Bordeaux : 1 700 personnes bloquées sur un paquebot, une gastro-entérite suspectée

Yvan Pedri
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Le "MS Ambition", navire de la compagnie Ambassador Cruise Line, était parti des Îles Shetland le 6 mai. Wikimedia/Farid mernissi

Un mort, une cinquantaine de malades, et plus de 1 700 personnes confinées à bord. Ce mercredi, un paquebot amarré à Bordeaux fait l’objet d’un dispositif sanitaire d’urgence — sans lien avec l’hantavirus qui inquiète depuis quelques jours.

Le navire est à quai en plein centre-ville depuis ce matin. À bord : 1 233 passagers, en grande majorité britanniques et irlandais, plus 514 membres d’équipage. Soit 1 747 personnes au total, toutes retenues le temps que les autorités sanitaires y voient plus clair.

La préfecture de Gironde a déclenché un dispositif de gestion sanitaire et suspendu tout débarquement. Les interactions entre le bateau et le port sont réduites au strict minimum. Des équipes médicales peuvent néanmoins monter à bord pour intervenir si nécessaire.

Ce qui a mis le feu aux poudres ? Un décès — celui d’un passager de 90 ans, mort avant même l’arrivée du navire à Brest — et l’apparition de symptômes digestifs chez une cinquantaine de personnes. Vomissements, diarrhées : le tableau clinique évoque une infection gastro-intestinale aiguë.

La préfecture est prudente dans sa formulation, mais ne cache pas la nature de la situation : « Jusqu’à une cinquantaine de passagers ont été touchés par des symptômes compatibles avec une infection digestive aiguë », écrit-elle dans son communiqué.

Aucun lien avec l’hantavirus — les autorités tiennent à le préciser

La synchronicité avec l’affaire du MV Hondius n’a pas échappé aux esprits. Ce navire, lui, avait concentré l’attention ces derniers jours après la détection de cas d’hantavirus à bord, dans l’Atlantique. Plusieurs personnes contaminées ou cas contacts sont actuellement sous surveillance.

Ici, c’est une tout autre histoire. La préfecture de Gironde l’affirme sans ambiguïté : « Il n’existe aucune raison permettant de faire un lien entre cette épidémie à bord d’un bateau de croisière en provenance de Belfast et de Liverpool et les cas d’hantavirus détectés sur le navire MV Hondius. »

Le rappel était sans doute nécessaire. Sur les réseaux sociaux, la confusion avait déjà commencé à s’installer.

C’est là que le dossier devient plus complexe. Les premières analyses réalisées à bord ont exclu la présence de norovirus, pourtant responsable habituel de ce type d’épidémie en milieu confiné. Un résultat négatif qui, paradoxalement, complique les choses : si ce n’est pas le norovirus, qu’est-ce que c’est ?

Des analyses complémentaires sont en cours pour « identifier précisément l’agent pathogène en cause », selon la préfecture. Elles doivent permettre « d’évaluer les risques de transmission » et de « prendre les mesures adaptées ».

L’hypothèse alimentaire n’est pas écartée. Le pic des symptômes s’est produit le 11 mai, alors que le navire naviguait vers Brest. Ce détail temporel oriente les enquêteurs vers un repas ou un aliment consommé à cette date précise — une piste classique dans ce genre d’investigation.

Un trajet qui couvre plusieurs ports britanniques avant Bordeaux

Le paquebot appartient à la compagnie Ambassador Cruise Line. Il a appareillé des Îles Shetland le 6 mai, faisant escale à Belfast, Liverpool, puis Brest, avant de rallier Bordeaux. Sa prochaine destination prévue : l’Espagne.

À y regarder de plus près, la configuration est presque idéale pour une propagation rapide : un espace fermé, une population dense, des repas partagés, des zones communes fréquentées en continu. Les paquebots de croisière sont depuis longtemps connus pour amplifier ce type d’épidémie — ce n’est pas un hasard si les protocoles sanitaires y sont normalement très stricts.

Ce mercredi à la mi-journée, pourtant, la scène à quai était presque banale. Aucune mesure de sécurité visible depuis le port. Des passagers prenaient tranquillement des photos de la capitale girondine depuis le pont du navire, comme si la croisière se poursuivait normalement — en attendant le feu vert des autorités.

 

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