« Mes fils ont voulu se couper les cheveux ici », témoigne une habitante du quartier Saint-Hélier à Rennes, ce mardi 24 mars. Après avoir poussé la porte de l établissement, la famille attend de longues minutes sans que personne ne daigne leur adresser un regard. Face à ce désintérêt manifeste, ils finissent par rebrousser chemin. Pour cette riveraine, le constat est sans appel : « les salariés ne veulent visiblement pas travailler » au sein de ce qu’elle qualifie de « véritable commerce fantôme, dépourvu de la moindre activité réelle. »
Pas de hasard
C’est précisément pour percer le mystère de ces devantures aux allures de coquilles vides que la préfecture a orchestré une vaste opération de contrôle ciblant plusieurs barber-shops rennais. Pour mener à bien cette mission, une importante force de frappe inter-services a été déployée sur le terrain. Les effectifs de la Police nationale, de la police aux frontières, de l’Urssaf et des douanes ont opéré conjointement, épaulés par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes. Leur objectif consistait à vérifier scrupuleusement les déclarations d’embauche, la détention obligatoire d’un diplôme de coiffure, ainsi que la conformité des produits mis en vente. Ces établissements n’avaient évidemment pas été choisis au hasard, le préfet d’Ille-et-Vilaine Franck Robine soulignant l’existence d’un « faisceau d’éléments laissant présumer que ces commerces n’opéraient pas dans la stricte légalité. »
La stratégie s est avérée particulièrement payante, permettant de dresser un bilan accablant. Rue du Maréchal Joffre, en plein centre-ville, les enquêteurs ont mis au jour une panoplie d’infractions allant du travail dissimulé à l’absence totale de registre du personnel. S’y ajoute l’exercice illégal de la profession, un employé exerçant avec des diplômes marocains non reconnus en France. La comptabilité de ce salon s’est révélée tout aussi opaque avec une caisse enregistreuse débranchée, l’absence d’émission de tickets et la découverte de 1 020 euros en argent liquide soigneusement cachés dans une enveloppe portée par le salarié. « Je n’exclus pas de poursuivre le gérant pour blanchiment afin de prononcer une fermeture administrative de six mois, explique Franck Robine. Nous allons nous coordonner avec le procureur. »
Un peu plus loin, toujours dans l’hypercentre rennais, une autre adresse ciblée car elle « sent le blanchiment à plein nez » a finalement trouvé porte close à l’arrivée de la vingtaine de fonctionnaires. Les autorités, qui avaient déjà trouvé rideau baissé à deux reprises la semaine précédente, entendent bien demander des comptes aux propriétaires pour qu’ils justifient un chiffre d’affaires florissant au vu d’une activité aussi faible. À ce sombre palmarès s’ajoutent les découvertes faites dans le fameux salon du quartier Saint-Hélier. Les forces de l’ordre y ont saisi dix-neuf maillots de football africains contrefaits et procédé à l’interpellation d’un employé en situation irrégulière, par ailleurs en possession de stupéfiants. L’individu a commencé par écoper d’une amende forfaitaire délictuelle avant d’être embarqué par la police aux frontières. Une fois de plus, les agents ont constaté que la caisse du commerce, bien que copieusement garnie en billets, n’était pas branchée.
Attaqué sur le plan administratif
Depuis la promulgation de la loi narcotrafic l été dernier, l‘État a décidé de durcir le ton et de multiplier les contrôles. Les contrevenants s’exposent désormais à des fermetures administratives d’un mois ou plus, assorties d’amendes de 7 500 euros et de contrôles fiscaux approfondis. Cette offensive s’inscrit dans une stratégie assumée d’entrave administrative visant à pourrir la vie des réseaux délinquants. « Il existe à Rennes vingt kebabs, vingt-huit barber-shops et treize bars à chicha », rappelle le préfet. « Si tous ne contournent pas la loi, un certain nombre de ces commerces suscitent de lourdes interrogations. La lutte contre les stupéfiants demeurant la priorité absolue, elle est désormais attaquée de front sur le terrain purement administratif. »
17 familles expulsées des HLM
Plus largement, cette pression s’inscrit dans un contexte où les statistiques judiciaires des deux premiers mois de l’année donnent le vertige. À Rennes, le nombre d’individus mis en cause pour trafic a bondi de 94 %, atteignant 168 personnes. Parallèlement, les amendes pour consommation de stupéfiants ont connu une hausse de 54 %, épinglant près de 600 contrevenants. Trente-trois interdictions de paraître ont également été prononcées en ce début d’année 2026, leur non-respect menant directement les délinquants derrière les barreaux. Enfin, pour parachever cette offensive, dix-sept procédures d’expulsion visant des familles de trafiquants sont actuellement enclenchées dans la capitale bretonne.