Pedro Almodóvar, Lars von Trier, Joel Coen, Asghar Farhadi, la liste des cinéastes susceptibles de fouler la Croisette en mai prochain donne déjà le vertige. Avant même l’annonce officielle de la sélection, les rumeurs et les indices s’accumulent autour d’une édition 2026 qui s’annonce particulièrement dense en auteurs de premier plan. Tour d’horizon des projets les plus susceptibles de faire le voyage jusqu’à Cannes.
Les absences notables et les grands retours
Quelques précisions s’imposent d’entrée. Plusieurs des titres les plus attendus de l’année passeront vraisemblablement leur chemin. Disclosure Day de Steven Spielberg, Toy Story 5 de Pixar ou encore The Mandalorian & Grogu sont taillés pour une sortie commerciale classique, sans détour festivalier. Christopher Nolan, absent de la compétition depuis que Memento avait inauguré sa carrière à Venise en 2000, ne devrait pas non plus faire son apparition. Quant à Ruben Östlund, double Palme d’Or, son prochain film est encore en post-production — un éventuel triplé historique devra attendre 2027.
En revanche, les retours attendus sont nombreux et alléchants. Pedro Almodóvar revient au cinéma espagnol après son incursion anglophone couronnée à Venise avec The Room Next Door, avec Bitter Christmas, décrit comme une “tragicomédie sur le genre.” Le calendrier de sortie espagnol, fixé au 20 mars avec un déploiement international fin mai, laisse peu de doutes sur une présentation cannoise. Asghar Farhadi, Grand Prix 2021 pour A Hero, débarque avec Parallel Tales, un film français réunissant Isabelle Huppert, Virginie Efira, Vincent Cassel, Catherine Deneuve et Pierre Niney — une affiche qui se passe de commentaires. Lars von Trier, dont la santé a considérablement ralenti le rythme de travail depuis son diagnostic de Parkinson en 2022, aurait terminé le tournage de After l’été dernier, un film explorant selon son producteur de longue date Peter Aalbæk Jensen “la mort et la vie après la mort.” Si le film est livrable à temps, il paraît inconcevable qu’il ne figure pas dans la sélection.
Parmi les autres candidats sérieux à la compétition, Paweł Pawlikowski revient avec 1949, une fiction autour d’un chapitre de la vie de Thomas Mann, avec Sandra Hüller et tourné en noir et blanc par Łukasz Żal — le même chef opérateur derrière Cold War et La Zone d’intérêt. Ryusuke Hamaguchi présente All of a Sudden, son premier film en langue française, avec Virginie Efira, dont les droits nord-américains ont été acquis en sept chiffres à Berlin par Neon. Kantemir Balagov, exilé de Russie depuis l’invasion de l’Ukraine, signe son premier film anglophone Butterfly Jam avec Riley Keough, Barry Keoghan et Monica Bellucci. Lukas Dhont, après Girl et Close, revient avec Coward, un film de tranchées sur la Première Guerre mondiale — son premier film d’époque. Et Joel Coen, sans son frère Ethan pour la première fois à Cannes, propose Jack of Spades, un mystère gothique situé dans l’Écosse des années 1880 avec Josh O’Connor, Frances McDormand et Lesley Manville.
Un plateau de second rang qui vaut le coup d’œil
Au-delà des candidats à la compétition principale, plusieurs films méritent l’attention pour les sections parallèles. Hirokazu Kore-eda revient avec Sheep in the Box, une fable de science-fiction dans laquelle un couple endeuillé accueille un humanoïde en remplacement de leur fils disparu — une sortie japonaise prévue le 29 mai qui coïncide parfaitement avec une présentation cannoise. Na Hong-jin, qui avait stupéfié la Croisette en 2016 avec The Wailing, revient avec Hope, doté du plus gros budget jamais alloué à un film coréen, avec Michael Fassbender et Alicia Vikander aux côtés de stars locales. Cristian Mungiu, Palme d’Or pour 4 mois, 3 semaines, 2 jours, est attendu avec Fjord, un thriller domestique avec Sebastian Stan et Renate Reinsve.
Du côté des paris plus incertains mais séduisants, Quentin Dupieux pourrait ramener son humour absurde avec Full Phil, une comédie anglophone avec Woody Harrelson et Kristen Stewart qu’il décrit lui-même comme “Emily in Paris en enfer.” Les frères Zellner montent en gamme avec Alpha Gang, une comédie de science-fiction avec Cate Blanchett en cheffe d’une invasion extraterrestre déguisée en gang de motards des années 1950 — accompagnée de Chris Pine, Léa Seydoux et Dave Bautista. Et Takashi Miike pourrait bien débarquer avec deux films, dont un slasher avec Charli XCX et Milly Alcock tourné à Kyoto, co-développé avec la pop star elle-même.
James Gray, fidèle de la Croisette avec cinq films en compétition à son actif, revient au thriller criminel avec Paper Tiger, un film sur deux frères happés par la mafia russe, avec Adam Driver et Scarlett Johansson — son producteur le décrit déjà comme “son meilleur film à ce jour.”
Enfin, côté français, Florian Zeller pourrait enfin trouver son chemin vers Cannes avec Bunker, un thriller psychologique avec Javier Bardem et Penélope Cruz, tandis qu’Antonin Baudry propose un diptyque sur De Gaulle avec Simon Abkarian, dont la sortie française est calée en juin et juillet — le genre d’épopée nationale que le festival aime accueillir hors compétition.
La sélection officielle sera dévoilée dans les prochaines semaines. Autant dire que les arbitrages s’annoncent difficiles.
