Figure incontournable de la politique camerounaise, Cavaye Yeguie Djibril s’est éteint ce mercredi 6 mai 2026 à Mada, dans son village natal de Tokombéré. Il avait 86 ans.
Le Cameroun perd l’un de ses monuments politiques. Cavaye Yeguie Djibril, ancien président de l’Assemblée nationale, est décédé ce mercredi 6 mai 2026 à Mada, par Tokombéré, dans la région de l’Extrême-Nord du pays. Il avait 86 ans. Celui que beaucoup considéraient comme l’une des pièces les plus stables de l’architecture politique camerounaise venait à peine de quitter ses fonctions, deux mois avant sa mort.
34 ans à la tête de la chambre basse du Parlement. Un record que peu d’hommes politiques sur le continent africain peuvent revendiquer.
Un règne parlementaire de 34 ans sans interruption
Élu président de l’Assemblée nationale en mars 1992, Cavaye Yeguie Djibril a occupé ce siège sans discontinuer jusqu’au 17 mars 2026, date à laquelle Théodore Datouo lui a succédé. En 2024, il avait encore été réélu à ce poste pour la 32e fois consécutive. Une longévité institutionnelle hors du commun, qui en faisait une figure quasi-immuable du paysage politique camerounais sous la présidence de Paul Biya.
Membre influent du Bureau politique du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), il était aussi Lamido de Mada, chef traditionnel de sa communauté d’origine. Un double ancrage, politique et coutumier, qui lui conférait un poids particulier dans le nord du pays.
De l’enseignement à la présidence du Parlement
Né vers 1940 à Mada, Cavaye Yeguie Djibril a commencé sa vie professionnelle comme enseignant d’éducation physique à Maroua, après une formation au centre régional d’éducation physique et sportive entre 1960 et 1963. Il devient ensuite inspecteur interministériel du Grand Nord en 1965, puis entre à l’Assemblée législative du Cameroun oriental en avril 1970. La même année où il prend pied dans les institutions, il devient chef traditionnel du Mada en 1971.
Sa montée en puissance au sein du système politique est progressive mais constante. Élu à l’Assemblée nationale en 1973, questeur du bureau de l’Assemblée, puis intégré au Comité central du parti au pouvoir en 1975, il devient deuxième vice-président de l’Assemblée en 1983. Une trajectoire méthodique, construite sur plusieurs décennies.
Un homme qui n’hésitait pas à se positionner
Cavaye Yeguie Djibril n’était pas un homme de l’ombre. En novembre 2001, lors de l’ouverture d’une session parlementaire, il avait pris position sans ambages contre les velléités sécessionnistes d’une partie de la population anglophone, affirmant que le sécessionnisme menaçait la stabilité nationale et que l’Assemblée nationale ne la tolérerait pas. Des mots forts, dans un contexte déjà tendu.
En 2007, il avait expliqué sa décision de se représenter aux élections législatives avec une phrase qui résume bien sa vision du mandat : “aider le Président Paul Biya à tenir son engagement électoral de changements majeurs pour le peuple camerounais.” Une loyauté affichée, assumée, constante.
En novembre 2005, il avait aussi interpellé les députés sur leur rôle dans la lutte contre la corruption, rappelant que l’Assemblée avait une responsabilité morale au-delà de sa fonction législative.
Une fin de vie marquée par la maladie
Les derniers mois de Cavaye Yeguie Djibril avaient été difficiles. Des problèmes de santé sérieux l’avaient contraint à une évacuation médicale en Afrique du Sud au début de l’année 2026. Après avoir quitté ses fonctions et sa résidence officielle à Yaoundé en avril 2026 pour permettre des travaux de réfection, il avait rejoint son village natal. C’est là qu’il s’est éteint, quelques semaines seulement après avoir tourné la page d’une vie entière au service des institutions camerounaises.
