Le Congolais Yves Sakila meurt après avoir été plaqué au sol à Dublin : l’Irlande sous le choc

Yvan Pedri
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Un homme de 35 ans est mort après avoir été immobilisé par des agents de sécurité devant un grand magasin du centre de Dublin. Les images diffusées en ligne ont provoqué une onde de choc bien au-delà de la communauté congolaise.

Cinq minutes au sol devant les passants

Vendredi dernier, peu après 17h, des agents de sécurité du grand magasin Arnotts, sur Henry Street en plein cœur de Dublin, ont interpellé Yves Sakila, 35 ans, de nationalité congolaise, à la suite d’un vol présumé de flacons de parfum, selon le Daily Mail.

Des images circulant sur les réseaux sociaux montrent l’homme plaqué sur le trottoir pendant près de cinq minutes, plusieurs gardes le maintenant au sol. On y voit ce qui semble être un agent posant un genou dans le dos de la nuque ou du cou d’Yves Sakila, tandis que des passants, dont des mères avec des poussettes, regardent la scène. Les gardes lui ordonnent de rester au sol : « Stay down. » Après plus de trois minutes, l’homme cesse de réagir. Les agents le relâchent. L’un d’eux, visiblement ébranlé, remonte son capuchon et passe un appel téléphonique.

Yves Sakila a été transporté à l’hôpital, où il a été déclaré mort.

La police irlandaise a confirmé que les agents de sécurité l’avaient mis en état de détention à la suite d’un incident de vol présumé, avant qu’il ne perde connaissance sur place. Une enquête a été ouverte. Le gendarme de surveillance des forces de l’ordre, Fiosrú, a également été saisi du dossier.

“L’Irlande qu’ils connaissaient il y a trente ans n’est plus la même”

Les réactions au sein des communautés minoritaires d’Irlande ont été immédiates et douloureuses.

Laure Zoya, vice-présidente du groupe Congolese Community in Ireland, a témoigné du choc ressenti par ses membres, parmi les premières communautés noires à s’être installées en Irlande. Elle a précisé qu’Yves Sakila était arrivé dans le pays très jeune. « L’Irlande qu’ils connaissaient il y a 30 ans n’est plus la même », a-t-elle déclaré à la télévision nationale RTE.

Sanaa Basit, traductrice et mère de deux enfants originaire du Soudan et installée en Irlande depuis dix ans, a confié son bouleversement : « Je n’arrivais pas à dormir la nuit. Je continuais à regarder la vidéo, encore et encore. »

Une veillée à l’endroit même de sa mort

Mardi, à midi, plusieurs dizaines de personnes se sont rassemblées rue Henry Street pour une veillée silencieuse. Des roses rouges et des fleurs ont été déposées à l’endroit où Yves Sakila a perdu conscience. La foule a scandé « Justice pour Yves » et « plus de violence », tenant des pancartes manuscrites dont l’une portait : « Black lives matter here too. »

Chris Kibiadi, présent à la veillée, a tenu à élargir le propos : « Ce n’est pas qu’une question de couleur. Je serais là pour n’importe qui. Ça pourrait arriver à n’importe qui, à toi, à moi. »

John Kabongo, qui a pris la parole devant la foule, a décrit l’incompréhension de ses enfants après avoir vu les images. « Mes enfants ont été bouleversés toute la journée, ils ont peur. Quand ils ont vu ça en vidéo, ils ont dit : “Papa, est-ce que c’est vraiment ce qui se passe en Irlande ?” Je ne sais pas comment leur expliquer. Nous demandons que justice soit faite. Peu importe d’où vous venez, noir ou blanc, ce n’est pas juste. »

Walter Kabangu, directeur de la communication de la Chambre de commerce congolaise en Irlande, a indiqué avoir fréquenté le même lycée qu’Yves Sakila. « En tant que communauté, nous demandons justice pour ce qui s’est passé. Nous ne voulons pas que d’autres violences aient lieu. J’ai fréquenté le même lycée secondaire qu’Yves, alors voir ces images était choquant et très triste. »

Le Premier ministre irlandais exige une enquête complète

Le Taoiseach Micheál Martin s’est exprimé devant le Parlement irlandais mardi, sans détour sur la nécessité d’une investigation. « Les circonstances complètes de ce qui s’est passé doivent être examinées et étudiées pleinement et minutieusement. La situation est profondément préoccupante. »

Il a également fait part de ses condoléances à la famille : « Mes plus profondes condoléances vont à sa famille, et à la communauté congolaise au sens large. Je ne veux pas influencer le résultat de cette enquête, mais je pense que beaucoup de personnes sont clairement très préoccupées par ce qui s’est passé ici. »

L’Irish Network Against Racism (INAR) a publié un communiqué exprimant sa vive inquiétude. Shane O’Curry, directeur de l’organisation, a déclaré : « La mort d’un homme noir dans de telles circonstances est extrêmement préoccupante, et nous pressons les autorités d’enquêter minutieusement sur toutes les circonstances ayant conduit à la mort de cet homme, afin de garantir la confiance des communautés ethniques minoritaires dans le système de justice pénale. »

Arnotts réagit, enquête interne en cours

Le grand magasin Arnotts a publié un communiqué officiel exprimant ses condoléances et annonçant une coopération totale avec les enquêteurs. « Nos sincères condoléances vont à sa famille, à ses amis, et à la communauté congolaise plus large en Irlande, qui pleure sa perte. Aucune perte de vie ne devrait jamais être le résultat d’un incident de sécurité en magasin. »

Le communiqué précise qu’Arnotts « coopère activement avec An Garda Síochána dans ses investigations pour déterminer les circonstances entourant la mort de M. Sakila » et qu’une révision complète est en cours avec la société de sécurité prestataire externe. Le magasin a indiqué ne pas pouvoir faire de commentaires supplémentaires tant que l’enquête policière est active.

Un homme de 80 ans aurait par ailleurs été blessé dans l’incident, lors de la tentative de fuite d’Yves Sakila, selon la police irlandaise. Ce détail n’a pas encore été développé dans les éléments communiqués aux médias.

 

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