« Si j’ajoute un zéro vous allez tuer » ?…. Trois pieds nickelés jugés pour les tirs sur le site d’Orange

François Xavier
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Au tribunal correctionnel de Marseille,

Dans la triste cour des miracles du tribunal correctionnel de Marseille, après un renvoi dans une affaire d’abus de faiblesse et un jugement pour une agression sexuelle sur mineure de moins de 15 ans dans le métro, se présentent trois jeunes de tout juste 20 ans, aux casiers judiciaires jusqu’alors vierges, dont deux comparaissent détenus depuis leurs arrestations à la fin du mois de janvier.

Ils sont suspectés d’avoir tiré à l’arme à feu, autour du Nouvel an, sur le site Orange de Saint-Mauront, vidé depuis de son millier d’employés, sommés d’aller travailler dans d’autres bureaux jugés plus sûrs. Une situation subie qui rencontre toutefois la satisfaction du syndicat CFE-CGC, qui demandait de longue date ce déménagement.

2.000 euros pour briser quelques vitres

« Si je rajoute un zéro, vous allez tuer ? », sermonne le président du tribunal après que S. a reconnu avoir perçu 200 euros pour briser à l’aide d’une pince une vitre du site Orange, et filmer son méfait. « Non, jamais de la vie je ferai du mal à quelqu’un. Ma mère m’a bien éduqué », assure S., sorti de sa détention préventive pour son procès.

A mesure que le président du tribunal tente de démêler les fils de cette affaire se dessine une équipe d’authentiques jeunes pieds nickelés aux motivations guidées par la galère, l’appât du gain promis par un commanditaire dont on ne saura rien, si ce n’est que son intérêt était de perturber le plan stup du charbon de Félix Pyat, voisin du site Orange, en attirant l’attention et la police dans le quartier.

« J’ai vu une annonce sur Snapchat. Une personne vient, nous propose 2.000 euros pour briser quelques vitres. Je travaillais à Plan de Campagne et mon CDD s’était arrêté. D’ailleurs, c’était pour ce travail que mon père m’avait prêté sa voiture », explique I..

Une Clio, en l’espèce, aperçue sur les bandes de vidéosurveillance et qui a permis de remonter cette jeune équipe qui devait s’y reprendre quatre nuits successives entre le Nouvel an et le 4 janvier, avant de satisfaire « le commanditaire ».

L’intérim ou école du crime ?

Face aux juges et à la procureure, la jeune troupe assume globalement les faits, mais la répartition des actes des uns et des autres est un peu plus complexe. F., qui comparaissait libre, paraît toutefois être de loin le moins impliqué, présent simplement le premier soir, nuit du Nouvel an, au volant de sa voiture personnelle avec ses deux co-prévenus. « Ils m’ont dit qu’ils allaient acheter à l’épicerie et je les ai déposés sans vraiment faire attention parce que j’étais sur mon téléphone », évacue-t-il.

I., en revanche, s’est trouvé plus en difficulté lorsque le juge l’a questionné sur la présence dans son téléphone d’une chaîne Telegram offrant des « missions », allant de guetteur pour 150 euros par jour, à « sicario » pour 10.000 euros le « dodo », liste le président du tribunal, étonné de ces annonces façon Manpower.

« Ça, c’est vraiment un malentendu, tente le jeune homme, cheveux longs, bouc et une fine moustache encore naissante. Je me baladais sur mon téléphone, et j’ai appuyé sur un lien. J’ai fait une erreur, j’ai toujours travaillé. Je viens de faire deux mois de préventive. Je ne suis avec personne, ni avec DZ Mafia, ou quoi. Je ne veux rien savoir, ni à voir avec ces bandits. J’ai toujours travaillé. Je sais ce qu’est une famille », poursuit-il, avant de se trouver un peu plus tard, de nouveau en difficulté.

« J’ai merdé »

« La personne que vous voyez là n’est plus la même qu’il y a deux mois. J’ai réfléchi en prison. J’ai besoin qu’on me tende la main. J’ai fait une erreur. Une grosse erreur. J’ai merdé, je ne suis pas fier », dit-il multipliant les excuses.

« Une grosse erreur », qui par ailleurs n’aurait pas payé la somme due, les jeunes hommes n’ayant rien vu des 2.000 euros promis par le commanditaire qui avait renchéri de 1.000 euros pour la 4e nuit. « On a touché 500 euros en tout. Face à ces gens, on ne peut pas se plaindre ; On se sent bredouille », justifie I.

Né en Italie de parents Sénégalais et arrivé en France à 7 ans avec sa mère, S. reconnaît s’être attaqué à coups de pince à une vitre et avoir galéré à filmer à cause de ses gants. Mais il explique les traces de poudre retrouvées sur ses gants et son cache-cou par un 4e homme qu’il filmait, auteur des tirs et visible sur les caméras, mais dont aucun ne donne l’identité, comme pour le commanditaire, par peur « des représailles ». Sous le coup d’une OQTF vers un pays qu’il n’a jamais vu, le jeune homme, titulaire du Bafa, a vu les larmes monter sous le coup de la leçon de morale républicaine donnée par la procureure, après avoir expliqué être en cours de régularisation.

« On peut facilement imaginer le traumatisme de ces salariés qui découvrent ou qui apprennent que leur lieu de travail a été la cible de criminels », plaide l’une des deux avocats d’Orange, qui sollicite un renvoi sur intérêts, étant incapable dans l’immédiat d’évaluer le préjudice subi par l’entreprise et ses salariés.

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« Ce n’est pas une erreur de parcours c’est une adhésion à des contre-valeurs malsaines, à une organisation criminelle qui gangrène la société », a tranché la procureure qui a requis des « peines sévères et exemplaires » : Un an ferme aménageable pour F., présent un seul soir, deux pour S., assortis d’une interdiction de territoire de dix ans, et trois ans ferme pour I.

Après un délibéré rendu en début de soirée, le tribunal a condamné I. a 18 mois de prison ferme aménageable et son complice S. à 15 mois ferme, également améngeable. Concernant F., le tribunal l’a relaxé de l’association de malfaiteurs mais condamné à 12 mois de sursis.

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