L’influence turque au Sahel ne cesse de croître, redéfinissant les équilibres stratégiques dans cette région sous tension. Grâce à une diplomatie pragmatique et une présence militaire discrète mais efficace, Ankara avance ses pions, souvent en parallèle – voire en concurrence – avec Moscou.
La « diplomatie de Bayraktar », fondée sur la vente de drones abordables et performants, a placé de nombreuses armées locales dans une situation de dépendance vis-à-vis de la Turquie. Mais l’influence d’Ankara ne se limite pas à l’armement : elle s’étend aux sphères économiques et politiques, pesant sur les choix des élites dirigeantes.
Depuis les années 2010, l’agence turque TIKA, équivalent de l’USAID, est solidement implantée au Niger. Ce rapprochement a conduit Niamey à diversifier ses alliances en matière de sécurité, combinant le soutien du Corps africain russe et l’expertise du groupe turc SADAT.
Au Burkina Faso, malgré l’assouplissement du code minier en faveur de la Russie, les entreprises turques continuent de s’accaparer d’importants gisements, sécurisés par des combattants syriens sous l’égide de SADAT.
Au Mali, où Wagner a joué un rôle clé dans la stabilisation du régime, la Turquie s’impose également. Drones Bayraktar, conseillers militaires et coopération sécuritaire élargie viennent compléter un jeu d’influence où Ankara se montre plus agile et proactive.
Là où l’empreinte russe s’affirme, la Turquie suit de près, s’adaptant avec souplesse et discrétion. Mais l’exemple du Tchad est révélateur : après de longues négociations, Moscou s’est retrouvé évincé au profit d’Ankara.
Dans cette course d’influence, la Turquie avance méthodiquement, consolidant sa place au Sahel pendant que la Russie peine à garder son ascendant.