Comment protéger des forêts que 100 millions de visiteurs foulent chaque année ? Après le choc des incendies qui ont ravagé le massif de Fontainebleau depuis le 12 juillet, la région Île-de-France planche sur un vaste plan de prévention. Intelligence artificielle, débroussaillage obligatoire, moyens renforcés pour les pompiers : la présidente Valérie Pécresse détaille sa stratégie.
Un électrochoc qui appelle une réponse durable
« Il faut une mobilisation de longue haleine », avertit Valérie Pécresse. Passé le choc face à l’ampleur des flammes qui ont dévoré le massif de Seine-et-Marne, la présidente (LR) de la région veut désormais construire une réponse qui s’inscrit dans le temps, et pas seulement dans l’urgence de la crise.
Ces forêts ne sont pas un détail sur la carte francilienne. « Elles représentent un quart du territoire de l’Île-de-France et accueillent 100 millions de visiteurs chaque année », rappelle l’élue. D’où l’annonce d’un audit régional, dont les conclusions seront présentées le 8 octobre prochain, lors d’une conférence consacrée à la prévention des incendies en massif forestier.
Ce n’est pas franchement une découverte de dernière minute. Dès 2023, les services de l’État avaient déjà désigné l’Île-de-France comme un « nouveau territoire de feu ». Les massifs de Fontainebleau, de la Commanderie, des Trois-Pignons et de Nemours-Poligny — tous situés en Seine-et-Marne — sont d’ailleurs classés en risque d’incendie depuis avril 2026. Mais face à l’évolution du climat, la région veut aller plus loin, en s’appuyant sur le Centre national de la propriété forestière et l’Institut Paris Région pour recenser les vulnérabilités des massifs franciliens face au feu.
L’intelligence artificielle, une arme qui a fait ses preuves
Sur le terrain, l’urgence porte d’abord sur des questions très concrètes : les accès pompiers, les citernes stratégiquement placées en forêt, le débroussaillage des sous-bois. Autant de leviers qui, mal anticipés, peuvent transformer un simple départ de feu en catastrophe.
La région a également décidé de soutenir financièrement la reconstruction, en s’engageant à verser à la Fondation du patrimoine un euro pour chaque euro versé par les donateurs. « Nous fixons un plafond à un million d’euros », précise Valérie Pécresse, alors qu’Emmanuel Macron a lui-même lancé un guichet unique le 16 juillet dernier, lors de sa visite sur place.
Mais c’est bien la technologie qui semble avoir le plus marqué la présidente de région. « Nous devons aussi généraliser l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) sur toute la région », insiste-t-elle, visiblement convaincue par son efficacité pendant la crise du massif de Fontainebleau. « Cela a permis de détecter un départ de feu 45 minutes avant l’appel de témoins. » Un gain de temps qui, dans ce genre de sinistre, peut littéralement faire la différence entre un feu maîtrisé et un brasier hors de contrôle. Le même dispositif est d’ailleurs déjà testé depuis plusieurs semaines dans l’Essonne voisine, notamment pour surveiller la forêt de Sénart.
Des moyens supplémentaires pour les sapeurs-pompiers
Au-delà de la seule détection, la région promet d’instruire, d’ici la fin de l’année, les demandes d’équipements complémentaires formulées par les services d’incendie et de secours (Sdis) pour mieux affronter les risques climatiques à venir. Valérie Pécresse « se félicite de l’entraide et du travail en symbiose des sapeurs-pompiers lors du feu ». Dans le cadre de ce qu’elle appelle le « bouclier de sécurité », la région a déjà versé 8 millions d’euros d’aides d’équipement aux pompiers de Paris et aux quatre Sdis concernés.
Reste un chantier tout aussi crucial, mais bien moins spectaculaire : celui de la sensibilisation. « Nous avons un vrai travail d’éducation des habitants », juge la présidente de région. Le constat dressé sur le terrain par les pompiers a de quoi surprendre. « Les pompiers, en défendant les maisons, sont tombés sur du bois stocké dans des garages ou des bonbonnes de gaz mal placées », détaille-t-elle. « Il faut mettre tout le monde dans la boucle. »
Débroussaillage obligatoire : le sujet qui fâche
Du côté des associations de terrain, le ton est plus tranché encore. Bertrand Dehelly, président des Amis de la forêt de Fontainebleau (AFF), estime « que les mesures appliquées dans le Midi de la France doivent être appliquées ici ». Il ne mâche pas ses mots sur les décisions qui devront, tôt ou tard, être assumées politiquement : « Par exemple, même si c’est très impopulaire, les préfets doivent prendre des arrêtés imposants des obligations légales de débroussaillement. »
Concrètement, chaque propriétaire devrait débroussailler autour de son domicile — et la responsabilité ne s’arrêterait pas à la limite de sa propre parcelle. « Si votre voisin ne le fait pas, vous pouvez le faire », glisse le président des AFF, qui rappelle une réalité bien plus prosaïque que technique : « le temps passé à sauver les maisons est du temps en moins pour éteindre le feu dans le massif, comme cela s’est produit au Vaudoué. »
Un connaisseur des massifs franciliens, qui a préféré garder l’anonymat, pointe un autre facteur, souvent éclipsé par le sujet des flammes elles-mêmes : « La forêt ne souffre malheureusement pas que des incendies. Là, en Île-de-France comme ailleurs, il manque de l’eau. » Pour les professionnels de la filière, l’adaptation est déjà en marche, et elle s’annonce structurelle. « On sait qu’à terme, nous aurons le climat du Sud », prédit Bertrand Dehelly. « Il va falloir couper des arbres le long des routes pour avoir des coupe-feu. »