Donald et Melania Trump ont fait leur entrée au Kennedy Center de Washington pour la première de la comédie musicale Chicago, l’un des derniers spectacles programmés avant la fermeture du bâtiment pour deux ans de rénovations. Leur apparition sur le balcon a suscité une réaction partagée dans la salle — des applaudissements nourris d’un côté, quelques huées de l’autre. Une image qui résume assez bien le climat tendu qui entoure désormais cette institution culturelle emblématique.
Un président qui a pris les commandes de l’institution
Depuis son retour à la Maison-Blanche, Trump n’a pas perdu de temps. Il a évincé le conseil d’administration du Kennedy Center, le remplaçant par des fidèles proches de la mouvance MAGA, avant de s’en nommer président. La décision la plus controversée reste sans doute le changement de nom du bâtiment, qui s’appelle désormais officiellement “The Donald J. Trump and John F. Kennedy Memorial Center for the Performing Arts” — le nom du président républicain placé devant celui de l’assassiné JFK.
Sur son réseau Truth Social, Trump a justifié la chose avec une certaine désinvolture. “Un spectacle d’unité bipartisane, un président républicain et un président démocrate ! Tout ce que je fais, c’est réparer, nettoyer, gérer et ’embellir’ un bâtiment terriblement mal entretenu depuis de nombreuses années, mais un bâtiment d’une importance potentiellement grande.”
La famille Kennedy, elle, n’a pas du tout apprécié. La nièce de JFK, Maria Shriver, a qualifié le changement de nom de “franchement bizarre”. Son petit-fils Jack Schlossberg, candidat au Congrès pour un siège à Manhattan, y a vu une manœuvre politiquement calculée et a répondu cash sur Instagram. “ENVOYEZ-MOI AU CONGRÈS POUR FUMER CES IDIOTS — FAITES ENTENDRE VOTRE VOIX FORT ET CLAIREMENT. Je ne reculerais pas et ne me laisserai pas noyer.”
Des artistes qui fuient, des emplois menacés
Les conséquences de cette reprise en main ne se font pas attendre. Nombreux sont les artistes et les productions qui ont annulé leurs participations depuis le changement de direction. Le nouveau directeur exécutif Matt Floca a d’ores et déjà prévenu le personnel par mail que des licenciements allaient intervenir “dans les jours et les semaines à venir”, selon NBC News.
La question des syndicats ajoute une couche supplémentaire de friction. Chicago, production non syndiquée, a déjà fait grincer des dents l’an dernier. L’Actors’ Equity Association — le syndicat des acteurs et régisseurs de scène — interdit à ses membres de se produire dans des spectacles hors convention collective. Trump avait lui-même critiqué le coût des productions syndicales en mars 2025. L’ancien directeur Ric Grenell avait alors déclaré à Deadline que “la nature restrictive et coûteuse des spectacles réservés aux syndicats n’est pas bonne pour une communauté diversifiée. Nous voulons plus d’options, pas moins.”
En décembre 2025, le directeur exécutif du syndicat Al Vincent Jr. avait répliqué dans un communiqué en affirmant que le nouveau conseil d’administration du Kennedy Center “a cherché à étouffer la liberté d’expression dans les arts” et avait qualifié le changement de nom de “décision illégale”.
Chicago se joue au Kennedy Center jusqu’au 5 avril, avant que le rideau ne tombe pour de bon cet été. Deux ans de travaux en perspective, et une institution dont l’identité, elle, semble déjà profondément transformée.
