Le Pape Léon XIV en feu au Cameroun : “Le monde est ravagé par une poignée de tyrans”

Sylvestre Kamga
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Le ton était sans équivoque. Debout devant une foule rassemblée à Bamenda, la principale ville anglophone du Cameroun, le Pape Léon XIV, qui  arrivé au Cameroun la veille, a lâché des mots qui font mal. Des mots rares pour un pontife. Des mots qui résonnent.

Les maîtres de la guerre font semblant de ne pas savoir qu’il suffit d’un instant pour détruire, alors qu’une vie entière ne suffit souvent pas pour reconstruire.”

Premier pape américain de l’histoire, Léo n’a pas mâché ses mots face aux dirigeants mondiaux. Il a dénoncé sans détour ceux qui dépensent des milliards dans les guerres pendant que les peuples souffrent. Le monde, a-t-il dit, est “ravagé par une poignée de tyrans.” Une phrase directe et dévastatrice.

Quand la religion devient une arme de guerre

Ce qui a vraiment choqué dans ce discours, c’est la cible visée. Le pape s’en est pris aux leaders qui instrumentalisent Dieu pour justifier leurs guerres.

Malheur à ceux qui manipulent la religion et le nom même de Dieu pour leur propre gain militaire, économique et politique, traînant ce qui est sacré dans les ténèbres et la boue. C’est un monde à l’envers, une exploitation de la création de Dieu qui doit être dénoncée et rejetée par toute conscience honnête.

Des mots forts. Un message universel. Et un contexte bien précis.

Le mois dernier déjà, Léon XIV avait déclaré que Dieu rejetait les prières de dirigeants aux “mains pleines de sang”. Une pique largement interprétée comme visant Pete Hegseth, le secrétaire américain à la Défense, qui invoque régulièrement le langage chrétien pour justifier la guerre contre l’Iran.

Trump attaque, le pape ne recule pas

En toile de fond de cette visite africaine, une guerre de mots avec Donald Trump. Le président américain a ouvert les hostilités dimanche dernier en traitant le pape de “FAIBLE sur le crime, et terrible pour la politique étrangère” sur Truth Social.

Mardi soir, nouvelle attaque. Mercredi, Trump publie une image de Jésus l’étreignant, après avoir posté une autre image le représentant lui-même comme une figure christique, suscitant un tollé international.

Le pape, lui, avait dit lundi à Reuters qu’il ne s’arrêterait pas de parler de la guerre en Iran. Il a tenu parole. Sans répondre à Trump directement. Sans se laisser déstabiliser.

Bamenda, symbole d’une crise oubliée

Sa venue à Bamenda n’était pas anodine. Cette ville anglophone est au coeur d’un conflit qui dure depuis près de dix ans, né des tensions entre les régions francophones et anglophones du Cameroun, héritage direct de la colonisation.

Le Cameroun, ancienne colonie allemande, a été partagé entre la France et la Grande-Bretagne après la Première Guerre mondiale. La partie française est devenue indépendante en 1960, rejointe un an plus tard par la zone anglophone de l’ouest.

Depuis, la fracture n’a jamais vraiment guéri. Selon l’International Crisis Group, plus de 6 500 personnes ont été tuées et plus d’un demi-million déplacées dans les combats entre l’armée camerounaise et les groupes séparatistes anglophones. Des prêtres sont régulièrement kidnappés contre rançon. Certains ont été tués.

Pour la visite du pape, une alliance séparatiste a accepté un cessez-le-feu de trois jours. Un geste rare. Un espoir fragile.

Un pape, une lueur d’espoir

Léon XIV a dit se sentir encouragé par le fait que cette crise “n’a pas dégénéré en guerre religieuse.” Il a appelé les leaders chrétiens et musulmans à s’unir pour médier une sortie de crise.

La veille, à Yaoundé, il avait déjà bousculé Paul Biya, le président camerounais de 93 ans, le plus vieux dirigeant du monde, lui demandant d’éradiquer la corruption et de résister aux “caprices des riches et des puissants.”

Biya, lui, n’a pas mis les pieds dans les régions anglophones depuis le début du conflit.

Le pape Léo, lui, y était. Et il a parlé.

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