Dix jours après son interpellation à Alger, le compagnon de Manon Relandeau vient d’être placé en détention provisoire par les autorités algériennes. Une étape importante dans l’enquête sur la disparition de cette agricultrice de 31 ans, portée disparue depuis le 27 mars. Mais une étape qui ouvre aussi un nouveau chapitre particulièrement complexe sur le plan juridique.
Le parquet de Nantes a confirmé l’information à l’AFP ce mardi, validant ce qu’avait déjà révélé Ouest-France.
Qui est Abdelkarim B. et pourquoi est-il suspect numéro un ?
Abdelkarim B., 41 ans, est le compagnon de Manon Relandeau. C’est lui qui est dans le viseur des enquêteurs depuis le début. Manon, agricultrice résidant à Saint-Étienne-de-Montluc en Loire-Atlantique, a été signalée disparue le 3 avril, soit une semaine après que ses proches ont perdu sa trace. La date de disparition retenue est le 27 mars.
Le 2 avril, soit quelques jours avant ce signalement officiel, Abdelkarim B. avait pris l’avion depuis Nantes pour l’Algérie, emportant avec lui Inaya, leur petite fille de 15 mois. Une fuite qui avait immédiatement orienté les soupçons dans sa direction. Le parquet de Nantes avait alors ouvert deux enquêtes distinctes : l’une pour enlèvement de mineure, l’autre pour meurtre par conjoint.
Un mois jour pour jour après la disparition de Manon, le 27 avril, Abdelkarim B. était interpellé en Algérie, son pays d’origine, grâce à une notice rouge d’Interpol émise à la demande de la France.
L’obstacle juridique qui complique tout
Son arrestation aurait pu ressembler à un dénouement. Elle ressemble plutôt à un nouveau nœud. Car une convention bilatérale signée entre la France et l’Algérie interdit à chacun des deux pays d’extrader ses propres ressortissants vers l’autre. En clair, la France ne peut pas exiger qu’Abdelkarim B. lui soit remis pour être jugé sur son territoire.
Il pourra en revanche être poursuivi et jugé en Algérie pour les faits qui lui sont reprochés. Une perspective qui ne satisfait pas forcément la famille de Manon et qui soulève des questions légitimes sur la capacité des deux systèmes judiciaires à coopérer efficacement dans un dossier d’une telle gravité.
Le dossier est d’autant plus lourd que le suspect n’en est pas à son premier épisode judiciaire. En 2019, il avait déjà été condamné à Nantes à une peine avec sursis pour des violences conjugales sur une précédente compagne. Un antécédent qui pèse sur la lecture de cette affaire.
Manon avait contacté une association avant de disparaître
Un détail particulièrement douloureux a émergé au fil de l’enquête. Manon Relandeau avait récemment contacté l’association Citad’elles, qui accompagne les femmes victimes de violences. Elle y avait pris un rendez-vous début avril. Elle ne s’y est jamais présentée.
Ce rendez-vous manqué résume à lui seul la brutalité de ce qui s’est peut-être passé.
Plus de cent gendarmes mobilisés
Depuis le signalement officiel de la disparition de Manon le 3 avril, les moyens déployés sont considérables. Plus de cent gendarmes ont été mobilisés autour de Saint-Étienne-de-Montluc. Des équipes cynophiles et la brigade fluviale ont été engagées. Une cellule nationale d’enquête, pilotée par la section de recherches de Nantes, a été spécifiquement créée pour coordonner l’ensemble des recherches.
À ce stade, Manon Relandeau n’a toujours pas été retrouvée. L’enquête se poursuit, en France comme en Algérie.
