologiques du projet figurent Google, TikTok et Meta, ainsi que Mega, une entreprise proposant du stockage cloud chiffré.

Deborah Denis, directrice générale de la Lucy Faithfull Foundation, résume ainsi la philosophie du projet : « En plaçant des avertissements au moment précis où le comportement nuisible se produit, nous pouvons l’interrompre et orienter les personnes vers une aide pour changer. »

Des chiffres encourageants mais un taux de conversion qui interroge

Sur les 70 millions de messages envoyés, près de 700 000 personnes ont cliqué pour accéder aux ressources de la plateforme Stop It Now, qui propose des conseils confidentiels et des outils d’auto-assistance. En apparence, ça semble significatif. En réalité, rapporté au volume total, c’est moins d’un internaute sur cent qui franchit le pas.

Ce décalage n’a pas échappé aux experts. La professeure Sonia Livingstone, directrice du centre Digital Futures for Children à la London School of Economics, a exprimé une réserve claire : « Étant donné que 70 millions de messages d’avertissement ont été envoyés, le fait que seulement 700 000 personnes cliquent pour obtenir de l’aide semble faible. C’est décevant, étant donné que l’ampleur du problème des images d’abus sexuels sur enfants en ligne croît rapidement. »

Elle tempère toutefois son jugement : « D’un autre côté, comme quatre personnes sur cinq de celles qui cherchent de l’aide s’engagent avec les ressources proposées, cela suggère que le système fonctionne pour ceux qui sont vraiment motivés à obtenir de l’aide. »

C’est justement là que le bât blesse. Le dispositif est efficace pour ceux qui veulent être aidés. Mais que faire des autres — ceux que le message n’atteint pas, ou qui l’ignorent délibérément ?

Les limites du dispositif pointées par les acteurs de la protection de l’enfance

L’NSPCC, autre grande association de protection de l’enfance au Royaume-Uni, reconnaît l’intérêt de ces interventions tout en posant une condition : elles doivent s’inscrire dans un arsenal plus large, visant à empêcher la création et la diffusion de ce type de contenu en amont. Intercepter la demande, c’est bien. S’attaquer à l’offre, c’est indispensable.

Emma Hardy, directrice de la communication à l’Internet Watch Foundation, ne mâche pas ses mots : « À l’heure actuelle, il est tout simplement trop facile de partager et de distribuer des images d’abus sexuels sur enfants en ligne, et pour les enfants de se retrouver piégés dans des cycles d’exploitation. » Elle plaide pour que la « sécurité dès la conception » devienne un principe directeur, et que les nouvelles plateformes soient construites de façon à ne laisser aucune échappatoire à ce type de comportement.

Du côté des régulateurs, Ofcom — l’autorité britannique des communications — considère que les messages d’avertissement font partie des exigences du Online Safety Act, la loi britannique sur la sécurité en ligne. Almudena Lara, directrice de la politique de protection de l’enfance, estime que les données mettent en lumière à la fois des avancées réelles et « l’ampleur du problème qui doit encore être traité ».

Chez Google, Griffin Hunt, chef de produit pour Google Search, indique que des modifications apportées début 2025 ont conduit à « un plus grand engagement avec les services d’aide thérapeutique » et à une baisse des recherches ultérieures de matériel illégal. Un signal positif — mais difficile à quantifier précisément sans données détaillées sur les comportements à long terme, que la fondation n’a pas publiées.

Partager cet article
Écrit parDavid Marius
Journaliste – Actualité People David Marius suit quotidiennement les actualités du monde du spectacle, de la musique, du cinéma et des réseaux sociaux. Son travail consiste à sélectionner les informations les plus pertinentes et à les restituer de manière claire, synthétique et fiable. Passionné par l'évolution des médias numériques, il veille également aux sujets qui font le buzz sur Internet afin de proposer une couverture rapide des événements marquants. Domaines d'expertise : People, musique, cinéma, tendances web, réseaux sociaux.
Aucun commentaire

Laisser un commentaire