La « famille secrète » de Michael Jackson accuse le roi de la pop d’abus sexuels durant 25 ans

Yvan Pedri
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Ils se taisaient depuis des décennies. Aujourd’hui, quatre frères et sœurs brisent le silence et décrivent des années d’abus présumés aux mains de Michael Jackson — celui qu’ils croyaient aimer comme un père.

Tout commence dans les années 1980, dans un hôtel huppé de Manhattan. Dominic Cascio Sr. travaille au Helmsley Palace Hotel de New York quand il fait la connaissance de Michael Jackson. Une rencontre anodine en apparence, qui va bouleverser la vie de toute sa famille.

Très vite, le chanteur s’intègre à leur quotidien. Il débarque chez eux sans prévenir, emmène les enfants en tournée mondiale sur son jet privé, les introduit auprès de diplomates du monde entier. Eddie, aujourd’hui âgé de 43 ans, affirme avoir rencontré Jackson alors qu’il n’avait que deux ans.

« Il nous faisait nous sentir comme sa famille, ses enfants, tout pour lui », dit-il.

Les Cascio passent des vacances au ranch Neverland, en Californie. Jackson les emmène également dans des propriétés appartenant à Elizabeth Taylor et à Elton John. Des vidéos de l’époque les montrent jouer avec Bubbles, le célèbre chimpanzé du chanteur — images d’une enfance apparemment idyllique qui cachaient, selon les plaignants, une réalité bien plus sombre.

Des accusations d’une gravité extrême

En février dernier, Eddie, Dominic, Aldo et Marie-Nicole ont déposé une plainte commune. Ils y décrivent Michael Jackson comme un prédateur sexuel en série, qui les aurait abusés pendant vingt-cinq ans, à partir de leur enfance.

Eddie affirme que les agressions ont commencé lors de la tournée Dangerous de 1993, quand il avait 11 ans.

« Nous étions en tournée, et c’est là que Michael a commencé à se rapprocher et à me frotter les jambes. J’étais assis sur ses genoux, et c’est là que le premier baiser s’est produit, où il m’a embrassé sur les lèvres. »

Il ajoute que les abus se sont poursuivis chaque nuit dans le lit qu’il partageait avec la star, et que Jackson aurait commis des actes de pénétration alors qu’il n’avait que 16 ans. « Ma virilité m’a été arrachée, tout comme mon enfance », déclare-t-il.

Son frère Dominic, lui, décrit des scènes encore plus troublantes. Il évoque un jeu que Jackson aurait lui-même inventé et baptisé le « booty rumble » : « Il me couchait sur lui, mes parties génitales contre les siennes. Tout en se balançant, il se pressait contre moi. »

Dominic rapporte également que Jackson aurait bu son urine en lui disant : « C’est comme ça que je t’aime. » Il avait environ 12 ans à l’époque.

« J’ai dit : “Oh, il m’aime vraiment alors.” Je veux dire, moi je n’aurais jamais voulu boire l’urine de quelqu’un, donc il devait vraiment m’aimer. »

Marie-Nicole, la seule fille de la fratrie, affirme de son côté que Jackson la forçait à se déshabiller à l’âge de 12 ans et se masturbait devant elle. Quant au plus jeune, Aldo, il décrit une agression survenue alors qu’ils jouaient ensemble aux jeux vidéo.

« Il a juste baissé mon short et a commencé à me faire une fellation. Et il me disait aussitôt : “Tu aimes ça, non ? Tu vois, je t’aime. Je t’aime.” »

Alcool, médicaments et leçons de manipulation

Les accusations ne s’arrêtent pas là. Les quatre frères et sœurs affirment que Jackson leur fournissait régulièrement de l’alcool et des médicaments sur ordonnance, alors qu’ils étaient encore enfants.

Le vin avait un surnom : « Jesus juice ». Les alcools forts étaient rebaptisés « Disney juice ». Marie-Nicole affirme : « Il m’a donné du Xanax et du Vicodin à 11 ans en me disant que j’allais planer et que j’adorerais ça. »

Soyons honnêtes : ce niveau de détail, s’il s’avère exact, dépasse largement le cadre d’une simple manipulation affective. Les Cascio décrivent un système rodé, quasi institutionnalisé, destiné à briser les défenses des enfants tout en les rendant incapables de comprendre ce qui leur arrivait réellement.

Jackson les aurait également préparés à d’éventuels interrogatoires menés par leurs parents ou la police. Un conditionnement qui, selon eux, les rendait à la fois méfiants et convaincus que rien d’anormal ne se passait.

Dominic résume ce mécanisme avec une lucidité glaçante : « Quand vous avez la plus grande star mondiale des années 80 qui veut être votre ami, vous êtes vulnérable et facilement manipulable. »

Et d’ajouter, face caméra lors de l’émission 60 Minutes Australia : « C’est un monstre, il est mauvais, ce qu’il a fait était mauvais. Et il a trompé le monde entier pour lui faire croire qu’il était cet être humain innocent et parfait. Ce n’est pas le cas. »

La réponse de la succession Jackson

La succession de Michael Jackson n’a pas tardé à réagir. Son avocat, Marty Singer, qualifie ces accusations de pure cupidité financière.

« Ces tentatives d’extorsion interviennent plus de quinze ans après la mort de Jackson, ce qui exclut tout risque de poursuites pour diffamation. Malheureusement, dans la mort comme dans la vie, le talent et le succès de Jackson continuent d’en faire une cible. »

Une ligne de défense classique, répétée depuis des années à chaque nouvelle vague d’accusations contre le chanteur disparu en 2009. Ce qui est frappant, c’est que la succession n’a pas directement contesté les faits allégués point par point — et que les Cascio, eux, possèdent des archives visuelles et des souvenirs précis qui remontent à plusieurs décennies.

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