«Nous ne sommes pas des sauvages. Nous ne sommes pas des animaux. Nous ne sommes pas des étrangers. Nous sommes humains et nous sommes Américains. » C’est ainsi que le chanteur Portoricain Bad Bunny a appelé dimanche à « mettre dehors » la police américaine de l’immigration (ICE). Le chanteur, qui rencontre un grand succès populaire, recevait le prix de la meilleure musique latine urbaine sur la scène des Grammy Awards à Los Angeles.
L’artiste de 31 ans a également exhorté à ne pas se laisser « contaminer » par la « haine ». Il n’a pas été le seul à prendre position lors de la cérémonie. Les artistes canadiens Justin Bieber et Joni Mitchell ont arboré un pin’s « ICE out » ( « l’ICE dehors »), tandis que la chanteuse américaine Billie Eilish a appelé à « continuer à nous battre, à prendre la parole et à manifester ».
Les immigrés « ont construit ce pays »
D’autres artistes ont rendu hommage aux immigrés. Ils ont « construit ce pays », a scandé Shaboozey, dont les parents sont originaires du Nigeria et dont la musique mêle hip-hop et country. Née d’un père anglais et d’une mère jamaïcaine et guyanienne, la Britannique Olivia Dean, révélation de l’année à 26 ans, a elle loué leur « courage ».
A la présentation, l’humoriste Trevor Noah a pour sa part ironisé sur le contexte politique aux Etats-Unis, qualifiant de « nouvel hymne national » le morceau de la rappeuse Doechii « Anxiety » (Anxiété).
Pas de tournée aux Etats-Unis pour éviter l’ICE
Bad Bunny doit se produire à la mi-temps du Super Bowl (la très suivie finale du championnat de football américain) dimanche prochain. Un concert en mondovision très critiqué par les trumpistes, qui lui reprochent de chanter en espagnol et d’avoir pris position en faveur de l’immigration et des droits des personnes LGBT+.
Citoyen américain du fait du statut de Porto Rico, Bad Bunny a par ailleurs décidé que la tournée mondiale qu’il effectue depuis novembre ne passera pas par les Etats-Unis pour protéger ses spectateurs de potentiels raids d’ICE.
Indignation MAGA
Son triomphe au goût très politique aux Grammys devrait immanquablement relancer l’indignation de la sphère MAGA. Parmi les trumpistes, certains s’indignent de voir le chanteur brouiller les frontières entre les genres à travers ses vêtements ou son maquillage.
« La NFL (la ligne de football américain qui organise le Super Bowl) ne comprend donc rien à rien ? », s’est ainsi interrogé sur X un conseiller du président américain, Sebastian Gorka, quand celle-ci a annoncé avoir choisi l’artiste.
Bad Bunny, figure de proue du reggaeton et de la trap latine, est devenu dimanche le premier chanteur récompensé par le Grammy de l’album de l’année pour un disque en espagnol, intitulé « Debí Tirar Más Fotos ».
Le Portoricain de 31 ans a récolté trois trophées au total, dont le plus prestigieux pour « Debí Tirar Más Fotos », qui fait une grande place à des rythmes traditionnels et évoque la colonisation de l’île des Caraïbes, sous juridiction américaine depuis 1898.