Des policiers français percent un canot avec des migrants à bord: la vidéo virale qui enflamme le débat sur la Manche

La Rédaction
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Une vidéo filmée dimanche sur la plage d’Oye-Plage, près de Calais, a enflammé les réseaux sociaux et les milieux associatifs. On y voit des policiers français utiliser un couteau pour crever un canot gonflable avec une vingtaine de migrants à bord. L’embarcation dégonflée en quelques secondes, les passagers contraints de rentrer sur le rivage. Et maintenant, une plainte déposée auprès du Défenseur des droits.

Les 25 personnes à bord n’ont pas été blessées. L’eau atteignait moins d’un genou quand l’intervention a eu lieu. Mais pour l’association Utopia 56, présente sur place avec un volontaire qui a filmé la scène, la méthode est illégale et potentiellement mortelle.

Deux lectures radicalement opposées du même moment

Du côté de la gendarmerie du Pas-de-Calais, l’intervention est décrite comme parfaitement légale et même sécurisante pour les migrants eux-mêmes. Un porte-parole a expliqué : “Ce n’était pas un bateau dans l’eau, il s’était échoué et avait subi une défaillance de flottaison. Les agents ont neutralisé le bateau pour l’empêcher de retourner en mer et ainsi éviter de mettre davantage en danger la vie des migrants lors de la traversée.”

La position de l’association Utopia 56 est aux antipodes. Dans une publication Instagram, elle a écrit : “Cette vidéo a été filmée par l’un de nos volontaires dimanche à Oye-Plage. On peut voir des policiers crever un bateau déjà dans l’eau avec des personnes à bord. C’est une pratique extrêmement dangereuse pour les passagers mais qui est utilisée régulièrement depuis plusieurs années.”

Les policiers français ont des règles strictes qui leur interdisent normalement d’intervenir une fois qu’une embarcation est dans l’eau, précisément pour éviter de mettre des vies en danger. Leurs propres syndicats se sont opposés à cette tactique par le passé.

Une plainte et une enquête déclenchées

Utopia 56 ne s’est pas contentée de publier la vidéo. L’association a déposé un signalement auprès du Défenseur des droits, principal organisme indépendant de surveillance des droits humains en France, et une plainte auprès de l’IGGN, l’Inspection générale de la gendarmerie nationale chargée d’enquêter sur les signalements contre les forces de l’ordre.

Ce n’est pas la première fois que cette méthode est utilisée. Des policiers étaient déjà entrés dans des eaux peu profondes pour crever un bateau gonflable chargé de migrants en 2024, puis à nouveau en juillet dernier. À l’époque, le porte-parole du Premier ministre britannique Keir Starmer avait déclaré que c’était “un moment significatif et nous saluons cette action. Nous voulons voir des mesures plus strictes prises.”

200 000 traversées depuis 2018 et deux corps découverts dimanche

La polémique intervient dans un contexte de bilan alarmant. Depuis le début de la crise des small boats en 2018, le nombre total de traversées frôle les 200 000. Lundi, 92 personnes supplémentaires sont arrivées en Angleterre sur deux embarcations, portant le total cumulé à 199 920.

Dimanche, la journée même où la vidéo du canot percé a été filmée, les corps d’une femme et d’une adolescente, toutes deux présumées soudanaises, ont été retrouvés à bord d’un bateau de migrants échoué sur une plage française. Elles sont mortes d’écrasement ou de suffocation après l’explosion du moteur de l’embarcation.

Le Royaume-Uni et la France ont signé le mois dernier un accord à 770 millions d’euros engageant les deux pays à intercepter davantage de bateaux avant qu’ils ne se chargent de migrants en route vers l’Angleterre. Mais entre les méthodes contestées sur le terrain et les drames qui s’enchaînent, la question de savoir comment traiter dignement ces traversées reste entière.

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