Il avait prédit lui-même qu’il mourrait en scène. Il avait raison. André Santini, réélu maire d’Issy-les-Moulineaux il y a à peine deux mois, est décédé à l’âge de 85 ans. Avec lui disparaît l’une des dernières figures d’une certaine politique à la française, gouailleuse, tranchante, et résolument hors norme.
Une carrière entière ancrée dans les Hauts-de-Seine
André Santini est né en 1940 à Paris. Son ascension politique s’est construite dans les Hauts-de-Seine, département où il finit par devenir maire centre droit d’Issy-les-Moulineaux en 1980, avec l’appui de Charles Pasqua. Quarante-six ans de mandat consécutifs. Un record que peu de maires français peuvent revendiquer.
Sous sa direction, Issy-les-Moulineaux s’est transformée en vitrine économique, attirant de nombreux sièges français de grands groupes internationaux comme Coca-Cola ou Microsoft. Une manière de faire du local une politique d’attractivité avant que le terme ne devienne à la mode.
Sur la scène nationale, il avait aussi laissé des traces, à sa façon discrète. Chargé d’écrire les discours de Pierre Messmer, il décrivait l’exercice avec une certaine rigueur : « Avec Messmer, il fallait tout savoir, faire preuve d’éloquence mais sans artifice pour autant. Il était très pointilleux. » Une discipline de plume qui contrastait avec la légèreté de ses propres sorties publiques.
Un parcours ministériel modeste, une réputation bâtie sur les mots
Son aventure gouvernementale n’a jamais vraiment décollé. Un poste de secrétaire d’État aux Rapatriés en 1986, à la Communication en 1987, puis à la Fonction publique en 2009. Des fonctions importantes sur le papier, mais qui ne racontaient pas ce qu’il était vraiment : un homme de langage, de pique et de situation.
Car ce qu’on retiendra d’André Santini, c’est surtout ça. Le bon mot. La formule ciselée. L’insolence calculée. Il avait remporté à plusieurs reprises le prix de l’Humour politique, récompense qui couronnait une spécialité cultivée avec soin. Quelques exemples restent dans les mémoires : « Monseigneur Decourtray n’a rien compris au préservatif. La preuve, il le met à l’index. » Ou encore : « Je me demande si l’on n’en a pas trop fait pour les obsèques de François Mitterrand. Je ne me souviens pas qu’on en ait fait autant pour Giscard. » Et cette perle sur Alain Juppé : « Alain Juppé voulait un gouvernement ramassé, il n’est pas loin de l’avoir. »
Ces répliques, souvent féroces, parfois limites, faisaient de lui un invité régulier des médias. Moins pour son analyse politique que pour son registre de tueur à gages du mot. Il n’en était pas gêné.
Réélu en mars 2026, mort deux mois après
Ce qui est frappant dans la trajectoire finale d’André Santini, c’est cette dernière élection. Durant la campagne des municipales de début 2026, il était apparu amaigri, visiblement diminué, mais toujours debout. Toujours combatif. Il avait été réélu au second tour et avait reçu son écharpe de maire le 28 mars 2026, lors du premier conseil municipal.
Deux mois plus tard, il est mort.
En 2019, il avait confié à Mireille Dumas : « Je crains de mourir en scène. C’est d’ailleurs ce que me prédisait mon ami Charles Aznavour. » La formule ressemble à une blague, mais elle avait quelque chose de prophétique. Santini a tenu jusqu’au bout. Il a reçu son écharpe. Et puis il est parti. Peu de politiques auront entretenu jusqu’à la fin cette fusion avec leur mandat, comme si quitter la mairie d’Issy aurait été une forme de mort anticipée.
Il n’avait pas échappé aux critiques sur sa gestion municipale et sur cette obstination à ne jamais lâcher le pouvoir local. Mais à sa façon, cette dernière campagne gagnée à 85 ans, les traits tirés et le regard toujours vif, avait quelque chose de cohérent avec tout le reste.
