30 octobre 2022. Les corps de Florence, 38 ans, et de ses filles Izia-Marie, 11 ans, et Romane, 8 ans, sont retrouvés dans leur maison de Carantec. Elles ont été tuées par l’époux et père, qui s’est ensuite suicidé. Trois ans et quatre mois après le crime, en cette journée internationale des droits des femmes, la plaie est toujours béante au sein de la famille Nicar. Car on ne se remet jamais vraiment d’un tel traumatisme. « Nous avons été assassinés avec elles. Une partie de nous est morte ce jour-là. Depuis, on survit », soupire Fabienne, l’aînée de la fratrie.
Références au sang et à l’amour
Pour surmonter cet immense chagrin familial et rendre hommage à sa sœur et ses nièces, l’aide-soignante de 48 ans a eu l’idée, en novembre 2024, de faire installer un banc rouge devant la plage du Kelenn, face à la mer. Premier du genre en Finistère, il a été inauguré cinq mois plus tard. « C’est le lieu de notre jeunesse. Là où les filles aimaient jouer et se baigner. Où elles prenaient des cours de voile. Ça avait du sens », glisse-t-elle.
Nés en Italie en 2016, les bancs rouges se sont imposés comme un symbole international du refus des féminicides et des infanticides. « La couleur fait référence au sang versé par les femmes victimes des coups de leurs maris. Mais c’est aussi la couleur de l’amour », renseigne Fabienne Nicar. Qui, comme ses parents et son frère Matthieu, a refusé l’idée d’une marche blanche, après le drame. « On a mis huit jours à récupérer les corps. C’était le jour de mes 45 ans. On n’avait pas l’esprit à cela. Ce qu’on venait de subir était d’une violence sans nom. On était paralysés. »
Il a fallu plusieurs mois pour que Fabienne prenne un peu de recul. « Il faut comprendre qu’un tel drame détruit tous les proches des victimes, qui se sentent seuls au monde, abandonnés. Les faits sont difficiles à accepter. Il y a la culpabilité de ne pas avoir réussi à les sauver et toute cette colère en nous ».
C’est après une manifestation à Paris contre les féminicides que la sœur de Florence a commencé à s’intéresser aux bancs rouges. « J’ai compris que c’était le plus bel hommage qu‘on pouvait rendre à Florence et aux filles. Mme Segalen, maire de Carantec, a tout de suite accepté l’idée. C’était important pour la famille et les amis, qui s’y rendent encore régulièrement. »
(Le Télégramme/Gwendal Hameury)
« J’en suis très fière »
Depuis, les bancs rouges se sont multipliés dans l’agglomération morlaisienne. Il y en a d’abord eu un deuxième à Penzé, « à 800 m de chez nos parents ». Puis un troisième à Saint-Thégonnec. « À ce moment-là, je me suis dit que chacune avait le sien. Mais ça a continué. Je ne m’attendais pas à ça. J’en suis très fière », sourit Fabienne.
Car pour elle, ces bancs sur lesquels sont fixées des plaques rappelant le numéro d’urgence 3919, sont un outil de prévention. « Les violences faites aux femmes sont un fléau. C’est important de dire que ça existe, martèle la quadragénaire. Rendez-vous compte : en France, depuis le 1er janvier, une dizaine de femmes ont déjà été tuées par leurs conjoints ! »
Inacceptable pour Fabienne Nicar, qui assure vouloir créer une association. Un jour. Quand elle sera prête. Pour poursuivre le combat contre les violences intrafamiliales et aider les victimes. En attendant, il y a ce banc rouge au Kelenn. « Florence, Izia-Marie et Romane ne sont pas tombées dans l’oubli. C’était le but. »