Un enfant de 9 ans séquestré 18 mois dans une camionnette en Alsace — ce que la famille savait vraiment

Sylvestre Kamga
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Un garçon de 9 ans. Dix-huit mois dans une camionnette. Dénutri, incapable de marcher, sans douche depuis des mois. L’affaire qui secoue l’Alsace depuis le 6 avril dernier entre dans une nouvelle phase après la conférence de presse du procureur de Mulhouse, Nicolas Heitz, ce mercredi 15 avril 2025.

Comment un enfant peut-il disparaître sans que personne ne réagisse

C’est la question que tout le monde se pose. Et les réponses qui émergent font froid dans le dos.

Le petit garçon avait été placé dans la camionnette de son père, électricien de métier, à la fin de l’année 2024. Soit un an et demi avant qu’une voisine d’Hagenbach, dans le Haut-Rhin, n’alerte les secours en entendant des bruits d’enfant provenant du véhicule.

Pendant tout ce temps, presque personne dans l’entourage n’avait tiré la sonnette d’alarme. Chacun pensait que l’enfant était ailleurs.

Sa sœur croyait qu’il était “interné”

C’est l’un des détails les plus troublants révélés lors de la conférence de presse. La grande sœur du garçon pensait que son frère avait été hospitalisé en psychiatrie. Sa demi-sœur de 10 ans, elle, croyait qu’il “était au foyer”. Les grands-parents paternels admettent ne plus trop l’avoir vu, mais précisent l’avoir eu au téléphone en mars dernier pour son anniversaire.

Quant à la belle-mère, elle assure ne pas avoir été au courant de la situation, “mais s’en doutait un peu”, selon le procureur. Elle affirme que son compagnon l’avait “convaincue qu’il serait interné”.

Le père justifie l’injustifiable

Le père a fourni sa version des faits aux enquêteurs. Il explique que son fils était “devenu agressif avec sa compagne, qui le poussait dans ses retranchements”. Face aux demandes de sa belle-mère, qui affirmait “qu’il devait être interné”, il dit avoir voulu protéger l’enfant. Cacher le garçon dans la camionnette aurait donc été, selon lui, une forme de protection.

Ce qui est glaçant, c’est que l’enfant a intégré cette version. Il a expliqué aux enquêtrices spécialisées que son père n’avait “pas eu d’autre choix” que de l’enfermer. “Il n’avait pas envie que je finisse à l’hôpital”, a-t-il déclaré, désignant sa belle-mère comme sa “pire ennemie”.

Le procureur a tenu à apporter une précision importante sur ce point. “Aucun des éléments médicaux n’étayait la réalité des problèmes psychiatriques de l’enfant.”

La mère avait tenté d’alerter, en vain

La mère du garçon, séparée du père depuis octobre 2022, n’a pas non plus disparu sans réagir. Hospitalisée en psychiatrie entre mai 2022 et janvier 2024, elle avait saisi le juge des affaires familiales en octobre 2024. Résultat : la résidence principale des deux enfants avait été fixée chez le père, avec un simple droit de visite accordé à la mère dans un espace associatif neutre.

Elle avait tenté d’exercer ce droit. Sans succès. “J’ai contacté, en vain, l’association pour exercer mes droits”, a-t-elle confié.

Elle avait alors interpellé publiquement le père sur Facebook. Le 23 août 2024, elle écrivait “Depuis février, je n’ai pas vu ni entendu les enfants, tu es injoignable. As-tu idée de ce que c’est de ne pas savoir où ils sont et ce qu’ils font. J’ai besoin de les prendre dans mes bras et de leur dire que depuis des mois, j’essaie de les joindre tous les jours.”

Faute de réponse, elle avait mené sa propre enquête. Et découvert qu’aucun enfant portant le nom de son fils n’était scolarisé à Hagenbach. Elle avait alors déposé plainte, et un administrateur ad hoc avait été désigné pour défendre les intérêts du mineur.

Des conditions de vie inhumaines

Le bilan médical de l’enfant est accablant. Les médecins ont constaté “une attitude recroquevillée avec position spontanée, genoux repliés contre le tronc, l’enfant déclarant ne pas pouvoir déplier les membres inférieurs, ni se mettre debout, ni même marcher”. Son poids était faible, sa taille inférieure à la normale pour son âge, et une carence en hygiène importante avait été relevée.

Dans la camionnette, son père lui apportait “deux fois par jour” de l’eau et de la nourriture. Il devait “uriner dans des bouteilles vides”. Sa dernière douche remonterait à fin 2024. Ses vêtements n’étaient plus lavés. Quand le père conduisait le véhicule pour son travail, le garçon pouvait “se cogner”.

Trente ans de prison requis pour le père

Le père de l’enfant encourt aujourd’hui trente ans de prison. La belle-mère, sept ans. Une audience est attendue dans les prochains mois alors que l’enquête se poursuit.

L’affaire de l’enfant séquestré dans une camionnette en Alsace soulève des questions profondes sur les failles du système de protection de l’enfance. Comment un mineur peut-il disparaître pendant dix-huit mois sans déclencher d’alerte institutionnelle ? C’est désormais l’une des pistes que les autorités devront examiner.

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