Trump menace de virer Jerome Powell dès le mois prochain : la guerre ouverte entre la Maison-Blanche et la Fed

David Marius
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Trump s'en prend violemment à une journaliste sur la pelouse de la Maison-Blanche Vous ne savez rien

Donald Trump l’a dit sans détour. Si Jerome Powell s’accroche à son poste à la tête de la Réserve fédérale américaine au-delà de l’expiration de son mandat le 15 mai prochain, il sera limogé. La tension entre la Maison-Blanche et la banque centrale américaine vient d’atteindre un niveau inédit.

C’est dans une interview accordée à Maria Bartiromo sur Fox Business que Trump a posé ses cartes sur la table. À la question de savoir ce qu’il ferait si Powell restait en poste, la réponse a été lapidaire : “Alors je devrai le virer.”

Ce n’est pas la première fois que Trump tire sur Powell. Le président l’a de nouveau traité de “désastre” pour le pays ce même mercredi, lui reprochant notamment de maintenir les taux d’intérêt trop hauts depuis trop longtemps.

Un bâtiment à 3,7 milliards d’euros au cœur du scandale

Derrière la bataille politique, il y a un dossier bien concret. Le ministère de la Justice américain enquête sur Jerome Powell pour lui avoir menti au Congrès au sujet de la rénovation du siège de la Fed à Washington. Un chantier dont la facture a explosé, passant d’un budget initial à une addition qui frôle désormais les 3,7 milliards d’euros.

Trump ne mâche pas ses mots sur le sujet : “Voilà un homme qui a pris ce petit bâtiment et quelques autres petits complexes et qui dépense plus de 2,8 milliards d’euros. Je veux savoir qui est l’entrepreneur, parce que cet entrepreneur gagne des milliards.”

Il a enfoncé le clou : “C’est probablement corrompu, mais ce qui est vraiment en cause c’est l’incompétence, et nous devons mettre cette incompétence en lumière.”

La procureure Jeanine Pirro, qui supervise l’enquête, a de son côté justifié l’investigation en ces termes : “Tout projet de construction ayant des dépassements de coûts de près de 80% par rapport au budget initial mérite un examen sérieux. Et ce sont ces gens qui sont en charge de la politique monétaire des États-Unis ?”

La Fed, elle, attribue ces dépassements à des “conditions imprévues” rencontrées sur le chantier, évoquant notamment “plus d’amiante que prévu, une contamination toxique du sol et une nappe phréatique plus haute qu’attendu.”

Des procureurs refoulés à la porte de la Fed

L’épisode illustre à quel point le bras de fer est tendu. Mardi, deux procureurs mandatés par Pirro se sont présentés sans prévenir au siège de la Fed pour inspecter l’avancement des travaux. Ils ont été refoulés. Robert Hur, l’avocat représentant la Fed, a signifié à l’un des procureurs de ne plus jamais se présenter dans le bâtiment sans qu’un représentant légal de la Fed soit présent.

Un juge fédéral avait par ailleurs annulé le mois dernier les assignations à comparaître émises par le ministère de la Justice. Pirro a annoncé qu’elle comptait faire appel.

Powell ne lâche rien et campe sur ses positions

Face à toute cette pression, Jerome Powell ne cède pas d’un centimètre. Il avait déclaré le mois dernier : “Je n’ai aucune intention de quitter le Conseil tant que l’enquête ne sera pas véritablement terminée, avec transparence et caractère définitif.”

Powell avait également précisé qu’en l’absence de confirmation de son successeur désigné, la loi l’obligerait à rester en poste à titre intérimaire. “C’est ce que la loi prévoit. C’est ce que nous avons fait à plusieurs occasions par le passé”, avait-il rappelé lors d’une conférence de presse en mars.

Kevin Warsh bloqué au Sénat

Trump avait nommé en janvier l’ancien gouverneur de la Fed Kevin Warsh pour succéder à Powell. Problème : le sénateur républicain Thom Tillis, membre clé de la commission bancaire du Sénat qui doit approuver la nomination, a clairement posé ses conditions. Il ne votera pas pour confirmer Warsh tant que l’enquête sur Powell n’est pas bouclée.

Une audition de confirmation est néanmoins programmée pour le 21 avril. Trump, lui, se veut optimiste sur Tillis et a glissé que le sénateur “est américain, il sait ce qu’il a à faire.” Mais il a aussi reconnu que le blocage pourrait durer.

Un licenciement légalement risqué

Sur le plan juridique, virer Powell ne serait pas un acte anodin. La loi sur la Réserve fédérale n’autorise le président à destituer un gouverneur de la Fed que “pour motif valable”. Powell, lui-même juriste, a répété à plusieurs reprises qu’il contesterait toute tentative de le forcer à partir.

L’affaire Cook est là pour rappeler les limites du pouvoir présidentiel sur ce terrain. Trump avait tenté de limoger la gouverneure de la Fed Lisa Cook en l’accusant de fraude hypothécaire, des accusations qu’elle conteste fermement. La Cour suprême a entendu l’affaire en janvier et les juges ont paru sceptiques quant à l’étendue du pouvoir exécutif en la matière. Une décision pourrait tomber dès vendredi.

Trump, lui, reconnaît avoir retenu ses coups jusqu’ici : “Je me suis retenu de le virer. Je voulais le virer, mais je déteste être controversé.”

La partie d’échecs entre la Maison-Blanche et la Réserve fédérale entre dans sa phase la plus décisive. L’indépendance de la banque centrale américaine, pilier de la stabilité économique mondiale depuis des décennies, est plus que jamais sur la sellette.

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