Quatre ans de combats judiciaires, neuf voyages en Tunisie, six reports d’audience. Le verdict d’appel rendu à Médenine met enfin un terme au calvaire d’une mère qui a tout donné pour obtenir justice.
Une nuit de septembre 2022 qui a tout changé
Le 17 septembre 2022, le corps de Romain Pizzato est découvert à Ajim, au sud-ouest de Djerba. L’autopsie est sans équivoque — mort par étranglement. Des traces de coups, des griffures sur la dépouille. Trois jours plus tard, les enquêteurs arrêtent Samar, 28 ans, présentée comme la fiancée de la victime, ainsi que deux frères, Saïf et Sofiane, 23 et 26 ans.
À son arrestation, Samar passe aux aveux. Elle décrit une liaison cachée avec l’un des deux frères, tout en étant officiellement fiancée à Romain Pizzato depuis juillet 2022. Ce soir-là, une dispute éclate dans la villa. Des hurlements. Elle appelle à la rescousse son amant et le frère de celui-ci. Ce qui se passe ensuite coûtera la vie à l’entraîneur savoyard.
“La justice tunisienne a considéré que, en dépit de leurs dénégations, tous les trois étaient coupables d’avoir tué Romain Pizzato.”, écrit Le Parisien
La stratégie de défense s’effondre sur trois fronts
Au procès en première instance, ouvert en octobre 2024, la défense tente de renverser la situation. Samar revient sur ses aveux. Elle affirme désormais avoir simplement découvert le corps flottant dans la piscine le lendemain matin. Une rétractation survenue plus de deux ans après des aveux que l’avocate de la partie civile avait qualifiés de “puzzle criminel parfait”. Les magistrats n’y croient pas.
Les deux frères, eux, se rejettent mutuellement la responsabilité. Chacun charge l’autre. Résultat — sans version commune, la défense collective s’écroule d’elle-même. En appel, le nouvel avocat de l’un des frères tente une dernière carte en demandant un complément d’enquête, avançant la thèse d’un coma éthylique suivi d’une noyade. L’avocate de la famille Pizzato balaie l’argument en trois mots — les bleus, les griffures, l’ADN.
“Les éléments matériels qui signent la mort par étranglement.”
Me Besma Maghrebi, avocate de la famille Pizzato
La thèse toxicologique ne résiste pas aux marques physiques de la lutte. Le tribunal a tranché — aucune des versions de la défense n’a effacé les preuves matérielles.
La perpétuité plutôt que la peine de mort — une clémence relative
Le Code pénal tunisien punit en principe le meurtre avec préméditation de la peine capitale. La Tunisie observe depuis le début des années 1990 un moratoire de fait sur les exécutions, mais la sentence reste juridiquement prononçable. En retenant “l’homicide volontaire avec préméditation” et en infligeant la perpétuité plutôt que la mort, le tribunal de Médenine a suivi la pratique contemporaine du pays — transformer presque systématiquement la peine capitale en privation de liberté à vie.
Neuf voyages à Djerba pour obtenir ce verdict
Derrière ce verdict, il y a une femme. Odile Pizzato, la mère de Romain, s’est rendue neuf fois en Tunisie depuis la mort de son fils. Six de ces voyages concernaient le seul procès en appel, reporté autant de fois pour des raisons diverses — grèves des escortes judiciaires, absence de Samar bloquée dans sa prison de Sfax, et même une violente tempête qui avait contraint l’avion d’Odile à rebrousser chemin depuis Lyon le jour même où l’audience était censée se tenir.
Toute sa communication avec le dossier est passée par son avocate tunisienne, Me Besma Maghrebi. La justice française n’a jamais été saisie — la compétence revenant à la chambre criminelle de Médenine, juridiction dont dépend Djerba.
Une douleur supplémentaire — Odile Pizzato déplore ne pas avoir pu ramener le corps de son fils en France, le rapatriement de la dépouille relevant de procédures consulaires distinctes.
Un verdict rare pour une famille française à l’étranger
Les condamnations définitives obtenues par des familles françaises dans des procès tenus à l’étranger demeurent rares. Le résultat de Médenine fait figure d’exception aboutie. On se souvient des limites qu’avait connues la famille de Sophie Toscan du Plantier, contrainte d’attendre de longues années avant qu’un procès se tienne enfin en France, faute de coopération judiciaire avec l’Irlande.
Romain Pizzato était une figure connue dans son département des Alpes-de-Haute-Provence. Au sein du club Racing Ski For Race, il formait de jeunes skieurs. Maître-nageur également, figure de la vallée de l’Ubaye, sa mort en 2022 avait provoqué une vive émotion locale.
“C’est grâce à Romain que j’ai pu aller au bout de cette bataille.”, a dit Odile Pizzato, mère de la victime
Au lendemain du premier verdict, en février 2025, elle avait confié espérer “trouver une certaine paix depuis le 17 septembre 2022”. La confirmation en appel, lundi soir, scelle le volet judiciaire d’un combat qu’elle avait promis de mener jusqu’au bout. Promesse tenue.
