Francis Ngannou n’a pas perdu la main. Un crochet gauche dévastateur, un adversaire au tapis, et le Camerounais se retourne vers Jon Jones pour lui lancer un défi en direct. Le tout devant les caméras de Netflix. Historique, à plus d’un titre.
Le combat n’a pas duré longtemps. À l’Intuit Dome de Los Angeles, face à Philipe Lins, Ngannou a fait exactement ce qu’on attendait de lui : frapper fort, frapper juste, et terminer vite.
Lins, 40 ans, revenait à la catégorie poids lourds après trois années passées chez les mi-lourds. Il affichait 30 livres de moins que son adversaire sur la balance autant dire qu’il abordait le combat avec un désavantage structurel évident. Pourtant, les deux combattants semblaient détendus lors de leurs entrées. Ngannou, lui, a rapidement changé l’ambiance avec un coup de pied en jambe pesant, avant d’enchaîner avec ses célèbres mains lourdes.
Lins a encaissé. Il a résisté. Puis, en fin de round, il a commis l’erreur fatale : un swing mal ajusté, bras tendu dans le vide. Ngannou n’a pas raté l’ouverture. Crochet gauche plein visage. L’arbitre a stoppé immédiatement.
Ce qui frappe surtout, c’est la suite : plutôt que de plonger au sol pour en mettre davantage, comme beaucoup d’autres l’auraient fait, Ngannou s’est simplement relevé, debout au-dessus de son adversaire effondré. Confiant. Presque souverain.
“Si quelqu’un ne se souvient pas de qui je suis, il doit avoir une amnésie”
La déclaration de Ngannou après le combat résume assez bien l’état d’esprit du bonhomme : « Si quelqu’un ne se souvient pas de qui je suis, il doit souffrir d’amnésie ou quelque chose dans le genre, parce que j’ai encore fait une démonstration ce soir. »
Difficile de le contredire. Son bilan MMA grimpe à 19 victoires pour 3 défaites, et depuis son départ de l’UFC en 2023, en tant que champion en titre — il n’a pas perdu une seule fois. Un arrêt au premier round contre Renan Ferreria en 2024, et maintenant ce KO contre Lins. La machine tourne.
D’ailleurs, beaucoup considèrent Ngannou comme le meilleur poids lourd du monde, même si l’Américain Jon Jones et le Britannique Tom Aspinall ont depuis raflé la ceinture UFC dans la catégorie. Le titre institutionnel a changé de mains. La légitimité populaire, elle, semble rester accrochée aux épaules du Camerounais.
Jones accepte le défi mais son contrat UFC bloque tout
Jon Jones était présent ce soir-là, non pas comme combattant, mais comme consultant pour la diffusion sur Netflix. Et c’est depuis ce poste d’observateur que Ngannou lui a lancé un appel du pied à peine voilé.
« Jon Jones est un grand combattant, sans doute le meilleur qu’il y ait jamais eu en MMA. Mais en termes de business, il lui reste des choses à apprendre, et il devrait regarder ce que je fais et en tirer des leçons », a lâché Ngannou. Avant d’ajouter : « Ce combat doit se produire avant que nous prenions notre retraite. »
Jones, qui a officiellement raccroché les gants en 2025 mais reste lié par son contrat à l’UFC, a répondu sans détour : « Je dois me concentrer pour sortir de mon contrat UFC — c’est ça qui va être difficile. Si ce combat doit avoir lieu, je ne pense pas que Dana [White] va faire des affaires avec Francis [Ngannou], donc passer par MVP est la seule voie. Si on peut sortir de mon contrat, ce serait formidable. »
Le nœud du problème est là. Ngannou a claqué la porte de l’UFC il y a deux ans dans un contexte tendu, et ses relations avec la promotion restent glaciales. Or Jones appartient encore, contractuellement, à cette même UFC. Pour organiser un combat entre les deux hommes hors de l’octogone, il faudrait que Jones obtienne sa libération — une négociation qui s’annonce compliquée, Dana White n’étant pas réputé pour ses concessions.
MVP et Netflix : un nouveau pouvoir dans le MMA ?
Ce combat s’est déroulé sous la bannière Most Valuable Promotions, la structure cofondée par Jake Paul, et faisait partie de la carte préliminaire d’un événement historique : le premier gala MMA diffusé en direct sur Netflix, en support du choc Ronda Rousey contre Gina Carano.
La portée de cette soirée dépasse largement le résultat du combat de Ngannou. Si MVP parvient à organiser des événements réguliers et à attirer des noms de ce calibre, la promotion pourrait représenter un vrai contrepoids à la domination hégémonique de l’UFC. Beaucoup en parlent depuis des années. Peu ont eu les reins assez solides pour y croire vraiment.
Avec Netflix derrière la caméra et Ngannou dans le casting, l’équation change un peu. Pas radicalement — l’UFC reste un mastodonte — mais suffisamment pour que la question mérite d’être posée.
