À Maroua, la capitale suffocante de l’Extrême-Nord, la chaleur ne frappe pas — elle écrase. Et dans les agences de voyages interurbains, cette réalité prend des allures de chaos. Selon Cameroon Tribune, il n’y a tout simplement plus d’air à respirer.
Dans ces gares improvisées, c’est la cohue permanente : des passagers agglutinés dans chaque recoin d’ombre, guettant la moindre place vers le sud, où le climat promet un répit.
À l’origine de cette marée humaine, le début du ramadan. Sous un soleil qui flirte avec les 50°C, jeûner devient une épreuve presque inhumaine. « En plein ramadan, endurer une telle fournaise sans pouvoir boire relève du supplice », souffle El Hadj Abdoul-Bagui, en partance pour Douala.
Face à cette chaleur qui scelle les gorges, nombreux sont ceux qui fuient vers Ngaoundéré, Bertoua ou Yaoundé, villes au climat plus supportable.
Ce flux migratoire soudain met le secteur des transports sous tension extrême. « Les bus se font rares. Je suis ici depuis jeudi, incapable de trouver un siège », se lamente Ebenezer Tchoutang, un voyageur épuisé par l’attente. En réponse à cette pression, les autorités déploient des dispositifs renforcés. « Nous avons multiplié les contrôles pour juguler la vitesse et prévenir les accidents », assure Valentin Beassim, délégué régional des Transports. Sur chaque axe, des équipes veillent, prêtes à sensibiliser et sanctionner.
Ce grand départ collectif, rythmé par la soif et la ferveur spirituelle, illustre l’importance du ramadan, l’un des cinq piliers de l’islam. Durant ce mois sacré, les musulmans — adultes en pleine santé et jeunes ayant atteint la puberté — s’abstiennent de boire, manger ou avoir des relations sexuelles de l’aube au crépuscule. Ce mois de privation et de partage culmine par la zakât al-fitr, une aumône obligatoire marquant la fin du jeûne.
Ainsi, entre foi et survie, Maroua vit un exode brûlant, miroir d’une région où le ciel de plomb dicte le rythme des hommes.