Sept ans de violences. Un procès qui s’ouvre ce lundi devant la cour d’assises de Digne-les-Bains. Et une femme de 42 ans, reconnue handicapée à plus de 80 %, qui a choisi de ne plus se taire.
L’affaire s’ouvre ce lundi à 14 heures devant la cour d’assises des Alpes-de-Haute-Provence. Un homme de 51 ans, ancien directeur d’une agence bancaire à Manosque, comparaît pour actes de torture ou de barbarie, viols à répétition entre 2015 et 2022, et pour avoir contraint sa compagne à se prostituer. Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité.
En face de lui, la plaignante, 42 ans, mère de quatre enfants. Une femme qui a été réduite au silence pendant des années et qui, aujourd’hui, a choisi de rompre ce silence publiquement et judicialement.
Son avocat, Me Philippe-Henry Honegger, résume sa démarche avant même l’ouverture des débats : « La plaignante a la volonté, alors qu’on a essayé de la réduire au silence pendant tant d’années, de ne pas rester silencieuse. Son idée, c’est que la peur et la honte doivent changer de camp. »
Comment sept ans de vie commune ont viré au calvaire
La relation débute en 2015. À l’origine, selon l’accusation, sous prétexte de jeux sadomasochistes consentis. Mais très vite, la dynamique bascule. Ce qui était présenté comme une intimité partagée devient, selon les faits reprochés, une emprise psychologique totale et un système de contrôle absolu.
La plaignante a décrit elle-même ce quotidien dans un témoignage accordé à Radio-France : « J’étais dans la peur. Des coups de poing, avec une planche à découper, des entailles dans le dos au couteau. J’étais souvent à sang. Il me brûlait aussi avec sa cigarette. »
Selon l’accusation, « à plusieurs reprises depuis 2015, lorsqu’elle lui avait demandé d’arrêter en raison de la douleur ressentie, il avait selon elle poursuivi ses gestes, commettant des violences lorsqu’elle s’opposait à ses demandes, se livrant alors à un chantage à la rupture et exerçant une domination sur elle ».
La prostitution s’est ajoutée à cet arsenal de contrôle. Selon les mêmes éléments de l’accusation, l’accusé lui aurait ordonné d’avoir des relations sexuelles avec d’autres hommes, « pendant lesquelles il écoutait via son téléphone portable », décidant « des pratiques et des tarifs et récupérant la moitié puis la totalité des gains ».
L’accusé, lui, conteste la qualification des faits. Son avocate, Me Charlotte Barriol, indique qu’il affirme « que les faits relèvent de leur intimité et que les actes étaient consentis ». Une ligne de défense classique dans ce type de dossier, mais que l’accusation entend démonter pièce par pièce.
Car le dossier ne repose pas uniquement sur la parole de la victime.
Des centaines de messages comme preuves, des constats médicaux incontestables
C’est précisément là que le dossier prend une dimension particulière. Selon Me Honegger, les preuves accumulées sont massives et concordantes : « C’est un dossier où la parole d’une femme est étayée, corroborée, renforcée, confirmée par des centaines et des centaines de messages, d’échanges téléphoniques, de retranscriptions et par des constatations médicales qui sont incontestables. »
Ces messages, poursuit-il, montrent « parfaitement comment, minute par minute, heure par heure, il utilise le stratagème de manipulation psychologique pour réussir à obtenir ce qu’il souhaite ».
C’est l’accumulation de ces éléments, combinée aux conclusions de l’expertise médicale et à l’analyse d’enregistrements sonores et vidéos, qui a conduit au renvoi devant la cour d’assises, rappelle le parquet.
Me Honegger décrit le quotidien de la victime pendant ces années comme relevant « de la pire vision de l’enfer qu’on puisse imaginer », ajoutant que « toute son existence était soumise aux stratégies mises en place par cet homme pour la faire souffrir de toutes les manières possibles, à tous les instants de sa vie ».
Une libération par hasard, des séquelles à vie
En juin 2022, tout s’est arrêté. Pas par une démarche spontanée de la victime vers les autorités, mais parce qu’elle a finalement confié sa situation à une amie. C’est cette amie qui a alerté les forces de l’ordre, déclenchant l’interpellation de l’accusé.
Préparatrice en pharmacie de formation, la plaignante souffre aujourd’hui de séquelles physiques et psychologiques qui rendent impossible toute vie quotidienne normale, selon son conseil. Elle a été reconnue handicapée à plus de 80 %. Le procès doit durer une semaine.
