Le volcan était fermé aux visiteurs depuis un mois. Les avertissements étaient affichés à l’entrée du sentier. Un groupe de vingt randonneurs a quand même décidé de monter. Trois n’en sont pas revenus.
Le mont Dukono, sur l’île de Halmahera dans l’est de l’Indonésie, est entré en éruption vendredi matin, projetant un immense panache de cendres à plus de dix kilomètres d’altitude. Trois randonneurs ont perdu la vie. Parmi eux, deux touristes étrangers et un habitant de l’île de Ternate.
Ce qui rend cette tragédie encore plus difficile à accepter, c’est que tout avait été mis en place pour l’éviter. La zone était officiellement fermée. Les panneaux d’avertissement étaient en place à l’entrée du sentier. Des appels avaient même circulé sur les réseaux sociaux pour dissuader quiconque de tenter l’ascension. Le groupe de vingt personnes a ignoré tout cela.
Des touristes venus pour filmer du contenu
Le chef de la police de la province de Halmahera du Nord, Erlichson Pasaribu, a confirmé le bilan et mis les points sur les i. Il a déclaré : “Il y a trois morts, deux étrangers et un habitant de l’île de Ternate.” Puis il a ajouté sans détour : “Les résidents locaux comprennent et ne veulent pas grimper. Beaucoup sont des touristes étrangers qui souhaitent créer du contenu pour les réseaux sociaux.”
Les secouristes ont pu localiser l’ensemble des dix-sept survivants du groupe. La plupart ont été évacués et transportés à l’hôpital. Deux d’entre eux sont restés sur place pour aider à retrouver les corps des victimes.
Une éruption accompagnée d’un bruit sourd et d’une colonne de fumée géante
Lana Saria, directrice de l’Agence de géologie du gouvernement, a décrit les conditions de l’éruption matinale. Selon elle, la déflagration a été accompagnée d’un “son sourd” et d’une épaisse colonne de fumée s’élevant à environ dix kilomètres au-dessus du sommet. Elle a précisé dans un communiqué : “La direction de la dispersion des cendres penche vers le nord, donc les zones résidentielles et la ville de Tobelo doivent rester vigilantes face aux pluies de cendres volcaniques.” Elle a également averti que la fumée présentait des risques pour la santé publique et pouvait perturber les transports dans la région.
Une négligence qui pourrait avoir des conséquences judiciaires
Les autorités indonésiennes ne comptent pas en rester là. L’Agence nationale de recherche et de sauvetage, la Barsanas, a indiqué dans un communiqué que les autorités examinaient “une possible négligence de la part d’opérateurs touristiques ou d’individus” ayant organisé ou participé à l’ascension malgré la fermeture officielle. Le communiqué précise également que “le gouvernement continue de rassembler des informations pour établir un compte-rendu complet de l’incident.” Les personnes ayant accompagné les randonneurs sur le volcan seront entendues par la police.
Le ministère du Tourisme indonésien a par ailleurs officialisé la fermeture de la zone de randonnée du mont Dukono, invoquant la sécurité des visiteurs et des communautés locales.
Un volcan sous surveillance depuis décembre
Le mont Dukono est classé au troisième niveau d’alerte sur les quatre que compte le système indonésien. Depuis décembre, le Centre de volcanologie et d’atténuation des risques géologiques recommandait formellement aux touristes et aux grimpeurs de ne pas s’approcher à moins de quatre kilomètres du cratère Malupang Warirang. Des éruptions s’étaient déjà produites en avril, sans que cela ne suffise à décourager les plus téméraires.
L’Indonésie, archipel de plus de dix-sept mille îles, est l’un des pays les plus exposés au monde aux risques sismiques et volcaniques. Sa position sur la ceinture de feu du Pacifique, là où plusieurs plaques tectoniques se rencontrent, en fait un territoire particulièrement actif. Un contexte que les randonneurs qui ont bravé les interdictions semblaient avoir oublié.
