Mort de Nathalie Baye, l’actrice aux quatre César qui a marqué le cinéma français

Emilie Delacrouz
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L’actrice s’est éteinte à 77 ans. Une disparition qui laisse un vide immense dans le paysage culturel français.

Une carrière hors norme, du cinéma d’auteur aux blockbusters

Elle était là depuis toujours, ou presque. Nathalie Baye vient de s’éteindre à l’âge de 77 ans. Sa famille a confirmé la nouvelle à l’Agence France-Presse. Et la France perd ce jour-là bien plus qu’une actrice.

Quatre César. Deux récompenses de la meilleure actrice, pour La Balance de Bob Swain en 1983, puis pour Le Petit Lieutenant de Xavier Beauvois en 2006. Une Coupe Volpi décernée à la Mostra de Venise en 1999 pour Une liaison pornographique de Frédéric Fonteyne. Et une filmographie qui traverse cinq décennies de cinéma français avec une aisance rare.

Elle a tourné sous la direction de Jean-Luc Godard, de François Truffaut, de Tonie Marshall, de Xavier Dolan. Mais aussi dans des comédies populaires comme Alibi.com de Philippe Lacheau. Ce grand écart permanent, entre cinéma d’art et films grand public, était sa marque de fabrique. Elle ne choisissait pas un camp. Elle les traversait tous, toujours avec cette élégance qui lui était propre.

La danse avant tout, puis le théâtre par hasard

Rien ne la destinait à ce parcours. Fille d’un artiste peintre, elle souffrait de dyslexie et se sentait étrangère à l’école. Elle le confiait elle-même avec une sincérité désarmante.

“La danse m’a sauvée de l’école où j’étais malheureuse. C’est une bonne raison non ? J’étais dyslexique, je confondais les ‘m’ et les ‘n’, les ‘b’ et les ‘p’. Je switchais beaucoup de choses. Surtout, j’étais ailleurs.”

À 14 ans, elle intègre une école de danse à Monaco. Adolescente, elle part aux États-Unis. Le théâtre arrive plus tard, presque par hasard, poussée par une amie. C’est alors qu’elle rencontre René Simon, son professeur d’art dramatique au Cours Simon. Un tournant décisif.

“Il m’a donné ma chance et je ne l’oublierai jamais.”

À l’époque, elle jongle entre ses tournées d’opérette pour payer ses cours et ses ambitions d’actrice. René Simon finit par s’en apercevoir. Il lui offre les cours, lui ouvre les portes du Conservatoire, et lui demande en échange un investissement total. Elle tiendra cet engagement toute sa vie.

Truffaut, Godard, et la naissance d’une icône

Sa carrière démarre en 1973 sous la direction de Robert Wise dans Brève rencontre à Paris. Mais c’est François Truffaut qui lui offre son premier grand rôle dans La Nuit américaine, puis dans La Chambre verte. Le reste appartient à l’histoire du cinéma français.

Elle n’aimait d’ailleurs pas le mot “carrière”.

“Je déteste le mot carrière. Disons plutôt parcours. J’ai refusé des films parce qu’ils m’emmenaient trop loin et que je ne voulais pas me séparer de ma fille.”

Laura Smet, Johnny Hallyday, et la discrétion comme armure

Sa fille, Laura Smet, est née en 1983 de sa relation avec Johnny Hallyday, qu’elle a fréquenté entre 1982 et 1986. Une histoire d’amour vécue sous les projecteurs malgré elle, dans une époque où les paparazzi ne laissaient aucun répit.

“Je n’étais pas du tout prête à ce que ma vie soit étalée dans les magazines. Johnny, les paparazzi…”

Elle assumait les conséquences de cette exposition sans jamais attaquer Johnny Hallyday de front. Mais elle reconnaissait que l’image médiatique de ce couple avait nui à sa crédibilité professionnelle.

“J’étais déjà connue mais le rouleau compresseur des anecdotes croustillantes effaçait tout ce que j’avais pu faire avant. Ça ne valorise pas un artiste. Je ne porte pas un jugement sur Johnny en disant cela, mais c’est ce qu’on en a fait, et qui, forcément, est resté pendant un bon moment dans la tête des metteurs en scène, qui m’a nui.”

Compagne de Philippe Leonard dans les années 70, puis de l’ancien ministre Jean-Louis Borloo dans les années 90, Nathalie Baye n’a jamais aimé étaler sa vie privée. Elle avait pourtant cette façon bien à elle de parler des gens qu’elle aimait, avec une générosité simple.

“Quand j’aime les gens, c’est pour toujours.”

Les cinéphiles aimaient Nathalie Baye. Ce sera pour toujours, eux aussi.

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