Hantavirus sur un bateau de croisière: 3 morts, un cas en Suisse, les Canaries refusent l’accostage, ce virus de rat à 40% de mortalité qui fait peur au monde entier

David Marius
6 Min Read

Trois personnes sont mortes. Un cas vient d’être confirmé en Suisse. Les îles Canaries refusent que le navire accoste sur leur territoire. Et le Cap-Vert l’a déjà renvoyé. Le MV Hondius, bateau de croisière de l’opérateur néerlandais Oceanwide Expeditions, est au cœur d’une crise sanitaire internationale autour du hantavirus, une maladie transmise par les rats avec un taux de mortalité de 40%.

L’histoire commence le 6 avril, quand le premier passager développe des symptômes à bord. Le navire avait quitté Ushuaia en Argentine le 1er avril avec 88 passagers et 59 membres d’équipage, 23 nationalités représentées, en route vers le Cap-Vert.

Ce qui s’est passé à bord, jour après jour

Le 26 avril, une passagère néerlandaise qui avait quitté le navire à l’île Sainte-Hélène le 24 avec des “symptômes gastro-intestinaux” est décédée à son arrivée aux urgences d’un hôpital de Johannesburg. Elle avait pris l’un des rares vols hebdomadaires reliant l’île, et les autorités sud-africaines ont demandé à la compagnie aérienne de contacter tous les passagers de ce vol pour les inviter à se signaler aux services de santé.

À ce stade, trois décès sont à déplorer. Deux cas de hantavirus ont été confirmés, dont celui d’un passager britannique actuellement en soins intensifs à Johannesburg, et cinq cas supplémentaires sont suspectés. Le navire est actuellement ancré en plein Atlantique au large du Cap-Vert, dont les autorités ont refusé qu’il entre au port.

Des images tournées à bord ont circulé sur les réseaux sociaux. Les ponts sont déserts. Les espaces communs sont vides. Les passagers sont confinés dans leurs cabines. Des personnels en combinaison blanche intégrale, masque et bottes ont été filmés en train de quitter le navire sur une petite embarcation. Un influenceur turc, Ruhi Çenet, a partagé la vidéo du moment où un membre d’équipage a annoncé le premier décès aux passagers. “L’un de nos passagers est malheureusement décédé la nuit dernière. Le médecin m’a dit que nous ne sommes pas contagieux. Le navire est sûr à cet égard.”

Le cas suisse et l’inquiétude qui s’étend

La situation a pris une nouvelle dimension quand la Suisse a annoncé qu’un homme rentré du voyage à bord du MV Hondius venait de développer des symptômes et avait été hospitalisé à Zurich.

L’Office fédéral de la santé publique suisse a communiqué : “Après avoir présenté des symptômes de la maladie, le patient s’est rendu à l’hôpital universitaire de Zurich. Il avait auparavant consulté son médecin de famille par téléphone. Il a immédiatement été placé en isolement.” Sa femme, qui ne présente aucun symptôme pour l’instant, a été placée en isolement préventif. Les autorités cherchent à déterminer si l’homme a eu des contacts récents avec d’autres personnes depuis son retour, mais précisent que le risque pour le grand public reste faible.

Les Canaries refusent, la tension monte avec Madrid

La prochaine destination du navire devrait être les îles Canaries, seules à disposer des infrastructures médicales nécessaires selon l’OMS. Mais le président des Canaries, Fernando Clavijo, ne l’entend pas de cette oreille. Il a demandé une “réunion urgente” avec le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez, estimant que la décision d’autoriser l’accostage ne repose sur “aucun critère technique”.

Il a été très direct : “Il n’y a pas suffisamment d’informations pour maintenir un message de calme et garantir la sécurité de la population des îles Canaries.” Et encore plus direct sur la position de son gouvernement régional : “Je ne peux pas permettre qu’il entre aux îles Canaries.” Il a également reproché au gouvernement espagnol son “déloyauté institutionnelle” et son manque de professionnalisme dans la gestion de la communication.

En dépit de ces résistances, le ministère espagnol de la Santé indique que le navire est attendu dans les îles dans “trois à quatre jours”. Deux membres d’équipage gravement malades doivent être évacués avant l’arrivée, dont un médecin britannique en état critique qui sera transporté directement aux Canaries par avion médicalisé.

Ce qu’est le hantavirus et pourquoi il inquiète autant

Le hantavirus est transmis par les rongeurs, principalement via leur urine, leurs excréments et leur salive. Il ne se transmet généralement pas de personne à personne, ce qui limite les risques de contagion directe entre passagers. Mais son taux de mortalité, estimé à 40% selon les Centres américains de contrôle des maladies, en fait une maladie particulièrement redoutée.

Les premiers symptômes, qui apparaissent en général deux à quatre semaines après l’exposition, ressemblent à ceux d’une grippe sévère : fatigue intense, fièvre, douleurs musculaires et maux de tête violents. La fenêtre d’incubation pouvant aller jusqu’à huit semaines, d’autres cas pourraient encore se déclarer parmi les passagers et l’équipage dans les prochains jours.

Le Premier ministre britannique Keir Starmer a pris la parole sur X : “Mes pensées vont à ceux qui sont touchés par l’épidémie de hantavirus à bord du MV Hondius. Nous travaillons en étroite collaboration avec les partenaires internationaux pour soutenir les ressortissants britanniques à bord, et nous mettons en place des dispositions pour leur voyage de retour en toute sécurité. Le risque pour le grand public reste très faible. La protection du peuple britannique est notre priorité absolue.”

Mots associés
Partager cet article
Aucun commentaire

Laisser un commentaire