Le cessez-le-feu américano-iranien menacé par Israël : le pétrole repart à la hausse et le détroit d’Ormuz reste sous tension

Yvan Pedri
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Les marchés mondiaux ont repris leur souffle ce jeudi après l’euphorie de la veille. Les prix du pétrole sont repartis à la hausse et les Bourses ont effacé une partie de leurs gains, au fil des doutes grandissants sur la solidité du cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran, fragilisé par une nouvelle vague de frappes israéliennes sur le Liban.

Mercredi, l’annonce d’un accord de cessez-le-feu avait fait plonger les cours du brut, portée notamment par la perspective de la réouverture du détroit d’Ormuz, voie maritime stratégique par laquelle transitent habituellement quelque 130 navires par jour. Mais en moins de 24 heures, la situation s’est à nouveau brouillée. Téhéran a prévenu que cette réouverture ne se ferait qu’une fois que “les États-Unis auraient effectivement mis fin à cette agression”, selon les termes du vice-ministre iranien des Affaires étrangères Saeed Khatibzadeh, qui faisait vraisemblablement référence aux frappes israéliennes sur le Liban. Il a néanmoins précisé que l’Iran “assurera la sécurité du passage” dans le détroit.

Les armateurs, eux, n’ont pas attendu ces clarifications pour s’inquiéter. La marine iranienne aurait averti que tout navire souhaitant traverser le détroit sans autorisation “sera pris pour cible et détruit”, selon des informations confirmées à BBC Verify par la société de courtage maritime SSY. Résultat, seule une poignée de bateaux a franchi le détroit depuis l’annonce de l’accord, loin des volumes habituels.

Le brut remonte, les Bourses lâchent du terrain

Sur les marchés énergétiques, la réaction a été immédiate. Le Brent, référence mondiale, a progressé de 2 % pour atteindre 89,55 euros le baril, tandis que le West Texas Intermediate américain grimpait de 2,8 % à 89,97 euros. Du côté des places boursières, le rebond de la veille s’est partiellement évaporé. Le Nikkei 225 japonais a reculé de 0,5 %, le FTSE 100 londonien de 0,4 %, le DAX allemand de 1,3 % et le CAC 40 parisien de 0,8 %.

Victoria Scholar, responsable des investissements chez Interactive Investor, a bien résumé l’état d’esprit des opérateurs. “Je pense qu’il y a un peu de nervosité sur les marchés mondiaux. Les marchés rendent une partie de leurs gains… et je pense que cela reflète beaucoup d’incertitude quant à savoir si le détroit d’Ormuz est réellement ouvert”, a-t-elle expliqué.

Pour Sim Moh Siong, stratège à la banque singapourienne OCBC, le flux des livraisons d’énergie à travers le détroit sera le point d’attention central dans les prochains jours, tant que l’incertitude persiste sur la manière dont Téhéran entend superviser la circulation des navires.

Des semaines, voire des mois, avant un retour à la normale

Même dans l’hypothèse où le détroit retrouverait rapidement ses volumes habituels, le retour à la normale ne sera pas immédiat. La société de suivi maritime Pole Star Global estime qu’il faudra au minimum dix jours pour résorber le backlog de navires bloqués. La firme d’intelligence maritime Windward va plus loin, indiquant que “même dans le meilleur des scénarios, des semaines seront nécessaires pour déplacer les cargaisons de gaz et de pétrole immobilisées, et des mois pour que le commerce mondial se rapproche des niveaux d’avant la crise”. Par ailleurs, le profil de risque et le nombre de navires en transit dans le détroit seraient “inchangés” depuis l’annonce du cessez-le-feu, selon la même société.*

Nils Haupt, porte-parole de la compagnie de transport maritime Hapag-Lloyd, qui compte encore six navires bloqués dans le Golfe Persique, a décrit une situation particulièrement difficile à gérer. “C’est très difficile de planifier parce que chaque jour vous recevez des nouvelles très différentes. Hier était une journée typique. Vous recevez la nouvelle, ‘ça va maintenant être ouvert et quelque chose se passe maintenant’, et puis le soir ça ne se passe pas”, a-t-il confié à la BBC. Il a par ailleurs averti que d’éventuels frais de transit pourraient peser lourdement sur l’ensemble du secteur. “Si cela signifie que pour les années à venir il y aura des frais pour le détroit d’Ormuz de plusieurs millions représentant le double ou le triple du prix du passage par le canal de Panama ou le canal de Suez, ce serait tout à fait ridicule pour l’ensemble de l’industrie”, a-t-il prévenu.

Sur le plan diplomatique, le vice-président américain JD Vance, qui a qualifié l’accord actuel de “trêve fragile”, doit participer samedi à des négociations avec l’Iran au Pakistan. L’enjeu est de taille, car un point de désaccord central demeure non résolu, à savoir la question de savoir si le Liban est ou non inclus dans le périmètre du cessez-le-feu. Entre-temps, la Malaisie, l’Inde et les Philippines ont d’ores et déjà négocié des passages sécurisés pour leurs navires, une démarche qui illustre bien l’état de fragmentation du trafic maritime mondial dans cette zone névralgique.

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