Personne ne voyait rien. Un père impliqué, un voisin serviable, un homme inséré dans sa communauté. Pendant quatre ans, il a abusé des enfants que ses propres fils invitaient à dormir à la maison.
Dans le village de Lucenay, dans le Rhône, l’affaire a sidéré jusqu’aux enquêteurs les plus aguerris. Un père de famille de 40 ans, régisseur dans le milieu du cinéma, a été mis en examen le 10 avril 2026 pour viols et agressions sexuelles sur mineurs ainsi que pour enregistrement d’images pornographiques. Trente-quatre victimes ont été identifiées. Des enfants âgés de 3 à 9 ans au moment des faits, entre 2020 et 2024.
Il organisait régulièrement des activités pour les camarades de classe de ses enfants. Des soirées pyjama, en apparence anodines. En réalité, il avait mis en place une mécanique froide et prémédité chacun de ses passages à l’acte. Il filmait tout. Les enquêteurs ont retrouvé près de 330 images et vidéos.
Les enfants finissent par parler
Tout a commencé à s’effondrer à l’automne 2024. Plusieurs enfants évoquent auprès de leurs parents des comportements troublants survenus chez ce camarade de classe. Les parents échangent entre eux. Les récits concordent. Une première plainte est déposée le 5 décembre. Le suspect est placé en garde à vue quelques jours plus tard. Il nie l’ensemble des faits.
Relâché, il est invité par sa compagne à quitter le domicile familial. Il s’enferme seul dans une chambre d’hôtel à Lyon.
C’est là, seul face à lui-même, qu’il commence à écrire. Dans une lettre datée du 14 décembre, il reconnaît en filigrane une attirance pour “les trop jeunes garçons” et ajoute, selon Le Monde, “Je me suis haï pour ça.” Il laisse ensuite entendre qu’il compte mettre fin à ses jours.
Dans la nuit, il tente à plusieurs reprises de se suicider, notamment en essayant de se jeter dans le vide depuis les étages de l’hôtel. Le lendemain, après avoir erré pendant plusieurs heures, il se rend dans une forêt du Rhône. Il attache une corde autour de son cou reliée à un arbre, mais reste prostré, incapable d’aller au bout. Les gendarmes, alertés, le retrouvent perché sur la branche et le font descendre.
Hospitalisé, il finit par tout avouer
Transféré en psychiatrie, il commence à parler. D’abord à une psychologue, puis aux enquêteurs. Il évoque une trentaine de victimes et l’existence de nombreuses vidéos. Un mois plus tard, placé à nouveau en garde à vue depuis sa chambre d’hôpital, il livre des noms, des dates, l’emplacement de ses fichiers numériques. Tout est là, documenté par ses propres soins.
Les expertises psychiatriques concluent à une “déviance pédophilique caractérisée” et à une “dangerosité criminologique”. Les enquêteurs soulignent la préméditation, la répétition des actes et les stratégies mises en place pour éviter toute détection.
Lui-même victime dans l’enfance
Dans ses déclarations, il affirme avoir lui-même été victime de violences sexuelles dans son enfance, de la part d’un cousin plus âgé. Un élément qu’il invoque pour tenter d’expliquer son parcours. Les enquêteurs ne le perdent pas de vue, mais insistent sur la nature organisée et délibérée de ses crimes.
Aujourd’hui incarcéré, il a reconnu les faits et accepté un traitement médicamenteux impliquant une castration chimique. L’instruction judiciaire se poursuit.
Derrière la façade du père de famille modèle, il y avait ça. Et trente-quatre enfants dont l’enfance ne sera plus jamais tout à fait la même.
