Israël et démocratie sous tension : une dérive qui inquiète la communauté internationale

François Xavier
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La question du caractère démocratique d’Israël revient avec insistance sur la scène internationale. En cause, une série de décisions politiques récentes qui alimentent les critiques, à commencer par l’adoption d’une loi controversée instaurant la peine de mort pour les terroristes. Une mesure qui, selon de nombreux observateurs, pourrait marquer un tournant préoccupant dans l’évolution de l’État hébreu.

Une loi controversée et vivement critiquée

L’adoption de cette loi a été saluée par l’extrême droite israélienne, mais elle suscite une inquiétude grandissante à l’étranger. Le chef des droits de l’homme de l’ONU, Volker Türk, a estimé qu’elle est « manifestement incompatible avec les obligations d’Israël en droit international, notamment en ce qui concerne le droit à la vie ».

Cette position est largement partagée. Le Conseil de l’Europe évoque même la possibilité d’une exclusion d’Israël. Avant le vote, plusieurs capitales européennes, dont Berlin, Londres, Paris et Rome, avaient appelé à renoncer à un projet susceptible de « remettre en cause les engagements d’Israël en matière de principes démocratiques ».

Pour certains universitaires, le constat est sévère. Anna Zielinska parle d’un État de droit « en faillite ». Le fait que seul le gouvernement américain de Donald Trump ait exprimé un soutien explicite à cette loi renforce le sentiment d’isolement diplomatique.

Une justice à deux vitesses dénoncée

Au cœur des critiques se trouve la question de l’égalité devant la loi. Pour Miriam Azem, coordinatrice du plaidoyer international du centre juridique Adalah, il s’agit de « la création officielle d’un système pénal à deux vitesses où la peine capitale est de fait réservée à un seul groupe national ».

Elle ajoute que « en établissant une hiérarchie racialisée du droit à la vie, cette loi viole l’interdiction absolue de la discrimination en vertu du droit international ». Selon l’ONU, son application pourrait même être qualifiée de « crime de guerre ».

Historiquement, la peine de mort en Israël est restée exceptionnelle. Elle n’a été appliquée que deux fois, en 1948 et en 1962, notamment contre le criminel nazi Adolf Eichmann. Depuis, elle avait surtout une portée symbolique.

Une évolution politique qui fragilise les équilibres

Cette loi s’inscrit dans un contexte politique marqué par un virage à droite. Depuis son retour au pouvoir en 2022, Benyamin Netanyahou s’appuie sur une coalition incluant des figures radicales comme Itamar Ben Gvir ou Bezalel Smotrich. Ces responsables remettent ouvertement en question des principes fondamentaux comme « l’égalité et le pluralisme ».

Parallèlement, la politique de colonisation, notamment en Cisjordanie, se poursuit et s’intensifie. Elle s’accompagne de projets sécuritaires qui inquiètent au-delà des frontières israéliennes, en particulier au Liban.

Même les partis de droite traditionnelle semblent évoluer vers des positions plus dures. Le Likoud, selon le politologue Noam Gidron, « s’apparente actuellement davantage, par son recours au populisme, à l’extrême droite qu’aux partis de centre-droit traditionnels en Europe ».

Un recul démocratique inscrit dans la durée

Pour de nombreux analystes, cette évolution ne date pas d’hier. L’institut Varieties of Democracy a rétrogradé Israël hors de la catégorie des démocraties libérales en 2024. Un déclassement qui s’inscrit dans une tendance amorcée depuis plusieurs années.

La loi fondamentale de 2018, qui définit Israël comme le « foyer national du peuple juif », est souvent citée comme un moment charnière. Depuis, les critiques se multiplient concernant la place des minorités, en particulier les citoyens arabes et les Palestiniens vivant en Cisjordanie.

Le centre juridique Adalah recense « plus de 65 lois qui discriminent explicitement ou implicitement les citoyens palestiniens ». Miriam Azem résume la situation sans détour. « Lorsqu’un État consacre, dans son cadre constitutionnel et législatif, la suprématie nationale et la discrimination systémique, il ne répond pas aux exigences de base d’un système démocratique ».

Au fil des années, ces évolutions dessinent le portrait d’un pays dont les fondements démocratiques semblent de plus en plus contestés, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de ses frontières.

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