Des boucliers, des haches, des drakkars — et une controverse en bonne et due forme. Le photoshoot de l’équipe nationale norvégienne avant la Coupe du Monde a divisé profondément le pays, bien au-delà du football.
Des guerriers sur une plage d’Oslo
L’idée venait de la Fédération norvégienne de football. Ériger Erling Haaland et ses coéquipiers en Vikings sur une plage d’Oslo, avec boucliers, arcs, flèches et haches, des drakkars en arrière-plan. Le photographe écossais David Yarrow a été choisi pour l’occasion — sur recommandation d’Haaland lui-même, qui avait déjà collaboré avec lui pour un shooting personnel sur le même registre.
Le résultat est visuellement saisissant. Haaland les cheveux lâchés, Antonio Nusa portant un casque pour dissimuler sa teinture peroxyde au nom du réalisme. Une jetée en bois spécialement construite pour l’occasion, démontée ensuite. Yarrow a voulu éviter à tout prix le déguisement de carnaval. « Je voulais jouer sur ce sentiment de voyage qui remonte aux Vikings, comme s’ils levaient l’ancre pour l’Amérique », a-t-il déclaré à The Athletic. « Si vous le faites à moitié ou en studio, ça tombe à plat. Nous avons vraiment mis le paquet. On a amené les bateaux, tout le monde était en vrai équipement viking, pas des trucs de pantomime. »
La Fédération a posté l’intégralité du processus sur Instagram. La réception des fans dans les commentaires ? Globalement enthousiaste.
La controverse : chauvinisme et références néo-nazies ?
C’est ailleurs que le bât blesse. Certains observateurs norvégiens ont accueilli les images avec un regard très différent. Markus Slettholm, journaliste au quotidien Morgenbladet, a qualifié les images de « chauvines et excluantes ». Il est allé encore plus loin dans une interview accordée à NRK, affirmant que le photoshoot lui est « reminiscent of what neo-Nazis were concerned about ten years ago » — soit, en français : « ça rappelle ce qui préoccupait les néo-nazis il y a dix ans ».
La chercheuse et universitaire norvégienne Jane Haug Skjoldli avait par ailleurs déjà pris position dans Klassekampen sur les maillots de la sélection pour le Mondial, estimant qu’ils pouvaient être perçus comme « hyper-masculins et relevant de l’extrémisme de droite ». Les inscriptions de style runique au dos des maillots, selon elle, comportent des éléments « malheureux et typiques du langage symbolique néo-nazi et fasciste ».
Le photoshoot n’a fait qu’amplifier ce débat déjà existant. Et la polémique a pris suffisamment d’ampleur pour que le sélectionneur Stale Solbakken soit interrogé sur le sujet en conférence de presse. Sa réponse était expéditive : « Il y a beaucoup de sujets plus importants et plus difficiles que ça. Je ne peux pas me permettre de gaspiller du temps là-dessus. »
Ce que la Fédération voulait vraiment dire
Derrière les images, la Fédération norvégienne tient à préciser le sens qu’elle donne à l’opération. L’objectif n’était pas de réduire l’identité de l’équipe à un stéréotype historique, mais de créer un élan collectif avant le tournoi — une démonstration d’unité stylisée plutôt qu’un manifeste culturel.
Les supporters norvégiens pratiquent d’ailleurs depuis quelques matchs une version synchronisée du “Viking row”, une célébration similaire au fameux clap islandais. La tendance à se réapproprier ce pan de l’histoire nationale existe bien au-delà du football, et la Fédération a visiblement voulu surfer dessus.
Reste que le sujet divise. D’un côté, des fans enthousiastes qui voient dans ces images un beau geste de fierté nationale avant une compétition mondiale. De l’autre, des voix qui rappellent que l’ère viking n’était pas qu’une épopée romantique — et que certaines références visuelles qui s’en inspirent ont été récupérées par des mouvements d’extrême droite au fil des décennies.
Sur le terrain, Haaland et ses coéquipiers face à un groupe redoutable
En dehors de la polémique, la Norvège va disputer sa quatrième Coupe du Monde de son histoire avec des ambitions réelles. Haaland, Odegaard et Antonio Nusa forment une génération dorée qui espère aller loin dans la phase à élimination directe. Le groupe en revanche ne fera pas de cadeau : France, Sénégal et Iraq attendent les Norvégiens dans ce qui s’annonce probablement comme le chapeau le plus relevé du tournoi.
