Le tribunal correctionnel de Rennes a prononcé, mercredi 18 février 2026, des peines de quatre et huit ans de prison pour les deux jeunes de 21 ans impliqués dans les violents braquages de camions de cigarettes survenus à Chantepie et au Rheu, près de Rennes, et à Saint-Germain-en-Coglès, non loin de Fougères.
Pour rappel, quatre individus cagoulés avaient foncé, le 25 février 2025, au petit matin, sur un livreur de la société Fraikin affairé à approvisionner un buraliste de Chantepie pour le compte du grossiste français Logista. La victime avait été projetée au sol, avant de recevoir un coup de marteau sur la tête, des coups de pied et des coups de poing.
Alors qu’il était maintenu à terre, le livreur avait même été menacé avec un couteau, ce qui lui avait valu 15 jours d’interruption temporaire de travail (ITT). Les malfaiteurs étaient repartis avec plus de 78 000 € de marchandise.
Aucun ADN n’avait été découvert sur les lieux du braquage ou dans le véhicule des voleurs, retrouvé incendié le lendemain. Les soupçons de la Division de la criminalité organisée et spécialisée (DCOS) de Rennes – l’ex- « PJ » – s’étaient alors portés sur un intérimaire de 21 ans qui « aurait dû accompagner » la victime au matin des faits, mais qui ne s’était « pas réveillé ». L’hypothèse d’une taupe en interne n’a toutefois pas pu être confirmée et l’intérimaire concerné a été relaxé, conformément aux réquisitions du parquet.
« Le ministère public fait vite et mal »
Quelques semaines plus tard, le 11 avril 2025, des faits similaires avaient été commis au Rheu : cette fois-ci, un livreur de la même société avait été violenté à coups de matraque. Le butin s’était alors élevé à près de 170 000 €. Plusieurs vols de véhicules avec arme avaient été commis dans l’intervalle, toujours dans l’agglomération rennaise.
Le 2 juillet 2025, une livraison de tabac à Saint-Germain-en-Coglès avait été ciblée par plusieurs individus, toujours selon le même mode opératoire. Plusieurs riverains et automobilistes avaient été menacés par des armes. Le préjudice se chiffrait cette fois à 295 000 €.
Lors de la toute première évocation de l’affaire, le 19 novembre 2025, les trois avocats de la défense avaient ainsi déploré la stratégie du parquet de Rennes dans cette affaire : le dossier n’était pas en état d’être jugé par le tribunal, ce que « tout le monde savait depuis un mois et demi ». « Le ministère public a fait vite et mal », avait grincé, ce jour-là, Me Jérôme Stéphan, sollicitant en conséquence un supplément d’information avec sa consœur Me Gwendoline Tenier. Le tribunal correctionnel de Rennes les avait alors suivis et avait en conséquence renvoyé l’affaire au 11 février 2026.
Les avocats de la défense ont aussitôt fait appel
Mais près de trois mois plus tard, les données fondant l’accusation manquaient toujours à l’appel. « Le supplément d’information est rempli à 10 % », avait constaté Me Gwendoline Tenier. Elle et ses confrères Olivier Pacheu et Jérôme Stéphan avaient dès le départ déploré l’orientation du parquet de Rennes vers cette procédure d’urgence expéditive, qui a mené à « une impasse juridique » et à renvoyer seulement trois hommes devant la justice.
Le dossier avait donc été renvoyé d’une semaine, au 18 février 2026 : la détention provisoire des deux prévenus expirait le jeudi 19 février 2026 à minuit… et la « partie de ping-pong », selon le mot du président du tribunal correctionnel, a repris.
Les juges ont refusé de renvoyer de nouveau l’affaire. Mais le délai d’appel du jugement du 11 février 2026 n’était pas expiré et certaines des données, encore manquantes… Les avocats de la défense se sont donc pressés à la cour d’appel de Rennes pour former cet appel, en milieu de journée. Le premier président de la cour d’appel de Rennes leur a toutefois répondu vers 19 heures qu’il refusait d’examiner immédiatement leur recours.
Poursuite des débats
Le président du tribunal correctionnel de Rennes a donc décidé de poursuivre les débats, sous les yeux interloqués des nombreuses parties civiles de ce dossier, manifestement noyées au milieu de tous ces débats juridiques.
Baran Kilic, dont la ligne téléphonique avait été géolocalisée à tous les stades de cette affaire, sans qu’on puisse concrètement comprendre quel rôle il a pu jouer, a au final écopé de huit ans ferme : il se trouvait à chaque fois sur les lieux des vols de véhicules qui ont servi aux braquages. Said-Omar Minty, lui, avait juste admis avoir accompagné une autre personne pour déplacer un utilitaire volé ; il a malgré tout écopé de quatre ans ferme. Leurs avocats ont annoncé ce jeudi 19 février 2026 à avoir fait appel.