Affaire Epstein en France : trois nouvelles plaintes contre Daniel Siad, le “rabatteur” présumé cité 1 800 fois dans les Epstein Files

David Marius
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Affaire Epstein en France : trois nouvelles plaintes contre Daniel Siad, le "rabatteur" présumé cité 1 800 fois dans les Epstein Files

L’affaire Epstein continue de faire des vagues en France. Trois nouvelles femmes viennent de porter plainte contre Daniel Siad, agent de mannequins soupçonné d’avoir recruté de jeunes filles pour alimenter le réseau de trafic sexuel du milliardaire américain. Le dossier grossit à une vitesse inquiétante.

Cinq plaignantes, un même scénario

C’est l’avocate Anne-Claire Le Jeune qui représente les trois nouvelles plaignantes et qui a confirmé l’information à l’émission Complément d’enquête, diffusée sur Franceinfo. Les plaintes ont été déposées auprès de l’Office central pour la répression de la traite des êtres humains, l’OCRTEH. Elles dénoncent des faits de viol pour l’une d’entre elles, et de traite des êtres humains pour les trois. Des faits qui auraient eu lieu entre 1990 et 2020, sur le territoire français. Certaines des plaignantes sont de nationalité française.

Ce sont donc désormais cinq femmes qui ont saisi la justice contre Daniel Siad depuis début février. Trois d’entre elles l’accusent de viol.

Toutes décrivent exactement le même mode opératoire. Daniel Siad les aborde dans la rue, leur fait miroiter une carrière de mannequin, puis les met en relation avec Jeffrey Epstein et d’autres hommes. Des hommes que l’avocate décrit comme “toujours riches, puissants et influents”.

Un homme d’affaires français dans le viseur

Les révélations ne s’arrêtent pas là. Anne-Claire Le Jeune précise que plusieurs de ses clientes ont reconnu sur photos un homme d’affaires français, dont l’identité n’a pas encore été rendue publique. Selon elle, cet individu leur aurait été présenté par Siad, avant qu’elles ne subissent des agressions sexuelles et des viols. “Des recherches sont actuellement en cours pour identifier certains individus”, ajoute-t-elle.

Parmi les premières plaignantes, l’ancienne mannequin suédoise Ebba Karlsson avait accepté de témoigner en février. Son récit est bouleversant.

L’été 1990. Elle a 20 ans. Un homme qui se présente comme Daniel Goldberg l’aborde dans la rue et lui propose un shooting photo sur la Côte d’Azur pour une marque de maillots de bain. Sur place, la réalité est tout autre.

Elle raconte avec émotion, plus de trente-cinq ans après les faits : “Il y avait deux petits matelas sales par terre, recouverts de draps sales. C’est là que je me suis dit que ça n’allait pas, parce que personne ne savait où j’étais et que je n’avais aucun moyen d’appeler qui que ce soit.”

La suite est encore plus difficile à entendre : “C’est pendant la nuit qu’il s’est approché de moi ; il était très insistant et agressif, et j’avais trop peur pour faire quoi que ce soit pour le repousser. C’est là qu’il m’a violée.”

En fouillant dans ses affaires, elle découvre sur son passeport un nom différent de celui avec lequel il s’était présenté. Pas Daniel Goldberg. Daniel Siad.

C’est finalement le 30 janvier dernier qu’elle l’a formellement reconnu, sur une photo publiée dans les Epstein Files, ces trois millions et demi de documents déclassifiés par la justice américaine.

1 800 mentions dans les Epstein Files

Le nom de Daniel Siad apparaît plus de 1 800 fois dans ces documents déclassifiés. Sur un organigramme élaboré par le FBI, il est qualifié de “recruteur présumé”. Un détail qui ne passe évidemment pas inaperçu.

Qui est cet homme ? Né en Algérie, il a émigré en Suède dans les années 1980. Sur internet, il se présente tour à tour comme photographe de mode, gestionnaire de patrimoine pour ultra-riches, ou encore commercial pour une société vendant des bunkers à environ 300 millions d’euros destinés à ceux qui se préparent à la fin du monde.

Sur son compte Facebook, des photos le montraient aux côtés de personnalités comme Robert De Niro, l’ancien président du Front national Jean-Marie Le Pen, ou encore François-Henri Pinault et son épouse Salma Hayek. Des clichés qu’il a supprimés le lendemain de la diffusion d’un numéro de Complément d’enquête consacré à l’affaire Epstein en janvier 2025.

Le parquet de Paris a ouvert deux enquêtes en février. La première porte sur les infractions à connotation sexuelle, la seconde s’intéresse au volet financier de l’affaire Epstein en France.

Ce n’est pas la première fois que Siad attire l’attention des enquêteurs. Dès 2019, son nom était apparu dans une première enquête cherchant à identifier les éventuels complices français d’Epstein. Plusieurs témoins l’avaient alors décrit comme un “rabatteur de jeunes femmes”. Un paragraphe lui était consacré dans le dossier d’instruction. Pourtant, selon les informations disponibles, il n’a jamais été interrogé à l’époque.

Contacté par Complément d’enquête, Daniel Siad nie catégoriquement toutes les accusations portées contre lui. Il affirme n’avoir été qu’un simple chasseur de mannequins et soutient n’avoir jamais eu connaissance des agressions sexuelles commises par Jeffrey Epstein. Le mois dernier, il a demandé à être entendu par la justice.

L’affaire est loin d’être terminée.

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