Quatre migrants ont perdu la vie ce jeudi matin lors d’une tentative de traversée de la Manche au large de Boulogne-sur-Mer. Le drame survient au moment même où Paris vient de rejeter une proposition de Londres visant à autoriser les garde-côtes britanniques à intercepter des embarcations dans les eaux françaises.
C’est peu après 7h du matin qu’une large opération de secours a été déclenchée au large d’Équihen-Plage. L’embarcation en difficulté était ce que les autorités appellent un “taxiboat”, c’est-à-dire un petit bateau utilisé pour transporter des migrants depuis les plages jusqu’à des dinghies qui les attendent au large. Le préfet du Pas-de-Calais, François-Xavier Lauch, a confirmé le bilan lors d’une prise de parole devant la presse.
“Ils étaient déjà assez loin en mer. Les courants, qui peuvent être dangereux ici, les ont emportés. Ce bilan provisoire, et j’insiste sur le fait qu’il est provisoire, fait état de quatre décédés, deux hommes et deux femmes“, a-t-il déclaré. Au total, 42 personnes ont été secourues. Une autre a souffert d’hypothermie et 37 rescapés supplémentaires sont pris en charge par les services d’urgence à l’heure où nous écrivons ces lignes.
Des témoins présents sur le rivage ont rapporté avoir aperçu plusieurs corps flottant dans l’eau. Le préfet a par ailleurs indiqué que plusieurs dinghies se trouvaient encore en mer et étaient surveillés par les autorités françaises, avec notamment un hélicoptère militaire mobilisé. Sur la question des responsabilités, sa position était sans ambiguïté. “La responsabilité incombe aux passeurs“, a-t-il affirmé.
Paris dit non à l’interception dans les eaux françaises
Ce nouveau drame s’inscrit dans un contexte diplomatique tendu entre Londres et Paris. Le gouvernement d’Emmanuel Macron vient en effet de rejeter une proposition formulée par la ministre britannique Shabana Mahmood, qui souhaitait autoriser des navires de la Border Force à intercepter des embarcations directement dans les eaux territoriales françaises avant de ramener les migrants sur les côtes nord de la France.
Selon le journal satirique français Le Canard Enchaîné, qui a révélé les détails de ces négociations, la France a qualifié cette demande de “ligne rouge”. La présence d’officiers britanniques dans ses eaux souveraines est, selon Paris, tout simplement inacceptable. Actuellement, la Border Force n’intervient qu’une fois que les migrants ont pénétré dans les eaux territoriales britanniques, avant de les conduire à Douvres.
Un accord financier colossal et des négociations qui s’étirent
Ces discussions s’inscrivent dans le cadre du renouvellement d’un accord de patrouille migratoire entre les deux pays. L’accord précédent, arrivé à expiration en mars, a été prolongé de deux mois le temps que les deux parties s’entendent sur de nouvelles bases. Pendant cette extension qui court jusqu’en mai, le Royaume-Uni versera à la France environ 19,3 millions d’euros pour financer près de 700 policiers chargés de patrouiller dans le nord de la France.
Ce n’est pas tout. Le Canard Enchaîné révèle également que les contribuables britanniques ont financé 100 nouveaux véhicules de police pour les gendarmes du Pas-de-Calais, soit l’équivalent d’un quart de leur flotte totale. Depuis 2018, le Royaume-Uni a versé au total près de 769 millions d’euros à la France au titre des accords de sécurité migratoire, d’après un rapport de la bibliothèque de la Chambre des communes publié l’année dernière.
Plus de 5 000 traversées depuis le début de l’année
La veille du drame, environ 137 migrants avaient traversé la Manche, les passeurs profitant d’une météo favorable. Des vidéos et témoignages font état de policiers français restés passifs pendant que des groupes d’hommes montaient dans des dinghies au large de Dunkerque. Depuis le 1er janvier, les traversées ont déjà dépassé le cap des 5 000 personnes.
Le 1er avril, deux migrants avaient déjà péri lors d’une autre tentative, portant le total de l’année à quatre morts avant ce nouveau drame. En 2025, 36 personnes avaient perdu la vie dans la Manche. Avec l’approche de l’été et des conditions météorologiques plus clémentes, les autorités redoutent une hausse significative du nombre de tentatives de traversées si aucun accord solide n’est trouvé entre les deux pays.
Un porte-parole du gouvernement britannique a réagi dans un communiqué. “Nous sommes profondément attristés d’apprendre les décès survenus aujourd’hui dans les eaux françaises. Chaque mort dans la Manche est une tragédie et un rappel brutal des dangers que font peser les gangs criminels qui exploitent des personnes vulnérables à des fins lucratives. Nous continuerons à travailler sans relâche avec la France et nos partenaires à l’étranger pour prévenir ces voyages périlleux. Les autorités françaises dirigent la réponse à cet incident et nous soutenons leur enquête.“
