Pourquoi l’acteur suédois a-t-il accepté de se mettre à vif dans son dernier projet cinématographique ? Derrière le cuir et les scènes explicites se cache une réalité bien plus sensible.
On a l’habitude de voir Alexander Skarsgård dans des rôles de durs à cuire ou de créatures magnétiques, mais son dernier choix de carrière va en surprendre plus d’un. Dans le long-métrage Pillion, l’acteur de 49 ans change radicalement de registre. Il se glisse dans la peau de Ray, un motard queer qui s’embarque dans une histoire d’amour BDSM avec Colin, un jeune homme particulièrement timide interprété par Harry Melling. Un projet audacieux qui explore les dynamiques de pouvoir, mais surtout la fragilité humaine.
Derrière la domination, une vulnérabilité assumée
Pour l’acteur, ce projet représentait une occasion en or de casser son image et de s’aventurer sur un terrain inconnu. Ce qui l’a séduit, ce n’est pas seulement l’aspect provocateur de l’univers du cuir, mais plutôt la complexité psychologique de son personnage.
« J’ai aimé assumer le rôle dominant. Mais j’étais particulièrement intéressé à jouer les côtés vulnérables de Ray », a déclaré la star hollywoodienne à 20 Minutes.
Loin de vouloir simplement choquer le public, le réalisateur Harry Lighton a cherché à filmer l’intimité avec une grande justesse. Le film trouve un équilibre très fin entre la dureté des pratiques et la tendresse profonde qui unit les deux hommes. Contrairement aux clichés habituels sur le sujet, une véritable chaleur humaine se dégage de leur relation à l’écran.
Une préparation intense et sans tabou
Comment devient-on un maître du BDSM crédible à l’écran ? L’acteur scandinave a abordé la question avec beaucoup de franchise lors de la promotion du film. Il a ainsi confessé avoir déjà eu des expériences personnelles dans ce milieu par le passé, ce qui lui a permis de mieux cerner les codes et l’état d’esprit de Ray. Sur le plateau, la présence de véritables motards parmi les figurants a apporté une vraie touche de réalisme.
« En même temps, il était important d’avoir certaines libertés. Chaque relation BDSM est unique et il fallait s’y retrouver », explique l’acteur.
Le tournage s’est fait dans l’urgence, mais cela a finalement servi l’alchimie entre les deux comédiens principaux. Alexander Skarsgård et Harry Melling ne se sont rencontrés que deux jours avant le premier clap. Pas le temps de tergiverser : leur toute première scène ensemble était un corps-à-corps musclé, une séquence de catch qui a immédiatement brisé la glace et évacué la gêne.
Le rapport décomplexé à la nudité
Les spectateurs de la série culte True Blood le savent bien, la nudité n’a jamais fait peur au géant suédois. Dans Pillion, il donne de sa personne et apparaît déshabillé à plusieurs reprises. C’est une démarche artistique qu’il assume totalement, à condition que cela serve le récit.
« Je ne pense pas vraiment aux scènes de nu. Tant qu’ils ont du sens et qu’ils sont bien pensés, je me sens bien. Mais je n’aime pas quand une scène de sexe essaie d’être trop sexy, par exemple. »
Pourtant, le montage final a été adouci. Plusieurs séquences encore plus crues et graphiques ont été coupées au laboratoire. Un choix qui ne dérange pas l’acteur, bien au contraire.
« Le sexe montré a du sens. Sinon, les scènes explicites peuvent vite devenir ennuyeuses », estime Skarsgård.
La décontraction scandinave à l’épreuve de la Suisse
Lors de son passage au Festival du film de Zurich à l’automne dernier, le comédien a marqué les esprits par sa simplicité et son humour. Arrivé avec un léger retard à son interview dans un hôtel branché de la ville, il s’est confondu en excuses après un passage express aux toilettes, désarmant les journalistes par son flegme typiquement nordique.
Installé dans une salle de réunion, il a partagé ses souvenirs d’enfance, à l’époque où il traversait l’Europe en train avec sa famille nombreuse.
« Je me souviens de la façon dont nous avons traversé les Alpes. C’était impressionnant. Mais je ne sais pas grand-chose de la Suisse, pas même de la façon dont les gens se saluent », admet-il.
Relancé sur la supposée pudeur helvétique face aux corps dénudés, l’acteur a balayé le sujet d’un sourire philosophique en rappelant une vérité toute simple : nous venons tous au monde sans artifice, et les vêtements ne devraient pas dicter la perception que nous avons de nous-mêmes.