Depuis la sortie des deux premiers épisodes le 29 mai, la question revient en boucle : Star City est-elle basée sur une histoire vraie ? La réponse courte, c’est non. Mais la réponse longue est bien plus intéressante.
Une uchronie ancrée dans la réalité de la guerre froide
Star City est un spin-off de For All Mankind, la série Apple TV qui imagine une guerre froide où l’Union soviétique a devancé les États-Unis dans la course à la Lune. Dans la réalité, ce sont bien les Américains qui ont posé le premier pied sur le sol lunaire, le 21 juillet 1969. Dans l’univers de la série, l’URSS décroche ce titre avec le cosmonaute Alexeï Leonov, un homme qui a réellement existé, et la compétition spatiale ne s’interrompt jamais.
Star City reprend ce point de bascule pour se concentrer exclusivement sur le camp soviétique, dans une atmosphère de thriller paranoïaque. L’enjeu central de la série : envoyer la première femme sur la Lune. Une prouesse qu’aucun pays n’a accomplie dans la réalité, à ce jour.
La série n’est donc ni un documentaire ni une fiction pure. Elle s’installe dans un entre-deux que les amateurs de science-fiction appellent uchronie : une réécriture de l’histoire à partir d’un point de divergence.
La vraie Cité des Étoiles : une ville fantôme sur les cartes
La Cité des Étoiles était bien réelle. Cette ville fermée, située près de Moscou, servait de centre d’entraînement pour les cosmonautes soviétiques. Pendant des décennies, elle n’apparaissait sur aucune carte et restait sous contrôle militaire strict, comme le détaillent Canal+ et le magazine Smithsonian.
Elle porte symboliquement le nom de Youri Gagarine, premier être humain à avoir voyagé dans l’espace, le 12 avril 1961. Gagarine est mort en 1968, et la cité lui rend hommage depuis. Contrairement à l’austérité visuelle que la série met en scène, les résidents bénéficiaient en réalité d’appartements confortables, bien au-dessus des standards soviétiques ordinaires. C’était une manière concrète de garantir leur loyauté au programme spatial.
Derrière tout l’appareil technique, la figure de Sergueï Korolev, le « chef concepteur » du programme spatial soviétique, planait sur chaque mission. Sa discrétion était absolue. L’historien Asif A. Siddiqi, spécialiste de la course à l’espace soviétique cité par Radio Times, décrit son anonymat avec précision : « Pendant sa vie, très peu de gens connaissaient son existence. Même la CIA avait du mal à comprendre qui il était. » Dans la réalité, Korolev est mort en 1966 pendant une opération chirurgicale. Dans Star City, il est maintenu en vie pour rendre crédible la domination soviétique sur le programme lunaire.
Survie en Sibérie, ours dans la taïga : une séquence tirée d’un vrai drame
L’une des séquences les plus spectaculaires de la série montre la cosmonaute Anastasia Belikova contrainte de survivre dans la taïga après un atterrissage raté à 450 kilomètres du site prévu. C’est romancé, mais pas inventé.
En 1965, la mission Voskhod 2 a bien connu un problème similaire. La capsule s’est posée en pleine forêt sibérienne, loin du point d’atterrissage prévu. L’historien Siddiqi raconte ce qui s’est réellement passé : « Ils ont fini par passer deux nuits là-bas. Ils avaient fait exploser l’écoutille, donc ils ne pouvaient plus rentrer et fermer, tout était ouvert aux éléments. » Les ours et loups qui surgissent dans la série relèvent, eux, davantage du folklore attaché aux cosmonautes que des rapports officiels de l’époque.
Le mariage forcé de Belikova : une pratique qui a existé
L’autre élément qui intrigue dans la série, c’est le mariage arrangé imposé à Belikova par la colonel Lyudmilla Raskova. Là encore, la fiction s’appuie sur un précédent réel.
Dans les années 1960, Valentina Terechkova, première femme à avoir voyagé dans l’espace, a épousé le cosmonaute Andrian Nikolayev lors d’une cérémonie très médiatisée. Siddiqi est catégorique : « Oui, il y a eu un cas comme ça dans les années 1960. » Terechkova a toujours nié que son mariage ait été forcé, mais l’union a manifestement servi la propagande soviétique sur l’égalité entre hommes et femmes, une égalité qui restait très limitée dans les faits au sein du programme spatial.
La série reprend cette logique de contrôle des corps et de l’image publique, en accentuant la surveillance du KGB et le secret encadrant chaque départ en mission. Les appartements truffés de micros relèvent de la licence dramatique, mais la méfiance envers les espions américains et l’usage de satellites pour surveiller les installations étaient, eux, un contexte bien réel.
